« Le jazz tisse sa toile... »
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Vitrine de mai 2017 #2 : spéciale « sax’bass’trie »

En se passant d’instrument harmonique...

D 29 mai 2017     H 20:00     A Thierry Giard, Yves Dorison    


Au menu, des trios de saxophonistes avec basse et batterie. L’occasion de s’intéresser à une formule qui revient en force :


Josephine DAVIES : « Satori »

info document -  voir en grand cette imageOser Josephine ! La saxophoniste anglaise, Josephine Davies herself, le fait très bien. Dans ce disque en trio, sans piano donc casse gueule, Elle et sa rythmique (Dave Whitford : contrebasse / Paul Clarvis : batterie.) font parler la science. Pas celle qui nous endort, l’autre, celle qui donne à la nuance ses lettres de noblesses et à l’improvisation sa force. Si le propos est dense, il n’en demeure pas moins sobre. L’heure n’est pas à l’épate. Les trois musiciens se consacrent à la musique, ils la portent dans l’espace, ils la transportent dans le silence. Ils la plongent dans le sensible. Josephine Davies est douée, ne manque pas d’imagination et connaît ses classiques. L’énergie et la liberté de ce disque original enregistré en public en deux lieux différents font plaisir aux oreilles. Vivement recommandé par votre serviteur.

Yves Dorison


Quinsin NACHOFF : « Ethereal Trio »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imageLe line up de l’album est costaud, voyez donc : Mark Helias à la contrebasse et Dan Weiss à la batterie. Ceci dit, et c’est connu, Quinsin Nachoff compose une musique qui flirte avec le contemporain. C’est complexe et simple à la fois. Il faut donc y venir sans a priori et se laisser attraper au vol car son ténor dévoile une palette sonore et un jeu aussi précis que riches et nuancés. Quant à ses mélodies d’orfèvre, si elles ne sont pas toujours explicites, elles demeurent cependant habitées et lisibles. Le fait d’être dans ce disque accompagné par deux maîtres de l’espace capables à tout moment de soutenir le discours ou d’orienter les débats permet au saxophoniste canadien d’être librement inspiré sans perdre de vue la direction à suivre. Ce qui est une évidence, c’est que les trois explorateurs de cet enregistrement étaient faits pour se rencontrer et que la démonstration d’intelligence musicale qu’ils délivrent en fera pâlir plus d’un. Du grand art ! OUI !

Yves Dorison


Jason RIGBY : « One - Detroit - Cleveland Trio »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imagePlanquez-vous ! Avec cet autre trio sans piano, on entre dans l’antre où brûlent les enfers. L’indémodable Cameron Brown tient la contrebasse, l’éruptif Gerald Cleaver ne retient pas ses orchestrales baguettes (in the dark), les deux larrons poussent le saxophoniste dans ses retranchements. Jason Rigby s’en sort comme on sort des tranchées. Le cœur bat vite et fort. La pulsation rythmique de la musique est à cette aune. On fait dans le vital et l’urgent. On approche de la syncope. On pense aux géants du genre. C’est riche et impétueux, souvent incendiaire, toujours juste et beau. « You are too beautiful » est gorgée de cette saveur particulière qui nous rend les ballades indispensables, entre fruit mûr et chair alanguie. « Embraceable you » en solo s’écoute comme une prière. Le morceau final, en hommage à Dewey Redman, réanime la flamme de ce trio qui a décidément de quoi faire pâlir ses contemporains musiciens. Un disque nécessaire. OUI !

Yves Dorison


...Et aussi...

Deux trios que nous avons eu l’occasion de vous présenter dans de récentes « Piles de disques » mensuelles...

John O’GALLAGHER : « Live in Brooklyn »

info document -  voir en grand cette imageNous profitons de cette vitrine de disques consacrée aux trios de saxophonistes pour revenir vers une autre référence récente du label londonien Whirlwind Recordings, décidément incontournable ! Cette fois, c’est le saxophoniste alto américain John O’Gallagher qu’on peut écouter au Seeds, un club de Brooklyn. Né en Californie en 1964 mais aujourd’hui implanté sur la scène new-yorkaise du jazz, cet élève de Jerry Bergonzi et George Garzone compose pour jouer, sans trop s’embarrasser de joliesses mélodiques, ce qui ne signifie pas que sa musique soit vide de sens, bien au contraire. Dans le contexte du trio, en l’absence d’instrument harmonique, il laisse vivre son jazz au gré de son inspiration, porté par une solide et souple rythmique. Un soir dans un club pour auditeurs ouverts et curieux sans artifices mais non sans inspiration avec cette petite distance dans la prise de son qui laisse penser que l’on y est, pour de vrai !

