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L’Appeal Du Disque - Juillet 2020

D 20 juillet 2020     H 05:00     A Pierre Gros, Yves Dorison    


| 00- JORGE ROEDER . El suelo mio - OUI !
| 01- CHARLES TOLLIVER . Connect
| 02- LENNIE TRISTANO . The duo sessions
| 03- JEFF COSGROVE . History gets ahead of the story
| 04- JESPER THILO . Swing is the thing
| 05- AKIKO / HAMILTON / DECHTER . Equal time
| 06- CARSTEN MEINERT . Musictrain - OUI !
| 07- CALLUM AU & CLAIRE MARTIN . Songs and stories
| 08- PETER ROSENDAL & THE ORCHESTRA & TRIO MIO . Trickster
| 09- MICHEL FERNANDEZ QUARTET . Sans Frontière
| 10- JEFF HAMILTON TRIO . Catch me if you can
| 11- THE MARK MASTERS ENSEMBLE . Night talk


JORGE ROEDER . El Suelo Mio

Autoproduction

Jorge Roeder : contrebasse

Le mois dernier, nous avions un solo de batterie. Ce mois-ci, place à la contrebasse avec l’épatant péruvien new-yorkais Jorge Roeder. Incontournable de nos jours, ce musicien n’autorise que les plus pointus des musiciens à figurer dans son curriculum vite fait. Julian, lage, Shai Maestro, Ryan Keberle, aujourd’hui. Gary Burton, Alex Acuna, Antonio Sanchez ou Kenny Werner, entre autres, par le passé. Et on ne vous dit pas tout. Avec un son boisé parfait, Jorge Roeder démontre dans ce disque son aptitude que la tonalité et le timbre sont aussi importants que la dextérité ou le choix des notes. Qu’il interprète des thèmes issus de sa culture sud-américaine ou qu’il aborde des standards, tout est joué avec une fluidité, un sens du rythme suraigu et une justesse impressionnantes. Sa virtuosité ne sert que la musique et l’on ne s’en plaint aucunement. Tout au long de l’écoute, l’on perçoit avec un réel plaisir le lyrisme chaleureusement discret de l’artiste et sa capacité à traduire en un langage unique, le sien, l’ensemble des influences qui l’on nourrit depuis ses débuts. Dans ce disque aux couleurs chamarrées, Jorge Roeder tutoie les sommets avec adresse et élégance, opulence naturelle et prestesse, jusqu’à rendre le résultat enregistré indispensable à toutes les discothèques. Ceci dit, il risque aussi de dégoûter un grand nombre de terriens contrebassistes…

Yves Dorison


https://www.jorgeroeder.com


CHARLES TOLLIVER . Connect

Gearbox Records

Charles Tolliver : trompette
Jesse Davis : saxophone alto
Keith Brown : piano
Buster Williams : contrebasse
Lenny White : batterie
Binker Golding : saxophone ténor

Charles Tolliver, méconnu chez nous, n’est pas né de la dernière pluie. Repéré en 1964 par Jacky McLean, il a tout au long de sa carrière côtoyé les pointures, Gary Bartz, Booker Ervin, Andrew Hill, Oliver Nelson, Max Roach, Horace Silver ou encore Max Roach. La liste n’est pas exhaustive. Cela ne l’a pas empêché d’enregistrer sous son nom une quinzaine d’albums dont le dernier en date est ce « Connect » dans lequel figure une partie du gratin new-yorkais du jazz parmi lesquels le magnifique Buster Williams à la contrebasse. On a affaire dans ce disque à un jazz post moderne aussi tendu que dense. Pas de quoi vous laisser tranquille ou décrocher en route. Les thèmes sont clairs et complexes, le groove résonne en background et les improvisations se déroulent comme à la parade. Nous ne disons pas que c’est facile. Nous disons simplement que c’est fait avec un talent d’écriture et une interprétation qui tutoie, mine de rien, le haut du panier. L’engagement des musiciens est aisément perceptible dans cette musique qui fait de l’essentiel son aliment principal et offre à l’écoute des architectures sonores pour le moins séduisantes.

