« Le jazz tisse sa toile... »
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Vitrine de novembre 2015 : six disques !

D 16 novembre 2015     H 05:30     A Armel Bloch, Florence Ducommun, Thierry Giard, Yves Dorison    


Au sommaire de cette vitrine, six disques que les chroniqueurs aiment !


Frédéric CHARLENT Trio : « Inattendu »

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Frédéric CHARLENT Trio : Inattendu
Autoproduction
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On aime !

Encore un trio piano-basse-batterie de plus, serait-on tenté de dire à chaque configuration de ce type, mais la curiosité est pourtant la plus forte et l’inattendu arrive parfois à l’écoute de ce jeune trio qui a des choses à dire ! Frédéric Charlent compose, arrange et joue du piano. Issu du CNR de Toulouse et passé par l’American School of Modern Music à Paris, il est parti se perfectionner au Berklee College of Music de Boston et dédie son premier opus à tous ceux qui rêvent et ne renoncent pas, dont acte ! À ses côtés, Rémi Bouyssière à la contrebasse, issu du Conservatoire de Toulouse également et Geoffrey Cormont à la batterie, formé à l’ENMD de la Vallée de Chevreuse. Tous trois se sont frottés à plus connus qu’eux et rêvent d’une petite place à la lumière qu’il serait juste de leur donner.

Neuf compositions personnelles et un arrangement du Round Midnight de Thelonious Monk donnent à première écoute l’envie d’y revenir pour en saisir toutes les subtilités. Contrastes, tensions rythmiques, surprises, valse impossible comme dans The Peacock’s waltz, ou au contraire envie de danser sur les ritournelles de 4 octobre ou de King Aymeric, cassures et ruptures métriques comme dans Come sarebbe a dire ou Nouvelles voies, dissonnances impertinentes et sensations d’altérations comme dans l’arrangement de Round Midnight ou 4 septembre, rêveries mélancoliques sur L’ultima volta ou 8 juillet font qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Un vrai trio où chacun a sa place avec le jeu très chantant du contrebassiste et le drumming tout en finesse du batteur, qui amène un premier disque de qualité s’imposant par sa capacité à nous surprendre gaiement à chaque tournant et à nous sentir la tête légère comme après une bonne coupe de champagne !

. ::F.D. ::.


Guillaume de CHASSY – Christophe MARGUET – Andy SHEPPARD – Kristin SCOTT THOMAS : « Shakespeare Songs »

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Guillaume de CHASSY – Christophe MARGUET – Andy SHEPPARD – Kristin SCOTT THOMAS : « Shakespeare Songs »
Abalone
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Je n’ai pas eu l’opportunité comme notre chère Florence Ducommun d’écouter ce trio en concert. Elle avait rendu compte avec un grand enthousiasme de la prestation de cette formation à l’AJMI (Avignon) au mois d’avril dernier comme on pourra le (re)lireici (CultureJazz.fr - avril 2015). Voilà donc le disque tant attendu par notre collègue (disponible le 5 décembre 2015), un voyage musical dans l’univers de William Shakespeare imaginé par le pianiste Guillaume de Chassy et le batteur Christophe Marguet que l’on devine tous deux fins connaisseurs de l’œuvre d’un célèbre dramaturge britannique qui, en son temps, sollicitait des musiciens pour inclure des interludes et des chansons dans ses pièces.
Les deux co-compositeurs inversent la démarche en écrivant une musique originale inspirée de l’œuvre de Shakespeare en y incluant quelques extraits de textes dits (et de quelle manière !) par Kristin Scott Thomas dont la voix parlée est porteuse d’une grande musicalité. Il fallait bien un fin mélodiste pour lier les ingrédients de cette musique et c’est là qu’interviennent les saxophones à l’expression on ne peut plus poétique d’Andy Sheppard. « Chaque composition est un véritable tableau évocateur de sentiments souvent extrêmes où les trois musiciens excellent et traduisent parfaitement l’intensité dramatique » écrivait Florence Ducommun. Voilà donc un disque qui associe avec bonheur l’inventivité du jazz dans une formule instrumentale épurée et la richesse poétique des textes de Shakespeare empruntés à quelques pièces mythiques. Encore un référence remarquable dans le beau catalogue du label Abalone que pilote le violoniste Régis Huby.