Olivier PY Birds of Paradise : « Black fables »

info document -  voir en grand cette imageRetour en France avec le trio Birds Of Paradise qu’Olivier Py a créé par pour reprendre à sa manière les relevés de chants d’oiseaux effectués par Olivier Messiaen qui déclarait « Les oiseaux ont tout inventé, le chromatisme et le diatonisme, les quarts de tons, et même l’improvisation collective. ». Pour ce second album, le trio reprend cette source d’inspiration qui donne matière à un travail très subtil. Une vraie musique d’ensemble qui joue sur l’association, les combinaisons, l’opposition des voix. Les chants subtilement combinés du saxophone et de la contrebasse d’un Jean-Philippe Morel qui déploie des trésors d’inventivité dans sa palette sonore sont ponctués et vigoureusement soutenus par les percussions de Franck Vaillant. Du jazz d’inspiration naturaliste résolument contemporain.

Thierry Giard


Références, détail et liens :

Josephine DAVIES : « Satori »

> Whirlwind Recordings - WR4700 / Bertus

Josephine Davies : saxophones ténor et soprano / Dave Whitford : contrebasse / Paul Clarvis : batterie.

01. Insomnia / 02. Something Small / 03. The Tempest Prognosticator / 04. Snakes / 05. Paradoxy / 06. Crisp Otter / 07. The Yips / 08. Paradoxy (alternate take) // Enregistré en concert en Grande-Bretagne le 30 juin et le 4 septembre 2016.

Quinsin NACHOFF : « Ethereal Trio »

> Whirlwind Recordings / Bertus

Quinsin Nachoff : saxophone ténor / Mark Helias : contrebasse / Dan Weiss : batterie

01. Clairvoyant Jest / 02. Imagination Reconstruction / 03. Gravitas / 04. Subliminal Circularity / 05. Push-Pull Topology / 06. Portrait In Sepia Tones // Enregistré le 26 avril 2016 aux studios Acoustic Recordings de Brooklyn (New York – USA)

John O’GALLAGHER : « Live in Brooklyn »

> Whirlwind Recordings / Bertus

John O’Gallagher : saxophone / Johannes Weidenmueller : contrebasse / Mark Ferber : batterie.

01. Prime / 02. Extralogical Railman / 03. Credulous Intro / 04. Credulous / 05. Blood Ties / 06. Nothing To It / 07. The Honeycomb // Enregistré en concert à Brooklyn en novembre 2015.

Olivier PY Birds of Paradise : « Black fables »

> Vents d’Est - VE 1703-10 / L’Autre distribution

Olivier Py : saxophones, composition / Jean Philippe Morel : contrebasse / Franck Vaillant : batterie.

01. Bazooka Beatnik part 1 / 02. Bazooka Beatnik part 2 / 03. Corridor Cyclone / 04. Punk Prototype part 1 / 05. Punk Prototype part 2 / 06. Chromosome Casino / 07. Stable Syndrome / 08. Paranormal Paraphrase / 09. Nocturne Nectar / 10. Gangster Gazelle part 1 / 11. Gangster Gazelle part 2 // Enregistré au Théâtre des Copiaus (Chagny - 71) par Philippe Teissier du Cros du 14 au 16 julllet 2016.

Jason RIGBY : « One - Detroit - Cleveland Trio »

> Fresh Sound New Talent (P. 2016) - FSNT505 / Socadisc

Jason Rigby : saxophones ténor et soprano / Cameron Brown : contrebasse / Gerald Cleaver : batterie.

01. Dive Bar / 02. Dorian Gray / 03. You Are Too Beautiful (Richard Rodgers & Lorenz Hart) / 04. Newtoon (George Schuller) / 05. Speak Like a Child (H. Hancock) / 06. Live By the Sword / 07. Embraceable You (George & Ira Gershwin) / 08. Dewey // Enregistré à Brooklyn (New York) en 2016.