« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2018 » L’Appeal Du Disque - Juin 2018 # 2

L’Appeal Du Disque - Juin 2018 # 2

D 29 juin 2018     H 05:00     A Florence Ducommun, Yves Dorison    


ERROLL GARNER . Night concert

Mack Avenue Records

Erroll Garner  : piano
Eddie Calhoun : contrebasse
Kelly Martin : batterie

info document -  voir en grand cette imageYa de la joie ! On l’avait presque oublié ce bon vieil Errol. On n’est pas les seuls, d’ailleurs. En 1964, dans sa quarantaine il est au sommet de son art avec son trio. Il contrôle parfaitement le son et explore les harmonies à sa manière. Inventif et virevoltant, cet autodidacte qui composait tout à l’oreille et jouait de même, a marqué son époque avec un swing chaleureux, une verve et un talent original qui séduisent encore aujourd’hui. Dans cet enregistrement live au ConcertGebouw d’Amsterdam, vous retrouverez nombre de ses morceaux de prédilection dont le fameux « Laura » qu’il vendit en son temps à ½ million d’exemplaires.Nous aimons en outre ses intros improbables comme seul lui pouvait les faire et qui surprenaient jusqu’à ses accompagnateurs !

Yves Dorison

https://www.mackavenue.com/


CHARLES LLOYD AND THE MARVELS . Vanished gardens

Blue Note

Charles Lloyd : saxophone, flûte
Bill Frisell : guitare
Greg Leisz  : pedal steel guitar, dobro
Reuben Rogers ; contrebasse
Eric Harland  : batterie

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imageA 80 ans, Charles Lloyd n’en finit pas d’explorer ses territoires. Avec The Marvels, si c’est l’aspect « americana  » qui prend le dessus, ce serait réducteur de penser que ce n’est que cela. On retrouve dans ce disque les entrelacs mélodiques, les dérapages chers au ténor, et ils se fondent dans l’esprit du genre précité avec aisance car la musique est toujours fille de la musique, peu importe ses origines. Majestueusement entouré par des musiciens exemplaires conjuguant leurs univers avec une évidente singularité, Charles Lloyd invite en sus la chanteuse Lucinda Williams, électron libre définitivement inclassable et fille du poète Miller Williams (1930-2015). Cette dernière participe pleinement à la réussite de cet album au sein duquel les climats se succèdent sans heurt aucun. Avec sa voix caractéristique qui donne à la mélancolie une présence renouvelée et une profondeur toujours à découvrir, Lucinda Williams épouse naturellement le chant lloydien et ces grand espaces au sein desquels le groupe décline les couleurs d’une science musicale très habitée, émouvante. Au plus proche des racines et au plus haut du ciel, ils sont dans un entre-deux précieux qui leur est propre auquel on ne résiste pas.

Yves Dorison

Charles Lloyd chez Blue Note


JAVIER SUBATIN . Autotelic

Auto production

Javier Subatin : guitar & composition
João Paulo Esteves da Silva : piano

Musiciens invités :

Desidério Lázaro : saxophone ténor
André Rosinha : contrebasse
Diogo Alexandre : batterie

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imageJavier Subatin, jeune trentenaire, nous était il y a peu inconnu et nous sommes contents de l’avoir découvert. Ce disque essentiellement en duo, mais avec quelques invités au gré des plages, est un bel exemple de jazz actuel finement ciselé et mélodique à souhait. D’un lyrisme doux, inscrit dans un univers méandreux, ce CD fait la part belle à la demi-teinte. Tout est parfaitement tenu et le guitariste argentin installé au Portugal livre des compositions personnelles fort intéressantes, ne manquant pas de tempérament, qui ont en outre le mérite de laisser une large place à chaque musicien (qui étaient tous pour nous de parfaits inconnus jusqu’alors, osons l’avouer). Fait de pleins et de déliés musicaux évoquant une sorte de calligraphie musicale contemporaine, c’est assurément un disque riche et équilibré, prometteur, qui ne nous a pas laissés indifférents et mérite amplement le détour.

Yves Dorison

https://www.javiersubatin.com/


SOFIE SORMAN . Vindarna

21lab

Armel Dupas : piano
Joan Eche-Puig : contrebasse
Karl Jannuska : batterie

info document -  voir en grand cette imageOn ne comprend rien au suédois et on adore ça. Pour tout dire, nous nous sommes laissé porter par la voix de Söfie Sorman créant des espaces inconnus de nous mais proches par l’émotion qui s’en dégage. Accompagnés par des musiciens au diapason de sa sensibilité, la chanteuse avance à découvert avec son passé nordique et son présent français et donne à écouter des chansons aux humeurs variées qui interpellent en douceur l’auditeur. Est-ce encore du jazz ? Par bien des côtés, oui, ne serait-ce que par les musiciens présents. Et puis non bien sûr. Et puis quoi ? On s’en fout un peu, pour tout vous dire. On prend plaisir à glisser ce disque dans la platine, à écouter ces thèmes qui au passage nous rappellent quelquefois les ambiances que son batteur canadien inscrit dans ses propres disques. Serait-ce l’esprit des exilés volontaires qui s’exprime entre ces notes avec une certaine langueur ?

