« Le jazz tisse sa toile... »
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JAZZ À JUNAS 2015

« Retour vers le Cercle Arctique », un jazz venu du Nord !

D 11 août 2015     H 08:11     A Florence Ducommun    


JAZZ à JUNAS : quatrième festival de l’été dans ma région et pas des moindres ! Un lieu unique avec les Carrières et le village qui vit à travers le jazz. Les anciennes carrières de pierre millénaires sont un écrin fabuleux quand il ne pleut pas, il fait toujours beau ici, sauf l’an dernier ! Le village près de Sommières dans le Gard est au calme, avec de petites rues à la double dénomination honorant des musiciens venus y jouer ( hommage donné à John Taylor décédé le 18 juillet et qui a sa rue, lors du duo de Lars Danielson et Mathias Eick...), un Temple aux vitraux créés par le batteur suisse Daniel Humair et inaugurés il y a deux ans, et depuis cette année, une animation toute la journée dans le village avec apéritifs jazz, lectures publiques, siestes musicales et projection de films à la Mairie à 16h30. D’autres lieux que les Carrières ont également été investis à Vauvert et sur la place du village de Junas au départ, tandis que je me propose de vous rapporter les quatre soirées ayant eu lieu dans les Carrières.

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À John Taylor (1942-2015)

Il fait chaud cette année, très chaud même et les musiciens venus du Nord ont un gros choc thermique ! La trompette est encore à l’honneur pour ma plus grande joie puisque Nils Petter Molvaer jouera le 22 juillet et Mathias Eick sera présent sur quatre concerts.

Mercredi 22 juillet

A 16h30, on pouvait voir un très beau film, Northern Sounds, visible en entier sur ce lien (cliquez ici ! et qui dresse un état des lieux de la richesse de la scène musicale norvégienne.

Gérard Pansanel trio -  voir en grand cette image
Gérard Pansanel trio

Puis Donkey Monkey avec Ève Risser et Yuko Oshima joue au Temple à 18 heures. Les ayant écoutées avec bonheur déjà deux fois, je ne suis arrivée que pour les deux concerts du soir. En première partie le nouveau projet de Gérard Pansanel, « Big Cities », entouré de Rémi Ploton aux claviers et Patrice Héral à la batterie. Ce guitariste et compositeur montpelliérain a joué avec de nombreux musiciens parmi lesquels : Claude Barthélémy à l’ONJ, Enrico Rava, Aldo Romano, Paolo Fresu… Mais, perturbé par la pluie en plein milieu de concert, le trio n’a pas donné ce qu’on attendait de lui, avec une batterie et des effets électroniques trop omniprésents à mon goût ainsi que des thèmes urbains un peu rebattus... puisque le leader s’approprie les ambiances de toutes les villes traversées pendant trente ans (de Barcelone à Cheng Du en passant par Los Angeles, Dakar, Rome etc...). D’où une impression brouillon... mais le public a apprécié !

Nils Peter Molvaer -  voir en grand cette image
Nils Peter Molvaer

En seconde partie très retardée en raison de la pluie fine persistante et du travail de fourmis des bénévoles qui se déploient pour abriter la scène, se produit le trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer, accompagné d’Eivind Aarset à la guitare et Vladislav Delay aux claviers, ainsi que des jamaïcains Sly Dunbar à la batterie et Robbie Shakespeare à la basse. Moi, fan de N.P.M., je ne reste que vingt minutes tandis que l’auditoire se disperse aussi peu à peu devant l’incongruité de cette association bizarre, sans alchimie, comme un soufflé qui retombe. Nous dirons que c’est à cause de l’humidité ! Les retours glanés le lendemain autour de moi confirmeront cette impression. Dommage !

Jeudi 23 juillet

16h30 À la mairie, sous une chaleur écrasante, projection d’un très joli film (pas encore totalement terminé) de Guy Lochard, (spécialiste des sciences de l’information et de la communication et professeur à l’Université Paris 3-Sorbonne nouvelle) présenté et projeté par lui-même : « L’esprit de Don ». Documentaire très instructif rapportant l’aventure musicale d’un projet emmené par le saxophoniste Doudou Gouirand qui avait croisé le chemin de Don Cherry en Suède au début des années 1970 et avait envie de ressusciter son esprit avec le trompettiste Michel Marre, le batteur percussionniste Denis Fournier et le contrebassiste Guillaume Séguron, en montant le groupe « Doudou Gouirand - Michel Marre, Art Deco, a tribute to Don Cherry ». Cet hommage avait été joué l’an dernier à Junas. Une discussion s’ensuit à la sortie au frais au jardin d’enfants !

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Palomar trio

À 18 heures au Temple, le Palomar Trio, avec Daniel Malavergne au tuba...et coquillage, Patrick Vaillant à la mandoline et Frédéric Cavallin à la batterie et aux percussions : une association originale qui emmène en voyage, avec plein d’images, la Sicile, l’Andalousie, les films italiens, les petites rues ensoleillées, que du bonheur et du jamais écouté surtout !