Yves Dorison


https://charlestolliver.com


LENNIE TRISTANO . The duo sessions

Dot Time Records

Lennie Tristano : piano
Lenny Popkin : saxophone ténor
Connie Crothers : piano
Roger Mancuso : batterie

Lennie Tristano était pour les uns un pur génie et pour d’autres un musicien trop intellectuel. La où certains vante l’alternative aux modalités du Be bop, les autres ne voient que froideur stylistique. En fait, la plupart des auditeurs ayant accès un jour ou l’autre à un disque de Tristano sont souvent entre les deux pôles. Une chose demeure absolument réelle, le pianiste intrigue et interroge. Et ce qui était valable hier l’est toujours aujourd’hui. C’était à sa manière un défricheur, que ce soit au plan musical ou au plan technologique. Dans ce disque, les seize enregistrements inédits ont été réalisés après 1968 et la dernière apparition publique du pianiste. Avec la pianiste Connie Crothers, c’est le seul duo de piano qu’il ait jamais enregistré. Il s’y montre très libre. Avec Lenny Popkin, sorte de Wayne Marsh biberonné au Lester Young, le chicagoan promeut l’accompagnement actif en soulignant parfaitement le boulot fluide et très construit du saxophoniste. Avec le batteur Roger Mancuso, maître ès Swing, Tristano trouve un acolyte qui lui permet des explorations à sa mesure. Si d’une manière générale on retrouve sa patte, d’aucuns seront surpris de trouver dans son jeu une influence monkienne plus marquée qu’à l’accoutumée. A noter que, selon les sessions, le son est plus ou moins bon (nous frôlons l’euphémisme, là) et cela pourra en rebuter plus d’un.

Yves Dorison


https://en.wikipedia.org/wiki/Lennie_Tristano


JEFF COSGROVE . History gets ahead of the story

Grizzley Music

Jeff Cosgrove : batterie
John Medeski : orgue
Jeff Lederer : saxophone, flûte

Ce disque propose une interprétation de la musique du contrebassiste avant-gardiste William Parker sans sa présence. Le batteur leader le connait bien puisqu’ils ont travaillé ensemble par le passé, notamment avec Matthew Shipp. Ce que l’on découvre dans ce Cd, c’est que Parker est un compositeur qui aime les mélodies et pas seulement un chantre du jeu libre. Et même si ses thèmes laissent une large part à l’improvisation, le fait demeure que la mélodie existe bel et bien. Avec Jeff Lederer, un son de saxophone à vous couper le souffle, et le plus que musical John Medeski, le batteur ne se contente pas de jouer la musique de Parker. Les trois se l’approprient et livre un enregistrement qui mérite l’attention de tous. L’inventivité est là, l’interaction prégnante, et la musique qui en découle est d’une finesse épatante. Riche de sonorités épaissies au groove, elle n’en demeure pas moins très digeste et titille les papilles auditives avec une originalité due autant au compositeur qu’aux musiciens qui joue sa musique. Ces trois-là se sont bien trouvés et cela s’entend d’un bout à l’autre de l’enregistrement. Well done.

Yves Dorison


https://jeffcosgrovemusic.com


JESPER THILO QUARTET . Swing is the things

Stunt Records

Jesper Thilo : saxophone tenor
Soren Kristiansen : piano
Daniel Franck : contrebasse
Frands Rifbjerg : batterie
Rebecca Thilo Farholt : chant (8)

Sur ce coup-là, nous avons un mois de retard. Désolé, mais on s’en fout. Après quoi la question. Qui est donc Jesper Thilo ? Il faut être danois pour le savoir ! Il n’était pas venu jusqu’à nos oreilles avant ce disque dont nous ne connaissons aucun des musiciens. Sachant qu’il est né en 1942, c’est à vous désespérer de vouloir en savoir toujours plus. Quant à son disque, le titre en dit tout. « Swing is the thing ». Nous voilà de nouveau plongés dans une époque révolue. Coleman Hawkins et Ben Webster ne sont pas loin. Pour un saxophoniste qui s’est frotté à des artistes tels Tommy Flanagan, Thad Jones ou Roland Hanna, tout au long de sa carrière, cela fait sens. Vous n’aurez donc aucune surprise à l’écoute de ce Cd. C’est du jazz d’avant, avec un grand J. Chacun y tient son rôle. Un soliste devant, un solo par ci pour le pianiste, un solo par là pour le contrebassiste, quelques quatre quatre pour faire briller les fûts, un thème des impros. A fond les ballons ou mid tempo, une ballade pour peaufiner l’affaire, et le set est complet. Le leader dirige et le trio accompagne. De quoi satisfaire les amoureux du swing car, disons-le clairement, c’est sacrément bien fait. En sus, l’enregistrement est remarquable de clarté et de précision. Vous pouvez écouter ce disque en toute occasion, pas seulement à l’apéro pour emballer la voisine avec deux bougies et trois olives. Ou alors vous ne connaissez vraiment rien à la musique. Pour le reste…

