« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Sur scène » Sur scène en 2015 » ROUGE

ROUGE

Nouveau trio du contrebassiste Frédéric Bargeon-Briet

D 6 juillet 2015     H 18:30     A Florence Ducommun    


Lors de mon séjour à Apt pour le Festival Jazz en Luberon, ce premier concert du vendredi 5 juin en soirée a été un des temps forts en ce qui me concerne !

Ce nouveau trio est né il y a 18 mois environ, sous l’impulsion du contrebassiste Frédéric B-Briet, accompagné de Simon Goubert à la batterie et Guillaume Orti aux saxophones.

JPEG - 90.1 ko
Frédéric Bargeon-Briet, Simon Goubert, Guillaume Orti : Rouge

ROUGE nous précise d’emblée Frédéric B-Briet, fait appel à une couleur généreuse et chaude, universelle, nous reliant les uns aux autres. Le rouge, c’est le sang qui circule et irrigue, c’est la Vie, c’est le Feu qui réchauffe, c’est l’Amour et donc une vibration essentielle ! C’est donc aussi une façon de parler du rapport fraternel entre les trois musiciens qui se connaissent depuis fort longtemps !

Frédéric Bargeon-Briet -  voir en grand cette image
Frédéric Bargeon-Briet

Frédéric B-Briet, contrebassiste installé à Brest depuis 2000 où il a créé le département jazz du Conservatoire, y enseigne depuis 15 ans en même temps qu’il participe à nombre de projets. Il a appris la contrebasse auprès de Jean-François Jenny-Clark. C’est Simon Goubert qui le fait jouer dans son quartet Spiral pendant 7 ans au début des années 80 ; ils rentreront ensuite tous les deux dans le groupe Offering de Christian Vander (Goubert aux claviers) de 1982 à 1987 et n’avaient pas eu l’occasion depuis de rejouer ensemble. Quant à Guillaume Orti, Frédéric et lui font connaissance en 1989 lorsque G.Orti arrive à Paris à l’âge de 20 ans. Ils ont tous les deux été membres fondateurs du collectif Hask dans les années 1990 (avec Benoit Delbecq, Hubert Dupont, Stéphane Payen, Steve Argüelles) et font aujourd’hui partie du sextet franco-américain The Bridge #7.(avec le slameur Khari B, Magic Malik, Jeb Bishop à la trompette et le très jeune et surdoué Tyshawn Sorey à la batterie et trombone). Un disque devrait sortir dans 3 à 4 mois et une prochaine tournée aux USA se fera fin 2016.
Frédéric B-Briet n’est pas tout à fait pour rien dans ce casting de musiciens, car il y a trois ans, le musicien brestois avait fait un voyage fructueux et intense de 18 jours aux Etats-Unis avec le clarinettiste Christophe Rocher où il avait rencontré Jeb Bishop et Tyshawn Sorey entre autres, ce dernier sur les recommandations de Steve Lehman qui l’a engagé dans son récent octet.

Guillaume Orti -  voir en grand cette image
Guillaume Orti

Revenons en maintenant au concert et à sa richesse expressive ressentie dès le départ : Cinquante nuances de Rouge offertes à nos oreilles qui captent immédiatement par l’ouïe la vibration vitale ! Les compositions sont autant amenées par Frédéric Bargeon-Briet que par Guillaume Orti. Après « L’Estran », premier morceau à la ligne répétitive assurée par la batterie très « africaine » de Simon Goubert autour de laquelle s’enroulent le saxophone et la contrebasse, surgit un oiseau aux vocalises hypnotiques posé sur les branches goubertiennes et taquiné par les cordes d’un chasseur d’images (Passerelle de G.Orti ). Les trois suivantes sont particulièrement belles : l’une écrite par Frédéric dédiée au contrebassiste new-yorkais Thomas Morgan, intitulé « No Mo », conjuguant espace et vibration, l’espace nécessaire ou non à l’expansion de la vibration qui sera ainsi ressentie différemment dans ce morceau lent et recueilli après le solo épuré de contrebasse initial...Thomas Morgan est un personnage lunaire qui vaut de l’or selon Frédéric B-Briet (et qui fait partie actuellement du trio de Craig Taborn entre autres...).

Simon Goubert -  voir en grand cette image
Simon Goubert

Les deux compositions suivantes ont été écrites par Guillaume Orti : la première dédiée cette fois au saxophoniste baryton belge Bo van der Werf, intitulée « Présence ». Ce dernier est connu pour mener le groupe Octurn et Guillaume a beaucoup joué avec lui. Bo van der Werf a développé un concept repris ensuite par Orti, à savoir la construction de grands mandalas, grandes roues infinies à l’intérieur desquelles les musiciens jouent librement sans vraiment de pause. Et « Présence » est effectivement un grand mandala : les trois musiciens évoluent en toute liberté en croisant leurs voix ! C’est enivrant, hypnotisant ( ah ! le solo d’Orti autant joué que chanté !) et très apaisant comme ces images utilisées pour la méditation dans le bouddhisme... images d’ailleurs souvent en trois dimensions (ici le trio), très complexes, le méditant se projetant dans le mandala avec lequel il se fond et c’est bien dans cet état d’esprit que les auditeurs se sont retrouvés ! Étrangement, on retrouve une connexion avec la couleur Rouge qui est le premier chakra de sept, union de l’esprit et de la matière... et le chakra est le cercle en sanskrit... tout se tient !

« Jeroen » (prononcez « yeron » ), la seconde composition écrite par G.Orti est dédiée à un autre saxophoniste belge (« de feu » selon B-Briet !), Jeroen Van Herzeele. Ce musicien joue souvent avec Guillaume Orti dans le groupe Mâäk. Un morceau vivement emmené par la dextérité de Frédéric B-Briet dans un chorus en spirale terminé par un refrain lancinant de G.Orti et un solo de batterie satanique comme sait le pratiquer S. Goubert avant une conclusion tripartite infernale : un standard est né !

Frédéric Bargeon-Briet -  voir en grand cette image
Frédéric Bargeon-Briet

Je ressors de ce concert en apesanteur, unifiée, emballée par l’écriture tout à la fois simple et complexe : j’ai assisté à une naissance, à un triple acte créateur généreux orchestré par des musiciens accomplis qui n’ont plus rien à prouver. Ils étaient tout à la fois en symbiose dans leur cercle et l’agrandissaient en nous donnant cette magnifique matière irradiée de lumière et leurs sourires complices témoignant de la joie à jouer ensemble pour notre plus grand bonheur... Voilà le jazz que j’aime !

Ce trio Rouge, bien que n’en étant pas à ses balbutiements (premier concert donné à Brest en mars après 18 mois de travail ), est amené à encore évoluer en intégrant peu à peu d’autres compositions prévues et les concerts vont reprendre à la rentrée avec un projet d’enregistrement. Il est aussi question que le clarinettiste Jacques Di Donato les rejoigne sous peu et agrandisse ainsi le cercle, faisant de Rouge un groupe en constante évolution, un concept circulaire et vivant où chacun amènera sa couleur comme un feu créateur et vivifiant ! Quel superbe projet !

JPEG - 121.2 ko
Frédéric Bargeon-Briet, Guillaume Orti et Simon Goubert.

À propos du Luberon Jazz Festival 2015, lire aussi :


Pour aller plus loin :