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Caen en avril : Jazz en deux tours.

Ecart et le Trio Résistances le 22 avril ; Trio Machado le 28 avril.

D 4 mai 2007     H 09:46     A Thierry Giard    


Inviter le Trio Résistances un 22 avril, jour d’élections présidentielles, ce n’est pas banal... Pourtant, ce concert était prévu de longue date et la concordance avec l’événement politique du jour était fortuite. Pour autant, dans l’attente des résultats, le message véhiculé par la formation du batteur Bruno Tocanne pouvait être tout à fait approprié.

Thierry Lhiver, Rémi Gaudillat, Benoit Keller, Bruno Tocanne. -  voir en grand cette image
Thierry Lhiver, Rémi Gaudillat, Benoit Keller, Bruno Tocanne.
Caen, 22 avril 2007 - Photo © CultureJazz

Le Trio Résistances existe depuis 2002. Il a deux excellents albums à son actif dont Etats d’urgence, remarqué ici en 2006. Pour ce concert caennais, le trio avait sensiblement changé de visage puisque le saxophoniste Lionel Martin, retenu par l’imminence d’une paternité, avait cédé sa place au trompettiste Rémi Gaudillat, familier des ensembles réunis par Bruno Tocanne.

Comme le veut la coutume des concerts de la série Jazz Dudim, ce concert était aussi une rencontre avec un musicien bas-normand, le tromboniste Thierry Lhiver. Dans ce cas, parlons plutôt de retrouvailles puisque ces musiciens travaillent assez fréquemment ensemble dans le cadre du collectif Imuzzic en particulier.

Sur un répertoire « militant » (El pueblo unido, Le chant des partisans, We shall overcome) incluant des compositions originales du trio, Bruno Tocanne et ses camarades ont joué avec le cœur : chaleur, authenticité, solistes investis et inspirés. Rémi Gaudillat, dans la situation délicate du « remplaçant » a fait preuve d’aisance et d’une complicité convaincante avec ses deux compagnons. La paire Tocanne-Keller constitue une base solide et stimulante pour les solistes. Présent de bout en bout, Thierry Lhiver a su prendre sa place dans cette formation occasionnelle mais qui mériterait sans doute d’exister pour elle même pour ses couleurs cuivrées qui apportent une nouveau visage à la musique du trio.

Priscilia Valdazo, Pierre Millet, Jean-Benoit Culot -  voir en grand cette image
Priscilia Valdazo, Pierre Millet, Jean-Benoit Culot
Caen, 22 avril 2007 - Photo © CultureJazz

Auparavant, le quartet Ecart que pilote l’incontournable batteur-agitanimateur Jean-Benoît Culot avait séduit par ses qualités, entre respect des formes propres aux grands courants du jazz et une certaine modernité. Dans ce contexte, le trompettiste Pierre Millet confirme tout le bien qu’on peut penser de lui par ailleurs (Renza Bô, Blast...). Audace, créativité, technicité aboutie pour cet admirateur de Dave Douglas (et d’autres...) sont au service du repértoire original de cette formation où le bouillonnement du batteur est tempéré par le flegme de François Chesnel, pianiste serein et inspiré dans un débat réglé par Priscilia Valdazo, ici contrebassiste attentive.
Une formation au potentiel prometteur qui développe un répertoire original basé sur des thèmes qui s’appuient souvent sur un jeu en miroir trompette-piano d’un bel effet.

Passé le premier tour de l’élection, dans la période d’attente, le pianiste Jean-Marie Machado est venu apporter sa sérénité dans les foyers du Théâtre de Caen en belle compagnie : Jean-Philippe Viret, contrebassiste aux racines caennaises et Jacques Mahieux, une force tranquille de la batterie.

Après de nombreuses années consacrées au développement de projets à géométrie variable accordant une large place à l’écriture articulée avec l’improvisation, Jean-Marie Machado revient à la forme plus conventionnelle du trio. Le répertoire puisait essentiellement dans le contenu du dernier album, Soeurs de Sang, hommage conjoint à deux étoiles sur deux galaxies pas si éloignées : Billie Holiday et Amalia Rodriguès. L’homogénéité et la personnalité de ce trio on séduit un public attentif. De toute évidence, ce mariage du jazz et de discrètes influences portugaises reçoit un écho positif et mérité. Avec le temps, cette formation pourrait gagner en sensibilité en mettant un peu plus de flamme et de folie dans sa prestation car la musique, très pensée et construite, manque peut-être de spontanéité.

Un beau concert en conclusion de la saison Jazz dans les Foyers, une programmation de concerts gratuits orchestrée par Michel Dubourg qui fidélise et ouvre au jazz un public nombreux.


> Pour aller plus loin :

  • On pourra se procurer les disques du quartet « Ecart », l’un enregistré « live » le 13 janvier 2007 (recommandé !) qui resitue bien le feeling du concert et l’autre enregistré en studio en contactant Jean-Benoît Culot (courriel). Deux productions du label artisanal Art Vivant, une autre façon de diffuser la musique à faible coût sans négliger la qualité esthétique (présentation sous la forme d’une carte en deux volets).

> Liens :