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Jazz Campus en Clunisois - le stage

du 13 au 20 août 2016 à Matour (71)

D 26 août 2016     H 14:49     A Pierre Gros    


Jazz Campus en Clunisois : le stage créé il y a quarante ans par Didier Levallet

C’est le temps des vacances, du repos, de ne rein faire, de la plage, de la baignade, du plongeon pour certains, pourquoi pas. Mais il existe aussi des personnes qui viennent travailler, chercher, s’enrichir, voire s’encanailler musicalement et intellectuellement dans un stage de jazz et de musiques improvisées ici à Matour (71) au Jazz Campus en Clunisois ; musiciens amateurs ou en voie de professionnalisation, jeunes ou moins jeunes, les buts sont multiples. Le stage n’étant pas basé sur le cours instrumental mais sur sa pratique au sein d’un groupe, l’instrumentarium en devient immense : de la voix à l’ordinateur en passant par les saxophones, cordes et autres claviers sans oublier l’étrange violon-cornet. Une approche large donc de la musique d’ensemble, du jeu de groupe à la fanfare qui s’appuie sur des intervenants qui font la musique vivante d’aujourd’hui. Mais il y a aussi l’indicible, pour chacun différent, logé au fond des tripes…

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Denis Badault : Improvisation libre et interprétation

On parle du concert de la veille au soir, chacun donne son opinion et doit l’argumenter. On en vient au jeu. Comment appréhender l’improvisation collective. Prendre son temps, être patient savoir attendre mais intervenir au moment adéquat avec certitude. On détermine les différentes possibilités susceptibles de se présenter lors d’une improvisation collective et qui serviront de tronc commun à son développement. L’improvisation en elle même est intimement liée au geste musical. Repérer l’unité élémentaire (pulsation régulière non mesurée d’une pièce musicale), savoir terminer une phrase, guetter le moment propice pour s’arrêter. Nécessité de la concentration, du jeu, de la variation, de la surprise, du silence et du contraste pour alimenter le discours dans l’improvisation. Divers outils sont proposés aux stagiaires afin d’enrichir leur catalogue de propositions.

Christine Bertocchi  : Improvisation vocale

Prise de conscience quasi anatomique du corps à travers l’échauffement corporel et la posture. Le corps est la boite de résonance de la voix, une évidence dont il faut ressentir la réalité. On met en place des onomatopées en mettant en action le palais, les lèvres, la bouche, la respiration. On prend conscience du rythme par le déplacement des pieds et du corps sur des métriques précises. On joue dans tous les sens du terme avec des riffs qui engendrent des polyrythmies enrichies par la multiplicité du timbre des voix. Chacun à leur tour les stagiaires dirigent l’improvisation. C’est l’autonomie de chacun alliée à l’écoute collective qui engendre la musique.

Vincent Courtois : West

On commence par parler du concert de la veille, on partage les impressions, on les argumente, on les confronte, on donne son opinion.
De quelle façon aborder le travail sans tomber dans ses « démons » qui engendrent l’ennui, garder son esprit en éveil par le ludique et inventer dans et pour le plaisir ses propres exercices, trouver son chant intérieur. Dans une pratique amateur chercher avant tout le plaisir de faire de la musique ensemble mais aussi devant un auditoire.
On en vient aux techniques d’apprentissage de libre improvisation par la mise en situation progressive tout au long de la semaine d’ensembles, allant du duo pour finir par le groupe des stagiaires au complet lors de mises en scène au sein même de l’atelier. C’est un lieu de recherche mais aussi de plaisir où l’écoute est l’essentiel : imprégnation sonore d’une gamme, d’un mode, conscience des différentes formes au sein d’un ensemble (par exemple en trio le 2+1 le 1+2 ou le 1+1+1) apprendre à contrôler l’intérêt du discours mais aussi le temps ; comme au concert, on joue ! Pour finir le cours, on aborde cette fois l’improvisation par la mise en place et l’interprétation d’un morceau écrit, issu de l’album West.

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Simon Goubert : Vous avez dit tempo ?

