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L’Appeal Du Disque - Septembre 2021

D 27 septembre 2021     H 08:33     A Jean-Louis Libois, Philippe Paschel, Thierry Giard, Yves Dorison    


| 00- THE COOKERS . Look Out
| 01- LEA CASTRO & ANTOINE DELPRAT . Fall
| 02- ANDY EMLER MEGAOCTET . Just a beginning - OUI !
| 03- FRÉDÉRIC AURIER & SYLVAIN LEMÊTRE . Superklang - OUI !
| 04- FRANCESCO CINIGLIO . The Locomotive Suite
| 05- CHES SMITH’S WE ALL BREAK . Path of Seven Colors - OUI !
| 06- ZURICH JAZZ ORCHESTRA & STEFFEN SCHORN . Dedications - OUI !
| 07- SHEILA JORDAN . Comes love. lost session 1960
| 08- UMLAUT BIG BAND . Mary’ideas- OUI !
| 09- PAT METHENY . Side-eye NYC
| 10- ERROLL GARNER . Symphony Hall Concert
| 11- PETTER WETTRE . The last album
| 12- THOMAS CLAUSEN . Back 2 basics
| 13- SINNE EEG & THOMAS FONNESBAEK . Staying in touch
| 14- GILLES ERHART / BENJAMIN FAUGLOIRE . Histoire
| 15- MOUSTACHE . Jazz & Rocknroll in France 1953-1958
| 16- ALBAN DARCHE . Le Gros Cube #2 - OUI !


THE COOKERS . Look out !

Gearbox Records

Billy Harper : saxophone ténor
Eddie Henderson : trompette
David Weiss : trompette
Donald Harrison : saxophone alto
George Cables : piano
Cecil McBee : contrebasse
Billy Hart : batterie

Les cuisiniers de ce super groupe sont pour la plupart des monstres du jazz apparu dans les années soixante et ce disque, leur sixième, ne manque pas de jus. Le poids des décennies ne semble pas peser sur leurs épaules et ils font montre d’une ardeur quasi juvénile à jouer leurs compositions post bop vitaminées. Avec pour socle, Billy Hart, Cecil McBee et Goerge Cables, les soufflants sont tranquilles. Ils peuvent à loisir lécher leurs chorus et leurs improvisations. L’écueil qui souvent handicape ce genre de « all Stars », l’égo, doublé de la fatigue qui peut également affaiblir la présence musicale, est dans ce disque largement évité. Tous sont au taquet et livrent le meilleur d’eux-mêmes. Ils maîtrisent tous les vocabulaires, savent être lyriques sans ostentation et virtuoses sans excès. Bref, c’est un disque sacrément relevé par une bande de chefs qui, soi-dit en passant, doivent bien se marrer aussi. Puissant, vibrant et rafraichissant.

Yves Dorison


https://thecookersmusic.bandcamp.com/album/look-out


LEA CASTRO & ANTOINE DELPRAT . Fall

Jazz Family

Léa Castro : chant
Antoine Delprat : piano

Sur un répertoire de reprises et de compositions originales toutes consacrées à l’automne, Léa Castro et Antoine Delprat, dans ce duo très musical, instaure un climat à l’humeur mi-figue mi-raisin, un climat d’automne quoi. Avec en invité sur « Autumn leaves » Loïs le Van, qui intervient aussi souvent entre les différentes chansons avec des Haikus, l’ensemble des titres forme un tout homogène qui ne manque pas de finesse et de goût. Qu’ils s’attaquent à Brassens, Fauré, Sting ou d’autres encore, Léa Castro et Antoine Delprat le font avec aplomb et une modestie qui caractérise le respect qu’ils portent à ces titres. La « chanson d’automne » de Verlaine qu’ils affectionnent particulièrement, a été l’élément déclenchant de cet album qui sait naviguer entre les genres sans jamais perdre sa caractéristique fondamentale : le jazz.

Yves Dorison


http://antoinedelprat.com/


ANDY EMLER MEGA OCTET . Just a beginning

Peewee !