. ::T.G. ::.


Alexandre JULITA Quartet : « Imaginary Broadway »

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On aime !

Un violoniste sur le toit de Broadway, en référence à la comédie musicale « Fiddler on the Roof » , serait-on tenté de penser ! Alexandre Julita a eu évidemment une formation classique qui l’a amené ensuite à la musique contemporaine et au jazz, avec des maîtres comme Guillaume Roy et Dominique Pifarély ce qui a considérablement augmenté son territoire de jeu. Son Imaginary Broadway nous emmène dans un Broadway fantasmé où l’imagination est reine ! Avec lui Émilien Véret aux clarinettes, Shankar Kirpalani à la basse et Lao Louis Bao à la batterie (dans le disque), remplacé à présent en concert par Julien Augier.

Toutes les compositions de l’album sont d’Alexandre Julita pour seulement 35 minutes qu’on aurait souhaité plus longues. Dans ce quartet atypique, la rythmique soutient les divagations du violon et/ou de la clarinette, mais le violon peut aussi soutenir la clarinette, tantôt chat tantôt souris, comme dans Crossroads of the world où l’on atterrit dans le tumulte de Times Square. C’est un Broadway de rêves éveillés au milieu d’un Central Park où tout semble possible au détour d’un sentier (Jungle@Broadway) ou un Broadway de cauchemars et de promesses avortées avec une basse souvent menaçante ( Rumbles et Toys of fury). Dans Almost alone in the night l’immigré irlandais avec son « fiddle » déambule en solitaire dans les rues du plus célèbre quartier new-yorkais, pour finir déchiré par la clarinette d’Emilien Véret sans transition ( Saturday is black). Un Broadway qui n’est pas de comédie chez Alexandre Julita, dévoilant souvent derrière les paillettes la solitude dans la foule et le drame de la vie humaine. Un Times Square presque cinématographique, où rôdent les personnages de romans de Paul Auster tournant en rond dans les districts coupés au cordeau (Will it go round in rectangles)... Qu’on y soit allé ou pas, ces quartiers imbibent l’imaginaire collectif et Alexandre Julita a parfaitement réussi à nous faire partager ici son voyage intérieur ! On attend la suite avec impatience !

. ::F.D. ::.


PIXEL : « Golden Years »

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On aime !

Depuis Washington D.C. (USA), le label Cuneiform scrute les mouvements du jazz, examine les tentatives d’avancées stylistiques, repère les agitateurs qui risquent d’engendrer la dissidence artistique et en rend compte dans un catalogue richement éclectique. La C.I.A (Cuneiform Inspection of Arts in jazz etc. !!) pousse les investigations hors de ses frontières , dans la vieille Europe et même en Scandinavie. C’est là qu’elle a déniché un groupe de quatre jeunes norvégiens vraiment épatant qui pourrait bien faire exploser les genres. Pixel réussit là où tant d’autres échouent sévèrement : inventer une synthèse entre jazz et pop-music sans tomber dans une fusion bâtarde. Du jazz, ils ont gardé la spontanéité, l’inventivité, le son acoustique des instruments, une certaine idée du swing et des ambiances cuivrées. De la pop-rock-music, ils extraient un goût très sûr pour les mélodies et les chansons simples mais jamais vides de cœur et de sens, un plaisir de combiner les voix dans des harmonies subtiles, en toute sincérité. À écouter « Golden Years », son troisième disque, on se dit que ce quartet norvégien a un vrai potentiel puisque ce disque est réalisé avec une (relative) économie de moyens sans excès de technologie ni d’effets artificiels autour de la voix de la contrebassiste Ellen Andrea Wang. De la musique naturelle et revitalisante vivement conseillée en ces temps tristement troublés.

