« Le jazz tisse sa toile... »
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JAZZ à PORQUEROLLES du 10 au 14 juillet

Un bon crû 2014 !

D 13 août 2014     H 13:42     A Florence Ducommun    


Eh bien me revoilà, pour la troisième année consécutive, revenue à Porquerolles, comme beaucoup, célébrer le Jazz en majesté dans un écrin privilégié et paradisiaque. Cette fois-ci pour cinq soirées consécutives, sans en manquer une goutte... ou plutôt une note !
La programmation alléchante m’avait attirée aussitôt et je n’ai pas été déçue. Moi qui tremblais de ne pas entendre à nouveau le fort résonner de mille notes s’envolant avec les mouettes en raison des difficultés financières de l’an passé et puis cette année, de la possible grève des intermittents, je me suis régalée...

Big Butt Foundation - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Big Butt Foundation - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun
Bada Uê - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Bada Uê - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Le jazz est partout, dès l’arrivée du dernier bateau partant spécialement de la Tour Fondue à vingt heures, avec Big Butt Foundation accompagnant les derniers festivaliers jusqu’en haut des marches accédant au fort (trois soirs). Puis la batucada Bada Ue les deux soirs suivants, jusqu’à la crieuse publique Simone Lagrand, poétesse spontanée jonglant avec les mots et les suggestions des vacanciers (postées dans une petite boîte devant la maison du tourisme). Il y avait aussi les Rencontres musicales le matin au Théâtre de Verdure : j’y ai assisté pour boire le verbe de Bernard LUBAT avec délectation...). Ajoutons les déambulations de Los Gojats autour de la place principale ou ailleurs. (voir une petite video sympa)

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Bernard Lubat et Michel Portal - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

En reprenant le bateau tous les soirs, je n’aurai pas eu le plaisir d’assister aux afters toujours très suivis assurés par Los Gojats une fois de plus dont je vais reparler plus loin

Pas de photos ni de films pour la première soirée du jeudi 10 juillet à l’écoute de MEHLIANA... Nous sommes habitués à Brad Meldhau qui ne souhaite pas voir son image multipliée à outrance par les médias. Ceci est totalement respectable. Toutefois,un cliché avec Mark Guiliana m’aurait bien plu ! Concert très partagé dans l’opinion, les uns ayant adoré (public jeune minoritaire), les autres très surpris comme moi par cette débauche d’électronique ou Brad Meldhau jongle entre quatre claviers(réflexion d’un ado après le concert : « Quel gâchis de sous-utiliser le Steinway ! Le meilleur piano qui existe »).
Reconnaissons toutefois la virtuosité démultipliée du pianiste qui ne me donne par contre aucune émotion sauf lorsqu’il se mettra à la fin seulement à réinventer « My favourite Things ». J’ai été, par contre, impressionnée par Mark Guiliana, batteur protéiforme que j’entendais pour la première fois. Il est vrai qu’à eux deux, ils jouaient comme dix ! (on re-lira la chronique de leur CD « Taming the Dragon » par Yves Dorison nettement plus enthousiasmé que moi).

Los Gojats - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Los Gojats - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun
Tanguy Bernard visé par Michel Portal - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Tanguy Bernard visé par Michel Portal - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Pour le vendredi 11 juillet, le premier set était assuré par Los Gojats, ces 7 galopins en gascon dont je vous parlais en intro, diplômés de la Compagnie Lubat, venant tout droit de l’enclave de résistance qu’est Uzeste... et c’est tout dire ! Rien dans cette première partie n’a été prévisible ! Chaque musicien arrivant par derrière dans l’assistance médusée par tant d’audace ou de pitreries musicales menées par Jaime Chao et Louis Lubat (digne fils de son père !) accompagnés de Jules Rousseau, Thomas Boudé, Paolo Chatet, Mathis Pollack et Tanguy Bernard. Chacun a un instrument préféré (pour Louis Lubat, la batterie... étrange,n’est ce pas ?), mais est souvent surpris à n’en pas jouer et chanter ou parler, improvisant à plaisir sur l’inter-mittence donnant lieu à tout un jeu loufoque et surrèaliste, invitant à danser avec eux, les inter-miteux (!) sur une scène qui devenait scène de théâtre...réflexion d’un auditeur furieux à Frank Cassenti : « J’espère que la seconde partie sera différente, parce que c’est cher payé pour écouter ça ! ». Ce à quoi Frank Cassenti répondit : « Pire ! »...

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Hamid Drake - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Dans l’esprit déjanté de cette soirée hors norme, il n’avait pas tort, car le trio qui suivit ,auquel se rajouta ensuite Los Gojats fut effectivement l’apothéose d’une soirée sans repères connus. Bernard Lubat au piano, Michel Portal à la clarinette basse puis au saxophone soprano et Hamid Drake à la batterie, soulevèrent l’assistance par leur immense talent, croisant leurs notes pour notre plus grand plaisir avec le talent des GRANDS musiciens qui n’ont plus rien à prouver ! Le scat final de Lubat fut le point d’orgue de cette soirée exceptionnelle à tous points de vue..

Samedi 12 juillet. Premier set avec le duo du trompettiste Christophe LeLoil et du guitariste Nicolas Pacini , tout en intimité dans la douceur d’un soir où les pierres du fort exalaient encore leur chaleur... Je fus séduite immédiatement par leur complicité et leur talent. Ils ont commencé avec une très belle composition de Pacini nommée « Gentle Radio » puis Art Deco de Don Cherry en hommage à Charlie Haden disparu la veille. Des compositions de pianistes comme celles de Monk ou Bill Evans, à écouter et regarder sans modération sur Arte Live Web !