Andy Emler : piano
Laurent Blondiau : trompette et bugle
Guillaume Orti, Philippe Sellam : sax alto
Laurent Dehors : saxophone, clarinette, cornemuse
François Thuillier : tuba
Claude Tchamitchian : contrebasse
Eric Echampard : batterie
François Verly : percussions

Invités :

Nguyen Lê : guitare
Thomas De Pourquery : sax alto et voix
Médéric Collignon : cornet et voix

On n’a pas tous les jours trente ans. Le MegaOctet d’Andy Emler, s’il célèbre son anniversaire avec un disque live enregistré au festival de Nevers, a depuis toujours sous la férule du compositeur, l’air d’en avoir 20 de moins. Dans sa forme actuelle, agrémentée pour l’occasion de la présence de trois « historiques » du groupe, ils ne lâchent rien de ce qui a fait, et fait toujours, son succès ; savamment bordélique, joyeusement virtuose, totalement collectif, le MégaOctet est un amalgame de sensations musicales et d’humanité comme on en voit peu dans le paysage jazz. Une énergie débordante entre musiciens en confiance, au service d’une création toujours renouvelée, c’est pour sûr l’une des clefs qui font que ce groupe renverse à chacune de ses sorties le conventionnel et l’emmerdant, l’amidonné et le bienséant. Musicalement incorrect en ces temps en niveaux de gris de consensus permanent, Andy Emler et ses acolytes nous font souvenir que le jazz est avant tout une musique festive faite par des expérimentateurs sans concessions, sans œillères et sans a priori. Avec tout ça en moins, il est épatant que cela fasse autant et signifie beaucoup !

Yves Dorison


https://www.andyemler.eu/andy-emler-megaoctet/


FRÉDÉRIC AURIER & SYLVAIN LEMÊTRE . Superklang

Umlaut Records . UMFR CD36/Socadisc

Frédéric Aurier : violon, nyckelharpa, voix
Sylvain Lemêtre : zarb, percussions, voix

Frédéric Aurier - Sylvain Lemêtre : Super Klang
Umlaut

3 - 1 = 2 ! Voilà le résultat de la Soustraction des Fleurs (2018, ici...) quand le violoneux auvergnat Jean-François Vrodfait la sieste au creux d’un puy... Il reste Frédéric Aurier et Sylvain Lemêtre qui décident de gambader à leur guise dans les vastes espaces de leur imagination fertile pour inventer Superklang. On connaît la gourmandise musicale de ces deux compères qui inventent de la musique ensemble depuis plus de 15 ans. Frédéric Aurier est violoniste dans le très sérieux mais intrépide quatuor Bela (du répertoire classique à Albert Marcœur en passant par le collectif Coax). Sylvain Lemêtre est le digne héritier de Jean-Pierre Drouet, passant de la précision horlogère des musiques écrites à l’improvisation créative (Marc Ducret, Magnetic Ensemble, Alexandra Grimal...). Curieux duo penserez-vous ? Un duo pour curieux assurément, pour une escapade dans des espaces musicaux insolites et composites entre musiques anciennes, traditionnelles et contemporaines. C’est toujours joyeux et fascinant. C’est captivant et génial, disons-le !

Thierry Giard


www.umlautrecords.com/superklang . umlautrecords.bandcamp.com/superklang . www.vrodandco.com/equipe-artistique


FRANCESCO CINIGLIO . The Locomotive Suite

Whirlwind Recordings / Socadisc & Bandcamp

Francesco Ciniglio : batterie & compositions
Raynald Colom : trompette, bugle
Matt Chalk : saxophone alto & arrangements
Matteo Pastorino : clarinette basse
Alexis Valet : vibraphone
Felix Moseholm : contrebasse