. ::T.G. ::.


Duke ROBILLARD : « The acoustic blues & roots of Duke Robillard »

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On aime !

À 67 ans, Michael John « Duke » Robillard débranche son ampli. « L’acoustic Blues and roots » qui en résulte est, à plus d’un titre, magistral car le natif de Woonsocket (Rhodes iIslands) a su capté l’essence même de cette musique qui a bien des égards appartient aujourd’hui au jadis plus qu’à un passé récent ; une gageure sur le papier que le guitariste transforme en pépite intemporelle avec une maestria que plus personne (depuis longtemps) ne lui conteste. Passant en revue toutes les nuances du genre de Kansas City au Delta du Mississippi, Robillard et ses excellents acolytes redonnent vie à des compositions qui bien souvent nous trottent dans la tête depuis toujours. Passéiste cet album ? Pas le moins du monde. Plutôt un hommage souriant et décontracté, une dédicace respectueuse aussi, finement ciselée, au temps qui passe, temps qui jamais n’enlèvera à un standard imparable tout le bon goût dont l’ont paré ses auteurs. Si être original, c’est retourner à l’origine, alors Duke Robillard est diablement original. Tout comme l’ art guitaristique qui est le sien et qui l’a placé au pinacle du genre.

. : YD :.


Franck TORTILLER – François CORNELOUP : « Singing Fellows »

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On aime !

Singing Fellows résulte d’une complicité de longue date entre deux solistes sur la scène française : Franck Tortiller (vibraphone, marimba) et François Corneloup (saxophone baryton), qui ne s’étaient pas autant rapprochés que par la formation évidente de ce magnifique duo. Ils nous donnent à découvrir un certain plaisir de la mélodie, de la danse, de l’harmonie, du chant, du souffle et des claviers-percussions en nous invitant par moments à voyager. Ils sont attachés à mettre en valeur leur sensibilité rythmique ( Esprit d’escalier , Presque rien), à cultiver un lyrisme touchant (Sancho , Temps gris), à générer des mélodies captivantes (Chaque vague , Aux charmes) et généreuses (Walking Fellows, Presque rien, Valse à deux têtes ) ou tristes (La leçon des jours, Dernières brumes, La nuit est un son) dans lesquelles ils insistent sur les traits les plus beaux et précieux.
Leur dialogue est intime, leur discours très fluide, les improvisations insufflent une grande liberté d’expression, à partir de thèmes simples joués avec grande minutie et élégance, rendant l’auditeur très sensible. Ce duo permet une fois de plus d’admirer l’engagement musical profond et la virtuosité de ces deux grands musiciens de jazz remarqués sur la scène européenne par leurs discours et sonorités très personnels. Un disque à se procurer absolument, tant le plaisir ressenti à son écoute est intense.

. ::A.B. ::.


Les références :

Frédéric CHARLENT Trio : « Inattendu »

> Autoproduction – Vocation records - voc395 / www.fredericcharlent.com

Frédéric Charlent : piano / Rémi Bouyssière : contrebasse / Geoffroy Cormont : batterie

01. The peacock’s waltz / 02. 4 octobre / 03. King Aymeric / 04. L’ultima volta / 05. 16 février / 06. 8 juillet / 07. Round Midnight (Monk) / 08. Come sarebbe a dire ? / 09. Nouvelles voies / 10. 4 septembre // Enregistré au studio Bopcity (France) en décembre 2014 et février 2015.