Début du cours par de la théorie rythmique pratique. Comment faire pour avoir le recul, la souplesse qui nous permet d’être physiquement libre afin de pouvoir apporter une richesse mélodico-rythmique à son discours, de ne pas être déstabilisé par une difficulté. Les exercices nombreux peuvent paraître faciles à certains mais le champ ouvert est immense et se complexifie au fur et à mesure de la semaine, à chacun de lui donner vie. Simon donne des exemples de superpositions rythmiques. On s’efforce de ressentir une carrure élargie plutôt que chaque temps d’une mesure. On s’aperçoit vite des blocages de notre corps, de son raidissement, il faut donc à chacun le courage et la volonté de les affronter. Puis on en vient à la pratique instrumentale, la mise en place des thèmes, l’organisation de l’orchestre pour que chacun puisse s’exprimer lors des solos, comment leurs donner vie par des accentuations qui ne peuvent se contrôler que si notre corps est physiquement détendu.

Nous nous excusons auprès de Guillaume Orti et Céline Bonacina dont nous n’avons pas eu le temps de visiter les ateliers, mais leurs restitutions respectives lors des concerts de fin de stage nous ont donné un très large aperçu de leur travail où se mêle sérieux, concentration et fête.

Les restitutions

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C’est le complément indispensable pour les stagiaires et les habitants de Matour qui sont ici bien présents. Faire pour refaire ce que l’on a fait durant la semaine, ce n’est plus le temps de la réflexion mais celui du jeu pour le jeu, en une sorte de puzzle impressionniste : prestation des enfants, fanfare, concert de chacun des ateliers, on voit ce qui reste, on en fait le bilan pour le groupe mais aussi à titre personnel de se qui nous reste à faire. Chacun le sait, petits et grands, un travail sans fin les attend, l’improvisation trouvant son ingrédient principal dans l’accumulation de solutions pour se préparer à l’imprévisible. Il n’y a pas de trouvailles mais des retrouvailles.

Paroles de stagiaires

Je viens ici pour trouver d’autres clefs dans ma pratique de la musique improvisée. Pourquoi ce stage ? Parce qu’il y a une exigence et en même temps une atmosphère qui me plaît. Je viens ici depuis plusieurs années, j’y retrouve des amis.

Je suis en voie de professionnalisation au piano pour le classique et au saxophone pour le jazz. Je viens ici pour échanger des idées, avoir d’autres horizons de travail, rencontrer des musiciens pour jouer et mettre en pratique, rencontrer un professeur que l’on m’a conseillé. Je préfère l’ambiance du jazz moins concurrentielle mais tout aussi exigeante à sa manière que le classique.

Je débute le trombone que j’ai découvert par hasard comme le jazz que je n’osai pas affronter de peur de ne pas le comprendre. Aujourd’hui je l’adore, je vais régulièrement au concert et j’écoute de plus en plus de disques, Mingus en particulier. Je me fais ma propre culture de cette musique. Je suis venu ici pour aller plus loin dans ma pratique, découvrir le jeu de groupe. Je reviendrai.

Je suis professeure de formation musicale et pianiste, je viens du classique et je sentais la nécessité de libérer mon mode d’expression personnelle par l’improvisation. Mais c’est aussi pour l’intérêt pédagogique, l’improvisation étant devenue une des composantes de l’enseignement musical. Je suis bousculée mais c’est ce que je suis venue chercher...

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Les buts sont peut être multiples mais le fond identique : faire de la musique un art pour soi, certes, mais avant tout un partage avec d’autres musiciens et surtout un auditoire. Ici on vous demande d’oublier les « il faut, tu dois », on vous incite à prendre la parole dans un cadre bien précis, à écouter ce que l’autre a à dire, à le contredire. L’’improvisation a ses exigences qui lui font éviter le n’importe quoi et qui demandent compréhension, recul, respect, connaissances, temps. La liberté se nourrit de contraintes parfois inattendues, l’imaginaire en a besoin, la poésie en demande. Le stage et le festival s’imbriquent l’un dans l’autre. Lors de vibrantes jams aux vertus quasi-thérapeutiques, on plonge comme le plongeur de Paestum, l’indicible logé au fond des tripes…
Ce sont les vacances, on repart l’esprit libre, la valise pleine et la passion n’a que faire des amateurismes et des professionnalismes ; une grande artiste nous disait récemment «  le mot carrière ça me fait penser aux cailloux ».
Ce Jazz Campus est une sorte d’agora, un lieu de résistance. Ami, m’entends-tu ?

En ces temps plus que troublés nous oui on aime !

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