Francesco Ciniglio : The Locomotive Suite
Whirlwind

Le train a depuis longtemps été une source d’inspiration pour les compositeurs dans le jazz, le folk, le blues ou de la pop music sans parler de Pacific 231 d’Arthur Honegger pour la musique dite "savante". Take The A Train (Ellington-Strayhorn), Last Train Home (Pat Metheny) ou Blue Train (John Coltrane) ont salué le transport ferroviaire. La rythmique caractéristique des trains a également inspiré le batteur italien (parisien aujourd’hui) Francesco Ciniglio. Avec sa Locomotive suite, il met son inspiration sur de bons rails pour retenir notre attention. "Cet album explore le mouvement, prendre un train ici, marcher là-bas" explique Francesco Ciniglio comme un clin d’œil à l’inter-modalité dans nos déplacements modernes. Avec ce quintet aux couleurs instrumentales équilibrées, le batteur-compositeur soigne les contrastes, fait briller les alliages sonores et donne à l’ensemble la puissance mesurée qui le fait avancer de belle manière. À l’heure où les nouvelles voies ferrées avec leurs rails soudés ont lissé la rythmique des trains, Francesco Ciniglio entretient une nostalgie positive où la poésie n’est pas absente (Mon Ange). Un disque recommandé.

Thierry Giard


www.whirlwindrecordings.com . bandcamp.com/the-locomotive-suite


CHES SMITH’S WE ALL BREAK . Path of Seven Colors

Pyrolastic Records / Bandcamp

Sirene Dantor Rene : voix
Miguel Zenón : saxophone alto
Matt Mitchell : piano
Nick Dunston : contrebasse
Daniel Brevil, Fanfan Jean-Guy Rene, Markus Schwartz : tanbou, voix
Ches Smith : batterie, percussion, voix

Ches Smith’s We All Break : Path of Seven Colors
Pyrolastic

Dans We All Break, le batteur-percussionniste Ches Smith retrouve son fidèle complice, Matt Mitchell, pianiste évidemment incontournable. Ils ont une large expérience du travail en commun, en particulier dans le groupe Snakeoil de Tim Berne. "Path of Seven Colors" réunit intimement la musique vaudou d’Haïti et les mélodies et harmonies singulièrement escarpées du jazz d’aujourd’hui. En 2015, cette formation a existé sous forme d’un quartet à trois, voire quatre percussionnistes puisque Matt Mitchell, guide harmonique et mélodique de l’ensemble passait parfois aux tambours. Le disque qui témoigne de cette version originelle est d’ailleurs inclus dans ce nouvel album. Pour cet enregistrement de 2020, le groupe a pris de l’ampleur pour devenir un octet qui fait une place plus large encore aux chants et aux rythmes traditionnels. L’interconnexion entre le jazz et les chants vaudous gagne en force dans une forme tournoyante qui atteint l’incandescence et s’embrase quand le saxophone de Miguel Zenón entre dans la danse. Évitant l’écueil du folklore relooké façon world music, Ches Smith parvient à associer parfaitement tradition et modernité. Tout est juste ici, les voix, les tambours, les références au jazz créatif. Ça s’entend et ça se voit dans le film de 50 mn qu’a réalisé la documentariste Mimi Chakarova lors de l’enregistrement (c’est ici...). On pensera sans doute aux recherches de Kip Hanrahan ou Steve Coleman dans le rapprochement des cultures caraïbes et du jazz et ce serait pertinent. La musique de Ches Smith, haute en couleurs illustre parfaitement la réussite de ce métissage.

Thierry Giard


www.chessmith.com . weallbreakpyroclastic.bandcamp.com


ZURICH JAZZ ORCHESTRA & STEFFEN SCHORN . Dedications

Mons Records . LC06458 / The Orchard

Daniel Schenker : direction
Steffen Schorn : compositions, anches
Reto Anneler, Lukas Heuss, Thomas Lüthi, Tobias Pfister, Nils Fischer : saxophones , anches
Adrian Weber, René Mosele, Silvio Cadotsch, Don Randolph : trombones
Sophia Nidecker : tuba
Patrick Ottiger, Wolfgang Häuptli, Bernhard Schoch, Raphael Kalt : trompettes
Gregor Müller  : piano
Theo Kapilidis : guitare
Patrick Sommer  : contrebasse
Pius Baschnagel  : batterie

