« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2007 » Le Petit Label : une grande idée simple

Le Petit Label : une grande idée simple

En inventant le Petit Label, des bas-normands dessinent l’avenir du disque.

D 25 août 2007     H 10:59     A Thierry Giard    


« Quand on n’a pas de pétrole, on a des idées ! » disait un slogan ancien... mais toujours d’actualité...

Pour les musiciens de jazz, « Quand on n’a pas de label (pour diffuser un travail personnel et créatif), on l’invente ! ».

Comme les musiciens bas-normands se révèlent très inventifs, les initiatives personnelles, collectives, associatives (le Collectif jazz) comblent ou créent des espaces libres. C’est ainsi que Nicolas Talbot, contrebassiste, avec la complicité de Pascal Vigier, batteur, ont lancé en 2004 un label sans équivalent : des disques produits en petite quantité (une centaine d’exemplaires pour chacun), avec une attention portée au graphisme et la touche artisanale qui ravira les collectionneur ! Pochette carton « kraft » épais sérigraphiée, double volet, format standard : ces disques sont rapidement identifiables. Et pour l’essentiel (la musique et le son), rien à dire : l’enregistrement est toujours soigné, de qualité. Rien n’est laissé au hasard, en toute simplicité.

Et la diffusion ?

  • sur le site internet : http://www.petitlabel.com ;
  • dans une petite dizaine de points de vente en Basse-Normandie (voir sur le site) ;
  • sur les lieux de concerts et de diffusion des formations produites.

A ce jour, le Petit Label prouvé que le projet est viable. Dans une période de marasme ambiant où on se demande quel sera l’avenir du disque, les forces vives du jazz en Basse-Normandie prouvent qu’on peut trouver des chemins de traverse pour dessiner un futur à la diffusion de la musique qu’on aime.


> Quelques productions « Petit Label » de ces derniers mois :

> Frix : « Girls inside », - Petit Label PL 008 -

Déjà chroniqué dans les pages du site. Lire la chronique !


> Marc Boutillot Trio : « ... et alors !? » - Petit Label - PL010

Marc Boutillot Trio - « ...et alors » -  voir en grand cette image
Marc Boutillot Trio - « ...et alors »
Petit Label - PL 010
  • Marc Boutillot : clarinette, clarinette basse
  • Sébastien Béliah : contrebasse
  • Frédéric Delestré : batterie

Enregistré à Charleville-Mézières en 2005 -

Ce trio, sans instrument harmonique, existe depuis 1997. Une longévité qui explique sans doute la qualité du répertoire et la solidité du jeu des trois instrumentistes. Il faut préciser que Marc Boutillot a, non seulement, une solide culture du jazz et des fréquentations qui marquent (François Jeanneau, Andy Emler...) mais il possède un bagage respectable en terme de prix et diplômes acquis sur les bancs d’écoles sérieuses ! Il est en outre « essayeur » pour la société Selmer et collabore à l’élaboration de nouveaux instruments !

« ...et alors !? » présente une musique personnelle, inventive et toujours en phase avec une certaine idée du jazz bien campé sur ses bases rythmiques et mélodiques grâce à une cohésion de l’ensemble.

Un disque à recommander à tous ceux qui aiment les clarinettes dans la lignée des Portal, Sclavis, Kassap, Foltz, Delaunay et autres Savy...


> Les Yeux de la Tête : « l’œuf du cyclone » - Petit Label PL009

Les Yeux de la Tête - « l'oeuf du cyclone » -  voir en grand cette image
Les Yeux de la Tête - « l’oeuf du cyclone »
Petit Label - PL 009
  • Luc : basse, contrebasse ;
  • Samuel : saxos, piano, xylo, pipo
  • Ivan : batterie

Trois prénoms et encore un trio (décidément une formule qui plaît !). Comme le précise Nicolas Talbot : « ces musiciens viennent du rock : il est habituel dans ce contexte de ne donner que son prénom ! ». Nous autres, les « jazzeux », ça nous déroute un peu mais ne soyons pas sectaires ! Surtout que ce trio nous sert une musique bien vivifiante et pleine de punch !

Pour faire simple, on les rapprochera de l’esthétique d’Happy Apple ou de Fat Kid Wednesdays, les trio US de Minneapolis. Une énergie, une créativité et un humour pas si communs les caractérisent. La couleur est donnée avec une composition de Franck Zappa extraite du « Grand Wazoo ». Il faut un certain culot pour traiter une pièce orchestrale en trio mais ça fonctionne (Qu’en pense Bernard Struber, zappaphile averti ?). Suivent des compositions personnelles et des incursions chez Piazzola (El Diablo), Stravinsky (extrait de l’Oiseau de feu) ou Hendrix (Fire). Eclectique sans être fourre-tout : une réussite stimulante !


> Benjamin Duboc : « pièces pour contrebasse et tuyaux »

Benjamin Duboc - « Pièces pour contrebasse et tuyaux » -  voir en grand cette image
Benjamin Duboc - « Pièces pour contrebasse et tuyaux »
Petit Label son 001

Deux pièces électroacoustiques de Benjamin Duboc enregistrées en novembre 2005.

Obeanos 1 & 2.

Avec ce disque, on entre dans une nouvelle collection : Petit Label son. Une ouverture vers les musiques qui se réfèrent aux travaux des maîtres de électro-acoustique depuis Pierre Schaeffer en passant par Luc Ferrari (lui aussi passionné par l’eau) plus qu’à la quête du swing !

Une musique sans doute assez méditative faite de sons continus, de vibrations mesurées, de grincements ténus. L’instrument (la contrebasse) est poussé dans ses retranchements, en douceur, sans heurts mais il n’est ici qu’une des composantes d’un bouquet sonore raffiné. L’eau est très présente (les tuyaux) : on pense encore au précurseur François Bayle (Jeîta ou le murmure des eaux en 1970)

Un dépaysement de près de 40 minutes : il faut savoir changer d’air(s) !


> « Louise Labé ou l’amour fou » - Petit Label Blanc 001

Louise Labé ou l'amour fou -  voir en grand cette image
Louise Labé ou l’amour fou
Petit Label Blanc 001

Eliane Davy : comédienne / Yann Letort : saxophones / Nicolas Talbot : contrebasse

Enregistré au château d’Anctoville en septembre 2005.

Pour conclure provisoirement cette revue de quelques titres, on s’arrêtera sur cet album consacré à la poésie de Louise Labé (1524-1566), une lyonnaise légendaire de la Renaissance qui s’est caractérisée par un esprit d’une grande liberté : ses écrits en témoignent.

La confrontation des poèmes savamment composés, nourris de références à l’Antiquité avec les improvisations de Yann Letort et Nicolas Talbot a de quoi surprendre mais s’avère des plus intéressantes. L’équilibre entre textes dits sans emphase et avec beaucoup de justesse par Eliane Davy et la musique libre est réussi parce que chacun sait s’effacer quand c’est nécessaire.

On retrouve ça et là des références au jazz avec deux pièces de Tony Malaby, une d’Ornette Coleman, une autre de Jean-Benoît Culot (l’agit’batteur animateur du jazz caennais) en arrière plan des vers de Louise Labé.

Un disque qui témoigne d’une volonté d’ouverture vers des formes diverses d’expression artistique par delà les styles et les époques !