Tingvall Trio -  voir en grand cette image
Tingvall Trio

En première partie aux Carrières, TINGVALL Trio avec Martin Tingvall au piano, Omar Rodriguez Calvo à la contrebasse et Jürgen Spiegel à la batterie. Une formation classique créée en 2013 autour du pianiste, souvent comparée à E.S.T.( en mode exclusivement acoustique toutefois), dont le dernier CD « Beat », leur a vallu un « Echo » récompensant le meilleur ensemble allemand de jazz et qui enchaîne les succès. De magnifiques sonorités, des compositions originales qui ont soulevé l’auditoire, des mélodies attachantes ( « Efter livet » ou « Vägen » par exemple ), du jazz tantôt pop, tantôt rock, bref, une jolie découverte pour beaucoup ! (lire sur CultureJazz - Pile de disques février 2015)

Lars Danielsson Quartet -  voir en grand cette image
Lars Danielsson Quartet

En seconde partie, le quartet du contrebassiste et violoncelliste Lars Danielsson avec Jonas Östholm au piano (à la place de Tigran Hamasyan), John Paricelli aux guitares et Magnus Östrom à la batterie (ex-batteur d’E.S.T.) avec le trompettiste Mathias EICK en invité déjà présent sur le dernier CD Liberetto II. Une soirée fabuleuse passée en quasi lévitation ! Mathias Eick sera la vedette durant le festival, puisqu’il est programmé dans quatre concerts. Un son avec un leger vibrato à donner le frisson et ce n’est pas pour rien que tout le monde se l’arrache... Un look de trappeur canadien sans casquette ce soir-là. Magnus Östrom quant à lui assure une rythmique de félin, la puissance et la férocité, la vélocité et la grâce ( on l’entendra le lendemain dans son quartet). John Paricelli est infernal et puissant et le pianiste tout en sobriété heureuse. Lars Danielsson est aérien et en état de symbiose avec ses musiciens. Un grand moment qui fera date sans aucun doute !

Vendredi 24 juillet

Lars Danielsson & Mathias Eick -  voir en grand cette image
Lars Danielsson & Mathias Eick

À la mairie à 16h30 , le film « Tigran », documentaire d’une heure sur le pianiste arménien Tigran Hamasyan réalisé par Adrien Rivollier. Très statique, voire ennuyeux, il a le mérite de montrer les sources d’inspiration du musicien, principalement la musique traditionnelle arménienne, son travail solitaire, ses déplacements et concerts. À la sortie, Tigran nous attend et voudra bien répondre aux questions du public dans le square en face de la Mairie.

Au Temple à 18 heures, un duo de choc, celui de Lars Danielsson et Mathias Eick que tout le monde veut entendre. Un moment intense et très émouvant qui a eu un énorme succès ! Et Mathias Eick a une autre corde à sa trompette : la contrebasse qu’il a empruntée à Lars avec brio ! On peut entendre un extrait de ce concert sur la page facebook de Culturejazz (ici !).

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Tigran Hamasyan Trio & Mathias Eick

En première partie de soirée aux Carrières, voilà le trio de Tigran Hamasyan qui invitait Mathias Eick, avec sa casquette. Venu à l’âge de 14 ans en 2001 à Junas la première fois où René Urtregger lui avait cédé son piano pour quelques morceaux joués déjà avec brio, puis en 2013, le pianiste semble avoir mûri son jeu moins extravagant qui me gênait beaucoup. De très belles mélodies virevoltantes, avec principalement celles de son dernier opus « Mockroot » en compagnie de ses acolytes Arthur Hnatek à la batterie et Sam Minaie à la basse. Des boucles haletantes, moins de références à sa culture qui peuvent être parfois agaçantes et faciles et la participation de la trompette de Eick qui potentialise le concert m’ont réconciliée avec ce jeune homme gracile.

Magnus Öström Quartet -  voir en grand cette image
Magnus Öström Quartet

Un excellent concert de plus en seconde partie de soirée avec le quartet du batteur Magnus Öström déjà entendu la veille, extrèmement bien accompagné de Daniel Karlsson aux piano et claviers, Thobias Gabrielson à la basse et Andrés Hourdakis à la guitare. Avec principalement des compositions du dernier disque « Searching for Jupiter  », mais aussi du premier « Thread of life », le batteur a également joué pour la première fois en France un morceau auquel il cherchait un titre ( j’ai proposé « Junas », adjugé, vendu aussitôt ! ). Du jazz mâtiné de rock et d’électro qui n’a pas plu à tout le monde, des vagues puissantes, une énergie hallucinante (en particulier à la fin où Magnus a tout donné !), j’ai déjà comparé ce batteur à un félin, mais on pourrait dire aussi une Ferrari, pourquoi pas ? Je suis aussitôt embarquée par son groove...( Ecoutez « Hour of the Wolf  » en boucle !). J’ai regretté toutefois le peu de chorus de la basse et de la guitare qui étaient pourtant excellentes.