Zurich Jazz Orchestra & S. Schorn : Dedications
Mons records

Grand spécialiste des anches, curieux des instruments graves plutôt insolites de cette famille (clarinette contrebasse, tubax...), Steffen Schorn affectionne les timbres singuliers et les sonorités d’ensemble originales dans son travail de compositeur-arrangeur. Il assure depuis plus de six ans la direction musicale du Zurich Jazz Orchestra (fondé en 1995) et a trouvé de toute évidence un ensemble qui adhère à ses conceptions orchestrales. Dans la longue liste des musiciens avec lesquels il a collaboré et qui dessinent son univers esthétique, on trouve Hermeto Pascoal, Maria Shneider, Don Cherry ou Alex Von Schlippenbach. Voilà des références qui éclairent l’écoute passionnante de ce Dedications, disque dont on ne se lasse pas tellement il est riche de trouvailles et de subtilités d’écriture autant que de belles joutes de solistes. J’ajouterai pour ma part un rapprochement avec l’univers fantasque et souvent iconoclaste d’un Django Bates. Autant d’excellentes raisons de découvrir cet excellent disque paru au printemps 2021.

Thierry Giard


en.zjo.ch . en.zjo.ch/dedications/ . monsrecords.de/dedications


SHEILA JORDAN . Comes love, Lost session 1960

Capri Records

NYC 10 juin 1960, musiciens inconnus. 34 mn.

Le 10 juin 1960, une jeune femme brune, au regard mouillé et félin, les cheveux noirs courts, la lèvre inférieur épaisse, avec une expression de défiance nous regarde. C’est son premier enregistrement, accompagnée par un trio piano/basse/batterie. Il y a quelques arrangements, tout cela fonctionne très bien. Cette jeune femme de 32 ans a un timbre voilé, elle chante juste, en place ; elle a un style sophistiqué - qui la rapproche plus d’Anita O’Day que d’Ella Fitzgerald ou Sarah Vaughan-, pas de vibrato dans le chant, mais si dans des points d’orgue à la fin des phrases ; elle prononce avec un nasillement, un déplacement de l’appui de la voix, que les codes disent érotiques. Il y a une certaine monotonie dans les effets, particulièrement le vibrato à la fin des thèmes. Ce sont douze standards des plus connus qu’elle interprète avec une originalité voulue : mélange de scat et de paroles sur “It don’t mean a thing “, lenteur de “Ballad of the sad young men”, chant presque inexpressif de “Don’t explain”, légères vocalises et décalages sur "These foolish things" par exemple.

Ce disque inédit de Sheila Jordan (Detroit, 1928) aurait été son premier. Il intéressera les amateurs de la chanteuse, à titre historique, mais aussi pour la qualité du chant et la volonté de différence.

Philippe Paschel

Chronique d’un de ses derniers passages à Paris : https://www.culturejazz.fr/spip.php?article2826


UMLAUT BIG BAND . Mary’s ideas

Umlaut Records 2 disques, 152 mn.

Pierre-Antoine Badaroux : direction, saxophone
Antonin-Tri Hoang, Pierre Borel, Geoffroy Gesser, Benjamin Dousteyssier : saxophones et clarinettes
Brice Pichard, Pauline Leblond, Gabriel Levasseur, Emil Strandberg : trompette
Michaël Ballue, Alexis Persigan, Robinson Khoury, Judith Wekstein : trombone
Matthieu Naulleau : piano
Romain Vuillemin : guitare, banjo
Sébastien Beliah : contrebasse
Antonin Gerbal : batterie

& Umlaut Chamber Orchestra dirigé par Pierre-Antoine Badaroux (sur Roll ‘Em et les extraits de la Zodiac Suite)

