« Le jazz tisse sa toile... »
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Acoustic Lousadzak : NEED EDEN (à Paris).

Le paradis, maintenant

D 16 janvier 2017     H 05:30     A Alain Gauthier    


Il y a ces musiciens qu’on écoute un soir, par curiosité, façon « Ouais, pourquoi pas ? ». On coche une case, on se dit : « ça, c’est fait ». Il y a les musiciens qui, au bout de deux morceaux, nous invitent à sortir jouir d’un verre au bar, d’une ballade de noctambule parce qu’on se dit je suis pas fan, je suis pas prêt (n’importe quelle excuse vaut).
Et il y a les musiciens qui nous velcroïsent au fond du siège, nous empoignent à bras le corps, nous brassent le moût, nous pétrissent l’âme et qu’on n’a qu’une envie, les suivre de salle en salle. Les coller.

Ainsi de l’Acoustic Lousadzak et son programme NEED EDEN.
Qu’on s’intéresse aux explications du pourquoi de cette œuvre n’y change rien : concert après concert, sa musique magnifique change sans changer, ne change pas en changeant, nous empoigne, brasse, pétrit, chamboule, envoûte. Pffff : la grande classe.
Parfaite pour commencer 2017 et étalonner notre système auditif.
Épatante pour distinguer le dessus du panier de ceux qui tentent d’y grimper.
Jubilatoire pour jubiler.
Ils sont venus, ils sont tous là : Géraldine KELLER et sa voix, Catherine DELAUNAY et sa clarinette, Roland PINSARD et ses clarinettes, Fabrice MARTINEZ et ses trompes, Régis HUBY et son violon, Guillaume ROY et son alto, Stephan OLIVA et son piano, Rémi CHARMASSON et sa guitare, Edward PERRAUD, sa batterie et ses petits objets vibrants. Et Claude TCHAMITCHIAN, le taulier-compositeur-casteur qui a le bon goût de les rassembler autour de sa contrebasse.
En ces temps d’accumulation forcenée du capital ( les très riches souffrent d’un trou sans fond dans leur ego dégoûtant ), de construction effrénée de frontières, murs et autres limites mentales ( il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde selon Luis Régo), d’atomisation de la société ( cette guerre quotidienne de tous contre tous dit Jaime Semprun ), ces dix compagnons œuvriers incarnent l’exact contraire de l’air du temps : entraide et solidarité. Merci les filles et les gars de nous le rappeler de si belle façon.
Si en plus, on revient sur le contenu de Need Eden : « L’amour, la vie, la mort : trois suites pour le dire », alors là : on vire de sa bibliothèque un mètre cinquante de livres chiants comme un discours de prétendant à une primaire, on respire large, on ouvre ses yeux, ses oreilles, tout ce qu’on peut ouvrir, on s’ouvre.
Les promesses de l’aube pour se mettre en route. Il y a de la Horde du Contrevent dans cette entame. Marcher, avancer, rythmes mélangés mais tous par là. Là où ils jouaient serré, ce soir ils jouent serrrrré.
Et la voix de Keller. LA voix. Encore et toujours. Venue d’où ?
« N’aie pas peur !! » qu’elle vocalise. Bon, un pape aussi l’a dit. Une papesse, pourquoi pas ?
Les violon-alto et contrebasse la rassurent : non, on n’a pas les boules, ni les jetons. Même pas peur. Ces violonsiamois, va les séparer.
Puis le trio piano-drums-cb fait tout pour les embellir les promesses de l’aube : il rend l’air léger, le vent aussi et la lumière.
« À chacun son histoire » qu’elle affirme, Géraldine. Ce à quoi ils s’affairent. Chacun leur tour. Aucun moment pour se détendre et regarder si la brune, à droite, a quelques jolies rides de vie au coin de l’œil, tout peut arriver pendant ce temps-là : un cri superprimal de Keller, un solo stratosphérique de Roy, une envolée amphétaminée de Delaunay, des rugissements de Pinsard. Chacun se donne à 200%, à rendre jaloux le CAC 40.

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Claude Tchamitchian Acoustic Lousadzac
© Florence Ducommun - Jazz en Luberon 2015

Le tentet se déploie le temps d’une phrase envoûtante, d’une transition dramatique, se démultiplie en petites formations, on va, on revient, on découvre, on est surpris, pas un instant de routine routinière alors qu’elle persévère, la Keller : « tu attends l’éternité, imagine l’éternité ».
Là, ça ressemble à un remue-méninges chaordique, ils l’imaginent l’éternité, collent des post-it virtuels partout et y’en a pas qu’une, d’éternité.
Il paraît que l’ordre des suites est aléatoire : la vie-l’amour-la mort-l’amour-la mort-la vie-etc....
Pas nos applaudissements.
On est ravi.
On le leur fait entendre. Longtemps.

Mercredi 11 janvier 2017
Le Studio de l’Ermitage
8, rue de l’Ermitage
75020 Paris


Le disque :

ACOUSTIC LOUSADZAK - Claude TCHAMITCHIAN Tentet : « Need Eden »
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> À retrouver dans la « Pile de disques » de janvier 2017 : «  Claude Tchamitchian démontre une fois encore ses grandes qualités de compositeur-arrangeur pour un ensemble exceptionnel de cohésion où les cordes occupent une place de choix. Un disque magnifiquement enregistré aux studios La Buissonne. »(Lire ici... - T. Giard - janvier 2016).

> Émouvance - EMV1038 / Socadisc

Géraldine Keller : voix / Roland Pinsard et Catherine Delaunay : clarinettes / Régis Huby et Guillaume Roy : violons / Stéphan Oliva : piano / Fabrice Martinez : trompette / Rémi Charmasson : guitare / Edward Perraud : batterie et percussions / Claude Tchamitchian : composition et contrebasse

01. EVEIL. Les Promesses de l’aube / 02. EVEIL. Peur / 03. EVEIL. Montagnes Intimes / 04. LUMIERE. Imaginer l’éternité / 05. LUMIERE. Laisser, se laisser / 06. LUMIERE. L’ivresse du chemin / 07. PASSAGE. Rire de mourir / 08. PASSAGE. Encore / 09. PASSAGE. De l’autre côté d’ou tu es né // Enregistré en juin 2016 aux Studios la Buissonne (Pernes-les-Fontaines, 84).