« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2014 » Riccardo DEL FRA 
 : « My Chet My Song »

Riccardo DEL FRA 
 : « My Chet My Song »

Hommage singulier à un musicien légendaire.

D 25 septembre 2014     H 07:58     A Pierre Gros    


RICCARDO DEL FRA
 : My Chet My Song

Les grands projets ont souvent été initiés par des demandes extérieures, des commandes, initiatrices du processus créatif, fait d’un prince, de mécènes, d’une envie qui peuvent parfois correspondre chez l’artiste à un désir profond. Encore faut-il que le musicien ainsi sollicité ait la technique, l’âme pour les mettre en œuvre, qu’il soit en capacité de développer l’idée pour la faire sienne. Il ne faut donc pas voir dans ce nouvel enregistrement, My Chet My Song, de Riccardo Del Fra, l’unique hommage à un musicien légendaire qu’il a côtoyé : Chet Baker “maestro elegante di musiche e silenzi”. Rencontre fondamentale, mais aussi dans un même geste musical les traces d’un parcours.

Riccardo DEL FRA : « My Chet, My Song » -  voir en grand cette image
Riccardo DEL FRA : « My Chet, My Song »
Cristal records
On aime ! -  voir en grand cette image
On aime !

L’esprit de ce projet, Riccardo nous l’avait résumé dans l’entretien qu’il nous avait accordé en 2010 : « Dans cet hommage, j’ai essayé de concevoir un univers sonore où les standards prennent à la fois une nouvelle dimension, une épaisseur et un velouté nouveaux avec des ré-harmonisations et une orchestration où les voix du jazz et du classique se mêlent et s’imbriquent avec mes propres compositions, tonales et relativement simples. Il s’agit d’un travail sur la forme avec des couleurs modernes, basé sur un répertoire de standards que chacun connaît et d’où naissent de nouvelles compositions. »

Àl’évidence, ce disque que l’on peut croire conçu comme une œuvre cinématographique en huit mouvements traversée par une unité stylistique, est le fruit de la maturité, d’une curiosité pour les musiques les plus diverses.
Riccardo s’est frotté durant sa carrière à des musiciens de légendes qui peuplent nos mémoires, aux musiques de films, a étudié celles de notre temps (perceptible dans les couleurs harmoniques et dans les techniques instrumentales demandées aux musiciens du Deutches Filmorchester Babelsberg). Et si l’esprit est ici teinté de romantisme, d’onirisme, on pourrait même y voir une sorte de badinerie poétique, le riff de Wayne’s whistle comme son nom l’indique est sifflé, il ne faut pas non plus y voir une légèreté dénuée de profondeur. Les standards réinterprétés, puisés dans le répertoire commun, sont mûris par l’expérience du jeu avec Chet : un travail profond, une immersion temporelle, mélodique rythmique et poétique. Les cellules thématiques tirées des thèmes ou parfois des enregistrements de Chet Baker (intro de But not for me ou de Love for Sale) sont retournées, détournées, en augmentations en diminutions, diluées pour donner vie à des compositions originales (Wayne’s whistle découle de Love for Sale, Oklahoma kid [1]de But not for me) et l’exercice somme toute banal devient jeu de surprises, du pantomime, art du poétique. Riccardo n’en laisse pas moins la parole au groupe, à ses compagnons musicaux : on connaît la rigueur et la beauté du son d’Airelle Besson, le jeu plein de fougue à la Adderley de Pierrick Pedron, le maitre-tambour qu’est Billy Hart et il nous faut souligner le travail de Bruno Ruder qui, dans chacune de ses interventions, confirme le grand pianiste qu’il devient et un orchestre, le Deutches Filmorchester Babelsberg dont le son soyeux appuie la couleur expressive des arrangements de Riccardo Del Fra.

Rendons hommage donc à l’arrangeur et au compositeur qu’est Riccardo, mais on ne peut passer sous silence le contrebassiste dont la dernière plage du disque My Funny Valentine, au travers d’un magnifique arrangement est à elle seule évocatrice des liens qui l’unissent à la musique de Chet Baker.

Alors dans le même élan remercions les commanditaires du projet, Jean Louis Guilhaumon, Directeur du festival de Marciac et à Hélène Manfredi son associée, princes mécènes, déclencheurs du processus créatif chez Riccardo Del Fra.


RICCARDO DEL FRA
 : My Chet My Song

> Cristal Records CR 229 / Harmonia Mundi

Riccardo Del Fra : Contrebasse / Airelle Besson : Trompette & Bugle / Pierrick Pedron : Saxophone Alto / Bruno Ruder : Piano / Billy Hart : Batterie / Deutches Filmorchester Babelsberg Torsten Scholtz Konzertmeister, premier violon

01. I’m A Fool To Want You (J. Wolf / J. Herron / F. Sinatra) 11’10, 02. Love For Sale (C.Porter) 7’40 / Wayne’s Whistle (R. Del Fra) 2’52 - TOTAL : 10’32, 03. I Remember You (V. Schetzinger / J. Mercer) 10’10 , 04. Wind On An Open Book (R. Del Fra) 04’59, 05. For All We Know (J. Fred Coots / Sam M. Lewis) 12’10, 06. But Not For Me (G. & I. Gershwin) 4’00 / Oklahoma Kid (R. Del Fra) 3’39 - TOTAL : 7’39 , 07. The Bells And The Island (R. Del Fra) 02’52, 08. My Funny Valentine (R. Rodgers / L. Hart) 05’27

> Retrouvez ce disque et 28 autres dans la « Pile de disques » de septembre 2014 sur CultureJazz.fr.


> On peut lire l’entretien que Riccardo Del Fra nous avait accordé en 2010
(ici)

> Liens :


[1Oklahoma kid western - 1939- de Lloyd Bacon avec James Cagney et Humphrey Bogart

Dans la même rubrique

26 décembre 2014 – Sonny Simmons & Improvising Beings : une somme !

22 décembre 2014 – Trois disques pour éclairer l’hiver.

18 décembre 2014 – cELLp : « Synapse »

13 décembre 2014 – « CD’esthetic » : la musique et l’objet. #2

10 décembre 2014 – JAZZ - La musique de l’Amérique