Pour montrer la continuité du jazz, on peut s’amuser à établir des généalogies à la manière de la Bible : King Oliver joua avec Lester Young, qui joua avec Charlie Parker, qui joua avec Miles Davis, qui joua avec John Coltrane, qui joua avec Cecil Taylor. Mais il y a des personnages qui, comme Mary Lou Williams (Atlanta 1910 - Durham 1981) résume à elle seule toute l’histoire, puisqu’elle a joué avec Andy Kirk et Cecil Taylor.
C’est cet étonnant parcours que nous montre le double album du Umlaut Big Band. Mary Lou Williams avait conservé tout ce qu’elle a pu de son oeuvre de compositrice-arrangeuse pour les orchestres avec lesquels elle a travaillé. Les oeuvres sont parfois intégrales, parfois inachevées, parfois incomplètes et Pierre-Antoine Baradoux (1986) les a complété. Tous les détails de ce travail se trouvent dans la savante notice qu’il a rédigée.
La musique de Mary Lou Williams est plus complexe que celle de Don Redman qui a fait l’objet du disque précédent du Umlaut Big Band. La pièce qui inaugure le premier disque est même assez paradoxale : c’est le premier mouvement d’une History of Jazz,, mais est plus proche de la musique savante du XXème s. que du jazz proprement dit (pas de souigne), sans doute pour exposer les lointaines racines occidentales du jazz , le deuxième mouvement (plage II, 14] s’intitule "Spirituals" et sans doute d’autres mouvements suivant l’histoire de cette musique nous auraient peu à peu rapproché du jazz proprement dit.
Cet album n’est pas un disque de revival, de nombreuses pièces n’ont jamais été enregistrées, ni peut-être jouées. Il fait partie d’un projet d’histoire du jazz en action. Les musiciens qui composent l’orchestre sont trop jeunes pour avoir connu cette époque où tous les styles étaient pratiqués par leurs créateurs vivants. Jusqu’aux années 70, on pouvait organiser des concerts d’histoire du jazz avec les musiciens mêmes qui l’avaient faite, tel ce concert qui démarrait avec Willie The Lion Smith pour s’achever avec Albert Ayler [https://www.culturejazz.fr/spip.php?article2380]. Les solistes s’expriment dans leur style personnel, sans essayer d’imiter les anciens. De quelle époque d’ailleurs s’agirait-il ? Les oeuvres ont différents styles selon les époques d’écriture et les destinataires. Ce qui fait de cet album à la fois un disque d’histoire et de présent. Ce qui est certainement un bel avenir pour le jazz grâce aux archives des musiciens réunis par l’Institut of Jazz Studies. Ces archives mettent à mal la légende colportée par les Panassié et Mezzow des jazzmen naturels, ne sachant pas lire la musique et jouant d’instinct [même si, il faut lui rendre cette justice, c’était le cas de Mezzrow, qui ignorait également la justesse] ; le jazz est né dans les grands orchestres où la lecture est nécessaire ; Jelly Roll Morton demandait aussi à ses musiciens de jouer ce qu’il avait écrit, sans improviser.
On trouve la liste des plages numérotées sur la couverture de l’album et la liste des oeuvres avec le nom du destinataire de l’arrangement, la date de celui-ci et les noms des solistes à la fin du livret, sans numéros de plage. Notons que la plage 15 du deuxième disque, mouvement de History of jazz n’est pas mentionné dans la liste des arrangements -ce n’est pas son but-, mais cela peut entraîner des erreurs pour l’auditeur, qui aura intérêt à rajouter la numérotation.
Un petit regret, on n’entend pas bien le batteur.

Philippe Paschel


www.umlautrecords.com/marys-ideas


PAT METHENY . Side-eye NYC

BMG

Pat Metheny : guitare, guitare synthétiseur, base, etc
James Francies : piano, orgue et synthétiseurs
Marcus Gilmore : batterie

Pat Metheny fait partie de ces trublions dont on ne sait jamais ce qu’ils vont faire tant ils sont incapables de choisir, à moins qu’ils ne le veuillent pas consciemment. C’est donc toujours une surprise et, pour nous, elle peut être plus ou moins bonne ! Toujours est-il qu’avec ce disque en trio, enregistré en public, on retrouve ce qui a fait le succès du Pat Metheny Group dans les années quatre-vingt. Et ce n’est pourtant pas une resucée. Tout l’art de Metheny consiste à mettre « en scène » une musique écrite pour ses partenaires de jeu. Dans cet état d’esprit, il change évidemment son approche à chaque enregistrement sans jamais oublier d’être lui-même, d’apposer sa patte (immédiatement reconnaissable). Dans un souci louable de transmission, son projet actuel est d’inviter de jeunes musiciens, ce qui est bénéfique à tous. Les prochains disques verront d’autres jeunes pointures pointer le bout de leur nez et on verra bien ce qu’il en sort. Quant à cet album, il est franchement plaisant et nous saurions bien embêtés d’en dire du mal. C’est parfaitement huilé, Marcus Gilmore est bien en place et James Francies arrive à faire oublier l’ombre tutélaire de Lyle Mays. Pat Metheny, lui, fait preuve de générosité, ce qui est une habitude dont on ne se lasse pas.