Yves Dorison


https://en.wikipedia.org/wiki/Jesper_Thilo


AKIKO / HAMILTON / DECHTER . Equal time

Capri Records

Akiko Tsuruga : orgue Hammond B3
Jeff Hamilton : batterie
Graham Dechter : guitare

Un disque paru en juin 2019 ? Trouvé dans le dossier d’août 2020 ? Euh… Doit y avoir une sale fracture dans le continuum temporel. Bon, allez, on chronique, y a Jeff Hamilton à la batterie. La leader du trio, Akiko Tsuruga ? Inconnue au bataillon. Mais elle a été adoubée par Dr Lonnie Smith himself. Le guitariste, Graham Dechter ? Inconnu au régiment. Le trois ensemble pour un grand classique du genre : le trio orgue / guitare / batterie. Comme chez Jesper Thilo (voir ci-dessus), swing is the thing. Avec le groove si particulier du B3. Pas d’inquiétude pour l’auditeur, les neurones sont caressés dans le sens du poil. Le drumming de Jeff Hamilton ? Il nous ramène immanquablement au disque mythique (pour nous) « Montreux Alexander ». C’est comme ça. Le jeu d’orgue d’Akiko Tsuruga ? C’est comme un jeu d’orgue dans ce genre de trio. Si c’est pas Jimmy Smith, c’est un disciple. En l’occurrence, c’est un très bon disciple. Quant au guitariste, il fait le job avec application et un sens certain du timing. Mais c’est un peu comme tous les guitaristes dans ce genre de trio quand ce n’est pas Thornel Schwartz jr ou Eddy McFadden. L’ensemble de ce Cd est plus que respectable quant à sa qualité musicale ; et il y a même une ballade ! Allez quoi… Ca fera joli dans votre discothèque une musicienne japonaise de naissance jouant du B3. Et puis en sachant que Jeff Hamilton est aux fûts, vous aurez envie de réécouter le disque précédemment cité dans ces lignes. A moins que le guitariste vous oriente vers « Grant’s first stand » du gars Grant Green.

Yves Dorison


https://www.akikojazz.com


CARSTEN MEINERT . Musictrain

Stunt Records

Carsten Meinert : saxophone ténor, varitone
Jens Jorn Gjedsted : trompette
Erling Kroner : trombone
Michael Hove : saxophone alto
Ole Matthiessen : piano, arrangements
Thor Backhausen : orgue
pierre Dorge : guitare
Lee Schipper : vibraphone
Henrik Hove : contrebasse
Ole Streenberg, Conny Sjökvist, Bent Clausen, Jon Frisen : batterie, percussions
Niels Olaf Gudme : percussions
Clovis Gauguin : Percussions, voix, guitare

Si toutes les rééditions ne sont pas nécessaires, celle-ci l’est bien, du moins de notre point de vue. Connu pour avoir traduit à la sauce danoise les innovations modales de Coltrane (To you, 1968), il réunit dans ce disque qui était introuvable une quinzaine de joyeux lurons prend à s’emballer avec lui pour chercher encore un peu plus loin ce que la musique peut nous donner. Le free jazz est là en majesté. Il est mêlé à la pop psychédélique de seventies, au funk débridé, sans omettre un brin de spiritualité déjantée à la Pharoah Sanders. L’ensemble de l’enregistrement, avec les prises supplémentaires exhumées pour la circonstance, démontre que l’énergie vitale du groupe au service d’une curiosité tout azimut peuvent donner de grands albums enthousiasmants. Hélas, à cette époque, la musique ne circulait pas aussi facilement qu’aujourd’hui. Tout le mérite revient à Stunt Records qui permet une nouvelle écoute de ce projet franchement jouissif et, pour beaucoup, de faire une découverte musicale indispensable. On entend là, tout ce qui fit cette époque : de l’audace, une forme d’innocence perdue depuis, une intensité chaotique et une dose de liberté quasiment incongrue aujourd’hui. Le disque a été enregistré en août 1969...

