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Improvisation musicale géante... à Paris (Musicora).

Nous fûmes 2000 !

D 16 février 2015     H 14:00     A Philippe Paschel, Véronique Pinon    


Les organisateurs partaient de 500 personnes, nous fûmes 2000 en arrivant au 104, la Grande Halle de la Villette, où se déroulait Musicora, l’organisme organisateur, se révélant trop petite.

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Donc, par un beau dimanche ensoleillé et froid, dans la halle du 104, des musiciens, dûment munis d’un gros badge (voir photo), portant qui une trompette -comme le maître des lieux Ibrahim Maalouf-, qui un trombone, qui un saxo-alto, voire un cor, un violon et de multiples instruments -j’ai vu un clairon, un cor de postillon, un basson, plus d’une centaine d’instruments divers. Dés 15 heures, il y avait presse. J’ai retrouvé mes camarades de l’Harmonie Municipale de Vincennes, Patricia et Florent, et de Dynamic Tempo, Véronique -cette dernière complice aussi de CultureJazz. Certains s’accordaient, d’autres jouaient seuls quelque mélodie, des groupes se créaient autour de musiques festives, des thèmes de bandas.
A 16 heures, Ibrahim Maalouf est arrivé et nous a raconté son grand rêve de faire improviser des milliers de personnes ensemble, au risque de la cacophonie. Son prof’ d’improvisation au Conservatoire lui ayant assuré qu’il n’était possible de pratiquer l’improvisation collective qu’avec six personnes au maximum. Mais il fallait y aller, alors il a donné le top et chacun a soufflé, tapé, frotté, gratté, en essayant de s’accorder avec ses voisins -j’avais un tromboniste et un trompettiste très désireux d’en découdre. Le résultat fut informe, « comme la musique de fond de l’univers ». STOP. Il faut faire autre chose.
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Ibrahim Maalouf décide pour commencer de nous faire chanter “Il était un petit navire”, ce que nous fîmes avec une conviction croissante, lorsqu’apparut une forte et belle femme brune (Marianne James), chanteuse -un peu Castafiore-, qui prit en main la répétition, nous proposant quelques exercices de placement de la voix et du souffle : bruits de cigales, chant du dindon amoureux. Cela organisa un peu le rythme et la mélodie.
Ensuite Ibrahim Maalouf fit venir sur scène quelques musiciens pris au hasard : un trompettiste, un joueur de oud, un violoniste, une chanteuse. Sur un motif rythmique, une tourne proposée par son guitariste, la chanteuse improvisa une mélodie qui fut reprise par le petit groupe et chacun improvisa. CQFD.
L’expérience se répéta avec un bassiste électrique, qui proposa une autre figure rythmique, et une cornettiste, qui proposa une nouvelle mélodie simple, qui furent reprises par tout le monde, d’une part le rythme par trombones, tubas et autres, et la mélodie par les instruments mélodieux. Il y avait le rythme et la mélodie, une création improvisée.
Ibrahim Maalouf évoqua alors son rêve de métronome, non pas l’affreux tic-tac de nos exercices, mais une batucada, qui arriva silencieusement dans son dos et explosa soudainement. Encore une occasion de musique collective.
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Puis quelques invités arrivèrent, Grand Corps Malade, Mathieu Chédid et une danseuse dont je n’ai pas retenu le nom. Il y eut un quizz avec quelques uns de ses amis, auquel ils échouèrent lamentablement, sauf Fabrice Moreau qui répondit à une question. Comme gage, ils durent improviser un rythme, sur lequel chacun put improviser au petit bonheur l’harmonie.
Enfin, le moment était arrivé de se lancer dans l’ Improvisation Musicale Géante pour laquelle nous étions venus. Il y avait un rythme, une mélodie un peu orientale proposée par Maalouf, qui dirigea les nuances des crescendos, puis nous laissa libres. Par capillarité, cela s’organisait. Ce fut l’occasion pour certains de montrer leur résistance en tenant le rythme ou la mélodie, mais aussi de s’éclater, particulièrement pour les trompettistes, qui purent laisser aller les aigus à volonté, au risque d’éclater les tympans d’auditrices fragiles ; l’une d’elle se plaignit.

Ce fut un grand moment musical et de bonheur collectif, de concentration pour ceux qui gardèrent la musique au sérieux. Sans trop de repères, il faut laisser le son s’emparer de vous, glisser dans l’harmonie et jouer dans la possibilité de son instrument.

. ::Philippe Paschel ::.

Musicora

Effectivement, comme nous l’a fort justement conté Philippe, une expérience originale vu le nombre impressionnant d’improvisateurs à la fois curieux de parvenir à un semblant d’accord et motivés pour émettre quelques consonances harmonieuses. Défi relevé, auditoire enlevé, Ibrahim Maalouf a réussi son pari.

Grégory Privat & Sonny Troupé -  voir en grand cette image
Grégory Privat & Sonny Troupé

Les participants avaient également la possibilité d’avoir accès à « Musicora, Salon des mélomanes et musiciens » se tenant à la Grande Halle. Les concerts du samedi 7 février à l’auditorium Boris Vian faisaient la part belle au jazz : au programme de la matinée, Thomas Enhco (piano), suivi du quartet de Paul Lay (piano) ; en fin d’après-midi, un duo martinico-guadeloupéen avec Grégory Privat (piano) et Sonny Troupé (tambours ka), enfin le groupe “Supersonic” de Thomas de Pourquery a électriquement clôturé la journée.

Thomas de Pourquery, Edward Perraud, Fabrice Martinez -  voir en grand cette image
Thomas de Pourquery, Edward Perraud, Fabrice Martinez

(lire aussi l’article de Florence Ducommun !)

Outre les showcases et les divers stands de Musicora, j’aimerais saluer l’association « Passeurs d’Arts » qui œuvre afin que tous les enfants, quels que soient leurs milieux, puissent accéder à un apprentissage musical, à l’instar du modèle vénézuélien « El Sistema  ». Mise en pratique directe par la découverte et essais d’instruments (cordes, cuivres) une demi-heure durant. Mon fils, âgé de 5 ans, a testé... Par ailleurs, un atelier de fabrication intéressant, retraçant le laborieux parcours de la canne provençale qui, entre des mains expertes, se transforme en anches.
D’accord pour un rendez-vous l’an prochain ? Ce sera le dimanche 7 janvier 2016.

. ::Véronique Pinon ::.

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