Yves Dorison


https://www.patmetheny.com/


ERROLL GARNER . Symphony Hall Concert

Mack Avenue Records

Erroll Garner : piano
Eddie Calhoun : contrebasse
Kelly Martin : batterie

Le label Mack Avenue (accopagné par Octave Music) continue à célébrer le centenaire du pianiste Erroll Garner. Et même si l’on n’est pas des fanatiques de la commémoration, il faut bien reconnaître qu’il est bon de retrouver un pianiste qui, en son temps, tutoya les sommets et qui ensuite influença pas mal de d’autres pianistes. Dans ce concert qui le montre en très grand forme, toute son ingéniosité et son inventivité serve un propos comme toujours bourrée d’un groove et d’un swing bluesy imparable. Mais, au-delà de cet acquis, vous pourrez noter que, dans cet enregistrement, Erroll Garner déploie, de-ci delà, des phrasés plus aventureux qui dénote un savoir-faire et une sensibilité que beaucoup ont tendance à ignorer en le casant ipso facto dans la catégorie des pianistes swing lambda d’une époque révolue. Comme en sus le procédé de restauration de l’enregistrement original est remarquable, l’écoute est parfaite et fait honneur au natif de Pittsburgh. Pour votre information, ce disque sera suivi de deux autres sorties. Vous pourrez même y trouver des essais de Terri Lyne Carrington et Cécile McLorin-Salvant.

Yves Dorison


https://fr.wikipedia.org/wiki/Erroll_Garner


PETTER WETTRE . The last album

Outhere / Odin music

Petter Wettre : saxophone et compositions
Fred Nardin : piano
Viktor Nyberg : contrebasse
Francesco Ciniglio : batterie

Le saxophoniste norvégien Petter Wettre s’est installé à paris peu de temps avant le confinement. La séance de ce quartet européen (Norvège, Suède, France, Italie) a été plusieurs fois, tout comme le groupe a été remodelé d’ailleurs. Fatigué des galères de la production indépendante, Petter Wettre, en changeant d’air, a pris une autre respiration musicale. Toujours classique dans le style, il n’en demeure pas moins un brillant saxophoniste qui sait aller chercher les notes dont il a besoin là où elles se trouvent, même si elles dérogent un tant soi peu à la tradition. Bien entouré, il peut dans ce disque dérouler son savoir autant que son plaisir de jeu tout à son aise. C’est rond et chaud, sur le fil du swing, avec un lyrisme de bon aloi. A découvrir.

Yves Dorison


https://www.thepetterwettre.com/


THOMAS CLAUSEN TRIO . Back 2 basics

Stunt Records

Thoams Clausen : piano
Thomas Fonnesbaek : contrebasse
Karsten Bagge : batterie

Thomas Clausen est septuagénaire et il se moque de savoir dans quelle case on le range. De tous les combats stylistiques depuis presque un demi-siècle, il revient (le titre de l’album est clair) aux standards avec un trio déjà ancien, gage d’unicité, qui fait merveille. Enregistré dans les conditions du concert mais sans public, merci Covid, le pianiste danois et ses deux compères plongent dans le répertoire avec délice. Ceci écrit, Thomas Clausen est bien plus qu’un pianiste swing démodé. Sa maîtrise du clavier, son phrasé et son expression musicale le place dans une position de musicien très demandé qui ne se refuse rien. C’est particulièrement dense, jouissif et surprenant, pour que l’on ne s’ennuie pas. C’est brillant sans être ostentatoire et, c’est une grande vertu, intelligent. De son riche passé avec Dexter Gordon, Johnny griffin, Gary Burton et même Miles Davis, Thomas Clausen a su faire un atout propice à la construction de son originalité stylistique. Et dans cet album, elle est éclatante. Un bien beau trio dont il serait dommage de se passer.