Samedi 25 juillet

Skuli Sverrisson et Ólöf Arnalds -  voir en grand cette image
Skuli Sverrisson et Ólöf Arnalds

À la pensée de suffoquer encore de chaleur, Je renonce à la projection de deux films à la Mairie qui pourtant m’auraient bien plu : « Erik Truffaz New York Chamonix Project » au festival CosmoJazz qu’on peut cependant regarder ici ! (lien vidéo) ainsi que le film « Basquiat, une vie » dont une partie de la bande son a été écrite par Eric Truffaz.

Un duo islandais au Temple à 16h30 : avec la chanteuse et guitariste Ólöf Arnalds et le bassiste Skuli Sverrisson. Pour être honnête, un duo un peu ennuyeux et froid qui ne m’a pas emballée, avec des chants traditionnels islandais et une voix qui ne m’a pas embarquée...

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Bugge Wesseltoft Quartet & Erik Truffaz

En première partie de concert, voilà Bugge WESSELTOFT N’FRIENDS avec Eric Truffaz à la trompette, Dan Berglund, l’ancien bassiste d’E.S.T., Andréas Bye à la batterie et Ilhan Ersahin au saxophone ténor. Extraordinaire concert avec Wesseltoft en savant fou, la chevelure adéquate, l’œil malicieux, carrément déchaîné ! Ilhan Ersahin est stupéfiant dans l’intensité donnée. Truffaz s’accorde parfaitement à son jeu. Berglund est très émouvant et le batteur assure une rythmique parfaite. Cette formation s’était déjà produite en 2011 au festival de jazz d’Oslo puis en 2012 avec des tournées au Japon et en Europe, mais c’est une première en France !... What else ? Le bonheur à nouveau est intense à leur écoute...

Mathias Eick Quintet -  voir en grand cette image
Mathias Eick Quintet

Jazz à Junas se terminera en apothéose avec le quintet du trompettiste Mathias EICK (avec casquette !), accompagné d’Andreas Ulvo au piano, Audun Erlien à la basse (bassiste de NPM et Eivind Aarset entre autres), Tornstein Lofthus à la batterie et Erlend Viken au violon. Un quintet à géométrie variable, puisque le trio de base trompette, piano, basse est le même, un batteur a été remplacé par un violon et je ne sais pas si on y a gagné... Le violoniste s’agite beaucoup et n’apporte rien à mon sens (?). Quoiqu’il en soit, de très belles mélodies assez mélancoliques entendues dans les disques ECM « Scala » ou « Midwest » paru cette année. Un son vraiment unique, sans électronique, ressemblant à celui de Kenny Wheeler avec un bonheur évident de jouer dans ce lieu unique où Mathias a eu l’opportunité de goûter aux plaisirs culinaires et œnologiques du coin !

Gérard Pansanel trio Gérard Pansanel Nils Peter Molvaer Eivind Aarset Palomar trio Daniel Malavergne Tingvall Trio Martin Tingvall Lars Danielsson Quartet Lars Danielsson Jonas Ostholm John Parricelli Mathias Eick Lars Danielsson & Mathias Eick Tigran Hamasyan Trio & Mathias Eick Tigran Hamasyan Arthur Hnatek Sam Minaie & Mathias Eick Magnus Öström Quartet Magnus Öström Andrés Hourdakis Daniel Karlsson Skuli Sverrisson et Ólöf Arnalds Bugge Wesseltoft Quartet & Erik Truffaz Bugge Wesseltoft Dan Berglund Andréas Bye et Ilhan Ersahin Erik Truffaz Mathias Eick Quintet Andreas Ulvo et l’ombre de Mathias Eick Audun Erlien Erlend Viken Mathias Eick À John Taylor (1942-2015)

Je remercie toute l’équipe de Jazz à Junas pour l’accueil parfait, la facilité faite aux photographes qui y sont respectés, tout comme au festival Charlie Free de Vitrolles, à Luberon Jazz ou Porquerolles, c’est un vrai plaisir de « travailler » dans cette ambiance détendue ! On ne le dira jamais assez à l’heure où les « grands » festivals mettent des bâtons dans les roues ! J’ai eu un énorme coup de cœur une fois de plus pour la musique « venue du Nord », pas toujours bien connue, mais extrêmement inventive et souvent planante ! A l’année prochaine sans fautes !


Portfolio

  • Gérard Pansanel
  • Eivind Aarset
  • Daniel Malavergne
  • Martin Tingvall
  • Lars Danielsson
  • Jonas Ostholm
  • John Parricelli
  • Mathias Eick
  • Tigran Hamasyan
  • Arthur Hnatek
  • Sam Minaie & Mathias Eick
  • Magnus Öström
  • Andrés Hourdakis
  • Daniel Karlsson
  • Bugge Wesseltoft
  • Dan Berglund
  • Andréas Bye et Ilhan Ersahin
  • Erik Truffaz
  • Andreas Ulvo et l'ombre de Mathias Eick
  • Audun Erlien
  • Erlend Viken
  • Mathias Eick