Christophe LeLoil - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Christophe LeLoil - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun
Archie Shepp et Christophe LeLoil - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Archie Shepp et Christophe LeLoil - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Le second set voit revenir pour la treizième fois le grand Roi de Porquerolles en la personne d’Archie Shepp avec Tom McClung au piano, Hamid Drake à nouveau, Reggie Washington à la basse et Jean-Paul Bourelly à la guitare pour « In The Mood ».
Le concert se terminera très tard, à minuit passé, tant l’alchimie était puissante et Archie Shepp dans une forme éblouissante en vieux sage tantôt chantant, tantôt jouant de son instrument, tantôt écoutant ses compagnons et posant sur tous un regard plein de respect. Jean-Paul Bourelly que je ne connaissais pas m’a scotchée également ! tout comme Reggie Washington qui fut le bassiste new-yorkais des Five Elements de Steve Coleman. À écouter également sur Arte Live Web, ici !

Archie Shepp et Jean-Paul Bourelly - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Archie Shepp et Jean-Paul Bourelly - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun
Reggie Washington - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Reggie Washington - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Dimanche 13 juillet, un seul concert,mais quel concert ! Dans la fraîcheur d’un vent du Nord surprenant à cette saison, Baptiste Trotignon au piano, assisté d’Aldo Romano (comme il se doit) à la batterie, présent comme chaque année et Thomas Bramerie à la contrebasse ouvrirent le bal avec brio. Comme tous les soirs, le concert est complet et quelle victoire soulignée et savourée par Frank Cassenti qui souligne notre fidélité alors que la plupart ont les yeux braqués sur le Mondial de foot qui se termine ce soir là !

Baptiste Trotignon - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Baptiste Trotignon - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun
Thomas Bramerie - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Thomas Bramerie - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun
Aldo Romano- Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Aldo Romano- Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Je crois qu’aucun de nous n’aurait donné sa place car entra en scène, telle une reine fellinienne, Monicâ Passos. La passion et la couleur flamboyante enflammèrent alors le fort, faisant face au vent qui soulevait ses cheveux, la poitrine généreuse et le verbe haut. Chacun sut immédiatement que nous avions fait le bon choix (si tant est qu’il y ait eu à choisir...).

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Monica Passos - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Elle joua de la guitare, elle chanta, elle sema un vent de liberté et de révolte quant à la situation de la Culture en France. Pas la langue dans sa poche, Mônica ! Et, comme l’a écrit Simone Lagrand : « O croyantissima Mônica, Mambo underground, Chantez pour nous ». Elle termina en invitant la Batucade Badaue dans une danse finale absolument folle qui fit se lever et danser le public. Et nous avons dansé pour vous Mônica !

Lundi 14 juillet. Dernière soirée et pas des moindres !

Ana Carla Maza - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Ana Carla Maza - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun
Vincent Segal - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Vincent Segal - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Toujours très venté avec le duo carrément angélique de la jeune cubaine Ana Carla Maza, déjà présente l’an dernier en famille, avec Vincent Segal qui les accompagnait aussi l’an passé. En solo au départ avec en particulier un « Alfonsina y el mar » puissant (souvent joué par le contrebassiste Avishai Cohen dans ses rappels !) puis en duo de violoncelles. Nous sommes restés tous en lévitation devant cette grâce de 19 ans, au sourire et à la voix désarmants que Vincent Segal buvait des yeux, en accord absolument parfait. L’interprétation finale de La Javanaise était splendide... Je vous recommande chaudement l’écoute de ce concert que je mettrais en n° 1 parmi tous les concerts entendus. (Sur Arte Live Web).

David Krakauer - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
David Krakauer - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun
Jerome Harris - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Jerome Harris - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Puis ce fut l’apothéose finale avec David Krakauer dans Krakauer’s Ancestral Groove. Il était accompagné de Jérome Harris à la basse, de Michael Sarrin à la batterie, de « l’échantillonneur » Keepalive et de la surprenante Sheryl Bailey à la guitare électrique qui nous a tous impressionnés par un jeu extrêmement accrocheur et rageur alors que son look de « Madame Toulemonde » n’aurait même pas relevé l’attention !
Clarinettiste virtuose, David Krakauer réinvente la musique klezmer de ses ancêtres, mêlant des compositions originales de son dernier CD, certains de ses grands classiques et un arrangement de John Zorn, tiré du Book of Angels (Tandal)pour notre bonheur à tous. Le sourire en permanence aux lévres,nous racontant plein d’anecdotes sur sa culture yiddish dans un français impeccable, David Krakauer était manifestement très heureux de jouer pour nous. Nous lui avons bien rendu dans un final également étourdissant,tous levés comme la veille !Musique pour laquelle il est impossible de rester en place, j’aurais voulu danser toute la soirée ! À regarder aussi sur Arte Live.

Franck Cassenti - Porquerolles, juillet 2014 -  voir en grand cette image
Franck Cassenti - Porquerolles, juillet 2014
© Florence Ducommun

Retour difficile apres ces cinq superbes soirées, la larme à l’œil en reprenant le dernier bateau et en se disant « À l’année prochaine ! ».

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