Yves Dorison


http://www.thomasclausen.com/


SINNE EEG & THOMAS FONNESBAEK . Staying in touch

Stunt Records

Sinne Eeg : chant
Thomas Fonnesbaek : contrebasse

Andrea Gyarfas Brahe, Karen Johanne Pedersen : violon (3, 5 & 10)
Deanna Said : alto (3, 5 & 10)
Live Johansson : violoncello (3, 5 & 10)

Tout augmente, même les duos chant / contrebasse. Sinne Eeg et Thomas Fonnesbaek se connaissent depuis longtemps et ont beaucoup enregistré ensemble des disques que nous avons aimés. Leur long cheminement musical commun les a sûrement orienté vers le quatuor à cordes afin de se renouveler un peu et d’aborder sous un nouvel angle leur collaboration. Qu’il s’agisse de compositions originales ou de reprises de standards, qu’ils soient en duo ou non, cela ne change rien à l’affaire car la présence vocale de Sinne Eeg renvoie dans les catacombes du jazz d’autres chanteuses en vogue. Quant à l’excellence musicale du contrebassiste, toute de rythme mélodique et de finesse, elle agit de même et fait oublier quelques joueurs de quatre cordes. La connivence entre les deux artistes coïncide avec une sensibilité à fleur de peau et un goût remarquable. La fausse note et le tout venant, c’est pour les autres. Voluptueusement délicat et très réussi. Dommage que les programmateurs des festivals et des clubs français l’ignorent à ce point.

Yves Dorison


https://sinnemusic.com/
https://www.thomasfonnesbaek.dk/


GILLES ERHART / BENJAMIN FAUGLOIRE . Histoire

Jazz Family

Gilles Erhart : composition, piano
Benjamin Faugloire : piano

Histoire de famille, histoire de filiation, histoire d’amitié et bien sur histoire de musique. Cela fait beaucoup d’histoires qui président à la création de ce duo de pianistes en dépit d’un titre au singulier. Et cela crée beaucoup de complicité. De par la proximité de l’inspiration du compositeur Gilles Erhart qui puise dans ses souvenirs personnels (ses parents, sa propre famille, ses enfants, son enfance) et de sa complicité avec Benjamin Faugloire, élève puis ami et dont Culture jazz a déjà eu l’occasion d’évoquer le parcours de musicien et de compositeur avec son propre trio ( Th.G 10-O8-2016) ), on n’est pas étonné de l’intimité du propos et de la complicité entre les deux pianistes.
Alors deux pianos ou un piano à quatre mains, on pourrait douter tant les mélodies et les improvisations semblent couler de source.
Et le jazz est prétexte ici à distiller l’émotion des histoires de M.Tournisson, Mme Mimoute, de son Pat… et dire cette amitié musicale entre les deux pianos.
Un disque intimiste pour tous.

Jean-Louis Libois


https://www.facebook.com/Gilles-Erhart-Benjamin-Faugloire-108885964632269/


MOUSTACHE . Jazz & Rocknroll in France 1953-1958

Frémeaux

3 disques. 216 mn.