Guillaume de CHASSY – Christophe MARGUET – Andy SHEPPARD – Kristin SCOTT THOMAS : « Shakespeare Songs »

> Abalone - AB023 / L’Autre Distribution

Andy Sheppard : saxophones ténor et soprano / Guillaume de Chassy : piano / Christophe Marguet : batterie / Kristin Scott Thomas : lecture des textes

01. Ouverture (le Roi a fait battre tambour) / 02. Capulets and Montagues go dancing (Romeo & Juliet) / 03. Cordelia (King Lear) / 04. Vengeance won’t take place (The Tempest) / 05. During The Night(A midsummer night’s dream) // Compositions de G. de Chassy et C. Marguet // Enregistré en France en 2015 ?


Alexandre JULITA Quartet : « Imaginary Broadway »

> Sons Mêlés SM1001 / Musea

Alexandre Julita : violon et multi-effets / Émilien Veret : clarinettes / Shankar Kirpalani : basse et contrebasse / Lao Louis Bao : batterie

01. Crossroads of the World / 02. Rumbles / 03. Jungle@Broadway / 04. Will It Go Round in Rectangles / 05. Toys of Fury / 06. Almost Alone in the Night / 07. Saturday Is Black // Enregistré en France à Lieusaint (77) en avril 2015.


PIXEL : « Golden Years »

> Cuneiform Records Rune 412 / Orkhêstra

Jon Audun Baar : batterie, percussion, vocal / Jonas Kilmork Vemøy : trompette, vocal / Harald Lassen : saxophone, vocal, bongo / Ellen Andrea Wang : contrebasse, vocal

01. Rainforest (Wang) / 02. People Pleaser (Wang) / 03. Nothing Beats Reality (Lassen) / 04. Our Beauty (Lassen) / 05. Arp (Vemøy) / 06. Dani Anana (Wang/Lassen) / 07. Move On (Wang) / 08. I Have the Right To Go to Syden (Baar/Wang) / 09. Slinky (Vemøy) / 10. Space Is Going to the Moon (Baar) / 11. Airborne (Baar) // Enregistré à Oslo (Norvège) en février 2015.


Duke ROBILLARD : « The acoustic blues & roots of Duke Robillard »

> Dixiefrog DFG8783 / Harmonia Mundi

Duke Robillard : voix et guitares acoustiques, mandoline, harpe ténor, ukulele… / Maria Muldaur, Sunny Crownover : voix / Mary Flower : slide guitare, voix / Marty Ballou, John Packer : contrebasse / Matt McCabe, Jay McShann : piano / Mark Teixeira, Marty Richards : batterie / Billy Novick, Doug James, Dave Babcock : anches / Jerry Portnoy : harmonica / Russell Gusetti : concertina /+/ Providence Mandolin Orchestra sur 11.

01. My Old Kentucky Home / 02. Big Bill Blues / 03. I Miss My Baby In My Arms / 04. Jimmie’s Texas Blues / 05. Backyard Paradise / 06. Evangeline / 07. Left Handed / 08. I’d Rather Drink Muddy Water / 09. I’m Gonna Buy Me A Dog (To Take The Place Of You) / 10. Nashville Blues / 11. Saint Louis Blues / 12. What Is It That Tastes Like Gravy / 13. Someday Baby / 14. Let’s Turn Back The Years / 15. Take A Little Walk With Me / 16. Santa Claus Blues / 17. Profoundly Blue / 18. Ukulele Swing // Enregistré aux USA en studio ou en concert (date non précisée).


Franck TORTILLER – François CORNELOUP : « Singing Fellows »

> Label MCO - MCO03 / www.labelmco.com

Franck Tortiller : vibraphone, marimba / François Corneloup : saxophone baryton

01. Walking Fellows / 02. Aux Charmes / 03. Esprit D’Escalier / 04. Presque Rien / 05. Sancho / 06. La Leçon Des Jours / 07. Dernières Brumes / 08. Chaque Vague / 09. Temps Gris / 10. La nuit est un son / 11. Valse à Deux Têtes // Enregistré au Théâtre des Copiaus à Chagny (France) les 17 et 18 avril 2014.