Yves Dorison


https://www.discogs.com/artist/934470-Carsten-Meinert


CALLUM AU & CLAIRE MARTIN . Songs and stories

Stunt Records

Claire Martin : chant
Callum Au : Arrangements
Mark Nightingale : direction
et un orchestra de 82 musiciens…

Il y a encore des musiciens qui osent tout. Réunir 82 musiciens pour faire un disque ? Il faut être anglais… D’ailleurs Claire Martin et Callum Au le sont. Les autres viennent aussi bien d’Europe, du Royaume Uni que des États Unis. Et tout ça pour faire un disque de standards. Pour faire une tournée, ça va être coton… Enfin quoi, nous cela nous a fait souvenir que Nelson Riddle a existé (même s’il est un peu plus qu’oublié, le bougre) et que ce genre d’album aux arrangements ultra léchés se doit d’avoir un arrangeur balaise et une chanteuse qui sache surnager à cet ensemble musical pléthorique. Et vous savez quoi ? C’est bien le cas dans ce Cd qui surprend par son homogénéité, son swing imparable et ses solistes plus qu’affûtés. Claire Martin, avec ce grain inimitable acquis au cours de sa déjà longue carrière, fait merveille et promène sa classe avec une aisance déconcertante. Cela fleure bon la super production telle qu’on l’envisageait dans les studios de Capitol Records à la grande époque quand Ella venait secouer les membranes de microphone. Certains seront allergiques à ce disque et d’autres tomberont en pâmoison. Nous, il nous a fait sourire d’aise. Après tout, quel mal y a-t-il à se faire du bien en écoutant glisser les mots habités de Claire Martin sur un tapis de cordes moelleuses à souhait ?

Yves Dorison


https://clairemartinjazz.co.uk
https://callumaumusic.com


PETER ROSENDAL & THE ORCHESTRA & TRIO MIO . Trickster

Stunt Records

Peter Rosendal : piano, Wurlitzer
Jens Ulvsand : bouzouki, guitare
Kristine Heebol : violon

Nikolai Bogelund : direction
Peter Figlsang : clarinette, flûte
Kasper Wagner : flûte, flûte piccolo
Lars Moller : saxophone ténor
Frederik Menzies : clarinette, clarinette basse
Anders Gaardmand : saxophone baryton, clarinette basse
Steen Hansen, Mia Engsager, Gustav Rassmussen, Niels Gerhardt : trombone
Kim Aagaard : trombone basse
Erk Eilertsen, Jens Gotholdt, Maj berit Gaassora, Hendrik Jorgensen : trompette

Thor Madsen : guitare
Kaspa Vadsholt : guitare basse
Jonas Johansen : batterie

Aimer la musique folklorique de son pays, ou du moins d’une région, s’intéresser à d’autres musiques, notamment celles du Brésil, être estampillé pianiste de jazz et musicien inclassable, telle est approximativement la définition du danois Peter Rosendal. Avec ce disque, c’est un mélange de ce que nous avons précédemment cité qui est à l’honneur et constitue une somme musicale étonnante, voire surprenante. A l’écoute, l’on est d’abord sûrs de rien et l’on s’interroge. Puis peu à peu, on se laisse prendre une musique nouvelle qui ne manque jamais de charme. Avec son trio, un orchestre et un trio folk, Peter Rosendal combine et élabore un genre aux sonorités particulières avec des accents moyenâgeux d’où émerge des lignes plus contemporaines. Tout est très travaillé et l’ensemble qui alterne douceur et éxubérance s’écoute sans déplaisir aucun. A découvrir.