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>MOUSTACHE (François-Alexandre Galepides, Paris 14 février 1929- Arpajon 25 mars 1987) restera dans la mémoire des cinéphiles comme le pauvre Parju, garde-champêtre toujours ridiculisé par le braconnier Blaireau (Louis de Funés) dans le film “Ni vu ni connu” (Yves Robert 1958). Il a fait une médiocre carrière au cinéma, tournant dans des nanards où il fait des silhouettes (https://www.imdb.com/name/nm0610116/?ref_=ttfc_fc_cl_t19).
Ce coffret de trois disques retrace sa carrière musicale entre 1953 et 1958. Le premier CD réédite les disques “Surprise party au Palm Beach” et “Whispering”, deux disques de qualité où l’on entend Moustache batteur dans le genre new-orléans illustré par Baby Dodds , Zutty Singleton et ... Ed Blackwell, fondé sur une une espèce de roulement pulsé. Le troisième disque ré-édité “10 oeuvres un seul disque” est de qualité moindre, surtout à cause des interventions parlées et chantées. Suivent dans le deuxième CD, des interprétations plus ou moins parodiques et en tout cas mises à la sauce jazz de thème traditionnels. Les quatre thèmes italiens sont impeccables, les thèmes espagnoles bénéficient de choeurs et voix intempestives. Les rocks sont spécialement grotesques, chantés par des choeurs sans rythmes. J’ai écouté le troisième disque avec une consternation croissante ; on peut y voir jusqu’où peut descendre la nature humaine. Moustache chante fort mal et c’est lui qui occupe l’essentiel des plages où il fait en outre des remarques de peu d’intérêts artistiques.
On attend de Frémeaux une édition impeccable, ce n’est pas le cas ici, aucun renseignement n’apapraît sauf pour les deux premiers disques. L’amateur de jazz attend des dates, des noms de musiciens, des lieux d’enregistrement. De nombreux érudits se sont consacrés à l’établissement de discographies, on trouve de nombreuses informations dans les revues et dans les mémoires de ceux qui ont participé. Finalement, on peut se fier à ses oreilles - le monde des musiciens de jazz français n’est pas si grand-, en comparant les musiciens que l’on entend anonymement sur les disques et ceux dont on sait la présence sur d’autres enregistrements, on devrait obtenir quelques résultats. Rien de cela n’a été fait.

Philippe Paschel


ALBAN DARCHE . Le Gros Cube #2

Yolk Records - L’Autre Distribution (mars 2021)

Alban Darche : saxophone ténor, compositions
Jon Irabagon (US), Loren Stillman (US) : saxophone alto
Matthieu Donarier  : saxophone ténor, clarinette et clar. basse
Rémi Sciuto : saxophone baryton, flûte
Joël Chausse, Geoffroy Tamisier, Jean-Paul Estiévenart (BE), Olivier Laisney  : trompettes
John Fedchock (US ), Jean-Louis Pommier, Samuel Blaser (CH)  : trombones
Matthias Quilbault : tuba
Marie Krüttli (CH) : piano
Gilles Coronado : guitare
Sébastien Boisseau : contrebasse
Christophe Lavergne : batterie

Alban Darche - Le Gros Cube #2 - Yolk Records

Alban Darche a ressorti sa grosse cylindrée !
Un nouvel alésage « à l’américaine » et le voilà aux commandes d’un vrai big-band calibré selon la tradition, Le Gros Cube #2 est une sorte de Harley hybride développée à l’international. Le saxophoniste du « 44 » (Loire-Atlantique) a invité trois pointures américaines (John Irabagon, Loren Stillman et John Fedchock), deux horlogers du jazz suisse (Samuel Blaser et Marie Krüttli) et le belge trompettiste Jean-Paul Estiévenard pour compléter sa bande de copains frenchies. Pour un tel projet, il a affûté ses crayons afin de composer et arranger une musique puissante et réactive à l’accélération, soyeuse et dense dans les enchaînements de courbes et les vallonnements mélodiques tracés avec art. Alban Darche joue avec une certaine tradition du big-band pour la customiser à sa façon.
Du tuning créatif ?
« C’est ça qui m’intéresse » répond t-il à Thierry Mallevaës dans un entretien en 2020, « Passer du familier au déroutant, offrir du déroutant qui sonne classique. Proposer des couleurs très personnelles dans un paysage familier, ou bâtir un paysage complexe avec des couleurs pourtant évidentes.  »
Comme c’est ce qui m’intéresse aussi (entre autres), dans le jazz aujourd’hui, je ne saurais trop vous inviter à écouter de cet album qui est une (nouvelle) pièce maîtresse dans la discographie d’Alban Darche.
Un coup d’œil au casting ci-dessous vous donnera la preuve de la solidité de cette formation (où, par chauvinisme, je me réjouis de retrouver Olivier Laisney, un enfant de Coutances qui s’est tracé un beau chemin dans le jazz et aux environs !)

Thierry Giard

NB : chronique publiée à la sortie du disque sur Zarbalib.fr... Il aurait été dommage de rater cette sortie sur CultureJazz !


www.yolkrecords.com/Le-Gros-Cube-2