Yves Dorison

www.sofie-sorman.com


CECILE N’DEBI LAURENT COHEN . Children’s Game

Ragtime Production

Cécile N Debi : chant
Laurent Cohen : guitare

info document -  voir en grand cette imagePetite surprise sans prétention et pleine de charme tombée dans mon oreille un peu par hasard, voilà bien un disque qui réconciliera un certain public avec le jazz. D’un côté la chanteuse Cécile N Debi au parcours éclectique, du piano classique au chant et piano jazz avec Anne Ducros, menant de front travail de composition et participation à des tas de projets et se produisant partout dans Paris. De l’autre le guitariste Laurent Cohen, un peu chanteur lui aussi et compositeur, ancien élève du conservatoire de Marseille puis de Montreuil où il obtient une médaille d’or. Les deux ont créé ce délicieux Children’s Game en janvier 2016 après 10 ans de complicité. Les compositions sont du guitariste, habitées par la voix troublante de Cécile NDebi, éraillée juste comme il faut, faisant penser à celle de Melissa Laveaux, (The end of Life, ou Children’s Game) que le guitariste pousse dans des tessitures inhabituelles. Une musique intercontinentale, allant de l’Afrique au Brésil, en passant par la pop et bien sûr le jazz. On finit par ne plus savoir si c’est le guitariste qui mène le duo ou la chanteuse qui l’entraîne sur un rythme tourbillonnant ou plus mélancolique (I’m Waiting, Ben ou In Vain, reprise d’un poème de Jack Kerouac qui termine magnifiquement le disque en duo). On bouge, on chante, on soupire accompagné en arrière par Tony Rabeson à la batterie, Damien Argentieri à l’orgue Hammond et Charly Sy aux platines. Un joli petit disque estival qui n’a sûrement pas été un jeu d’enfants pour ce duo méritant largement sa place au soleil !

Florence Ducommun

Cécile N’Debi & Laurent Cohen


AMANDA GARDIER . Empathy

Green Minds Records

Amanda Gardier : saxophone alto
Charlie Ballantine : guitare
Clay Wulbrecht : piano
Jesse Wittman : basse
Chris Parker : batterie

Invités :

Rob Dixon : saxophone ténor
Mina Keohane : chant

info document -  voir en grand cette imageUne jeune saxophoniste basée à Indianapolis sort un premier disque dont le titre évoque clairement ce qui attend l’auditeur. Entièrement composé par ses soins, à l’exception d’une reprise séduisante de Björk marquée par une introduction solo de l’altiste en lieu et place des cordes de l’original, il ne manque pas d’atouts. Avec des musiciens basant leur expressivité sur l’écoute sans omettre d’apporter leur touche personnelle à l’ensemble, la musique de cet album développe des atmosphères thématiques qui doivent beaucoup aux deux souffleurs (Amanda Gardier et Rob Dixon) et au guitariste, Charlie Ballantine, qui explore et intègre des sonorités assez inusuelles dans le jazz, tout au moins de ce type de combo soutenu par une rythmique, orthodoxe et efficace, ainsi qu’un piano tissant les harmonies au millimètre, dans les canons d’un jazz contemporain assez typiquement américain. Au final, Amanda Gardier livre un disque très équilibré dans lequel chaque musicien fonctionne en empathie avec les autres (ce qu’elle voulait), au service de la musique sans effets superfétatoires ni prouesses inutiles, mais pas sans charme.

Yves Dorison

https://www.agardier.com


MAIS AUSSI....


MARTIN NEVIN . Tenderness is Silent
Autoproduction

Martin Nevin : contrebasse & compositions / Kyle Wilson : saxophone ténor / Roman Filiu : saxophone alto / Sam Harris : piano / Craig Weinrib : batterie

Ce disque paisible né de problèmes de santé rencontrés par le contrebassiste ne manque pas de profondeur. Éthéré souvent, groovy par moment, toujours introspectif, il évolue autour d’un large spectre d’ambiances. C’est très écrit mais toujours lisible. La contrebasse du leader nous la joue boisée avec beaucoup de souplesse. La justesse et la maturité dans ce disque ne peuvent que séduire les oreilles attentives se satisfaisant de douceur et de modernité new new-yorkaise. Signalons que le titre de l’album fait référence à un poème d’Anna Akhmatova, ce qui selon nous ne gâche rien.

http://www.martinnevinbass.com/


LILANANDA JAZZ QUINTET & LE QUATUOR VARESE . Bossa 2.0
Autoproduction

Claire Vaillant : chant / Pierre Drevet : trompette & bugle / Francis Larue : guitare / Etienne Kermac : basse / Fabien Rodriguez : batterie, percussions / Johan Veron : violon / François Galichet : violon / Sylvain Seailles : Alto / Thomas Ravez : violoncelle

Arrangé par Pierre Drevet (qu’on ne présente plus), ce quintet augmente sa réalité première par l’ajout judicieux du Quatuor Varèse afin de servir un répertoire brésilien ancré dans la mémoire collective avec une perspective nouvelle. Homogène de bout en bout, servi par d’excellents musiciens, ce disque réussi plaira à celles et ceux qui aiment cette ambiance sud américaine ensoleillée.

https://lilanandajazzquintet.com/


JEAN RENE MOUROT . Nocturne en sourdines
Musique de nuit et d’appartement
Autoproduction

Cet EP improvisé a été enregistré par Jean-René Mourot dans la nuit du 25 mai 2018 dans son salon, avec le piano en sourdine d’appartement. Initiative aussi incongrue que réjouissante, elle pointe l’irréfragable désir du musicien et, qui sait, les difficultés à se faire entendre et écouter quand on n’appartient pas au Barnum commercial du jazz.

http://www.jeanrenemourot.com/


Portfolio