Yves Dorison


https://da.wikipedia.org/wiki/Peter_Rosendal


MICHEL FERNANDEZ QUARTET- Sans Frontière

Dreamphone/Socadisc

Michel Fernandez : saxophones
Benoît Thévenot : piano
François Gallix  : contrebasse
Nicolas Serret : batterie

Michel Fernandez c’est d’abord un son de ténor dont on peut identifier les racines assez aisément : issues du free et des fondations les plus profondes du jazz. Citons dans le désordre Pharaon Sanders, Albert Ayler, une once de Shepp, Marion Brown bien que celui ci fut altiste, et un vibrato qui rappelle celui de Coleman Hawkins et paradoxe au soprano un son droit et plein. Musique des années de feu comme ils disent, coltranienne, du blues ou non normé, des ostinatos bien formés, de la modalité, de l’harmonie jazz avec le Reflections de Monk, musiques sans frontières, musiques sans œillères. Michel n’est pas seul dans cet enregistrement et nous nous attarderons sur la rythmique qui sait emmener la musique vers un paroxysme qui n’est pas sans nous rappeler le trio Meldhau, Grenadier, Jorge Rossi ou Jeff Balard ou alors se basant sur la répétition et le développement de motifs un peu à la Mal Waldron. Un beau disque où le plaisir, ce n’est plus le moment de la réflexion mais du jeu, se fait sentir et qui à chaque écoute se dévoile nous donnant l’envie d’y retourner un peu plus. Dans un sens c’est son apparente simplicité qui nous touche c’est assez rare pour le signaler, dans notre bouche c’est un compliment.

Pierre Gros


http://www.michel-fernandez-quartet.com/


THE JEFF HAMILTON TRIO . Catch me if you can

Capri Records

Jeff Hamilton : batterie
Tamir Hendelman : piano
Jon Hamar : contrebasse

Allez ! Faisons simple. Jeff Hamilton a 66 balais et promène ses baguettes sur les fûts depuis belle lurette. Il n’a plus rien à prouver à personne, sinon lui-même, et peut donc de lâcher tranquillement sur une playlist au sein de laquelle l’on note quelques standards qui font plaisir et des compositions du pianiste et du contrebassiste qui ne déméritent pas. L’esthétique de l’ensemble demeure dans la stricte orthodoxie d’un swing franc du collier laissant au lyrisme toute la place qui lui convient. L’interplay fonctionne parfaitement et la maîtrise instrumentale est éloquente. Cela ne manque pas de style, comme on dit, et le jeu du batteur est plein d’une sérénité que seules confèrent des années d’accompagnement auprès des plus grands du jazz d’hier. Et si Jon hamar et Tamir Hendelman sont plus jeunes qu’Hamilton, ce ne sont pas non plus des lapins de trois semaines. Cela s’entend dès l’intro du premier morceau. Ces trois-là se connaissent bien et cela fait une belle différence. L’ensemble du disque est plein d’une sève boisée qui maintient vivante une tradition du trio jazz classieux que l’on apprécie quand elle est bien faite. Là, elle est très bien faite et dans le genre « personne n’en fait trop », c’est un petit bijou d’élégance loin d’être suranné.

Yves Dorison


https://hamiltonjazz.com


THE MARK MASTERS ENSEMBLE . Night Talk

Capri Records

Gary Smulyan : saxophone baryton
Bob Summer : trompette
Don Shelton : saxophone alto, flûte alto
Jerry Pinter : saxophones ténor et soprano
Dave Woodley : trombone
Ed Csach : piano
Putter Smith : bass
Kendall Kay : batterie

L’arrangeur Mark masters met en valeur dans cet album les compositions d’Alec Wilder (1907-1980), des thèmes dont certains ont traversé le siècle dernier sans perdre une once de ce qui fit leur succès. La mélodie d’abord ! Après, les jazzmen s’en emparent et les tricotent et détricotent comme bon leurs semblent. Ici c’est un octet où brille tout particulièrement le jeu fluide du saxophoniste baryton Gary Smulyan qui joue les arrangements aux petits oignons de Mark Masters. Ce dernier a déjà derrière lui une quinzaine de projets qui ont tous rencontré le respect de ses pairs, tout comme les musiciens qui compose ce groupe. Et pourtant on ne les connait que bien peu. C’est dommage pour eux et pour nombres d’auditeurs potentiels qui apprécient d’écouter de belles mécaniques, tournant comme des horloges, qui font place à une esthétique du détail clairement définie. Il faut noter au passage que dans ce disque le travail de Mark masters (un peu trop sous estimé à notre goût) va au-delà de l’arrangement et qu’il confine à la réécriture dans ce qu’elle a de plus noble, à savoir un respect fondamental du matériau premier.

Yves Dorison


https://caprirecords.com/html_index.cfm?page=items&action=viewgenre&genreoid=523