« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2008 » Hadouk Trio, Boi Akih : au carrefour des exotismes.

Hadouk Trio, Boi Akih : au carrefour des exotismes.

D 21 janvier 2008     H 22:20     A Thierry Giard    


Hadouk Trio « Bardamore »

Boi Akih « Yaleyol »

Deux formations européennes en quête de sons, de rythmes et de climats puisés dans les folklores du monde pour tenter de dessiner une musique personnelle à base d’éléments composites... Une quête difficile ?

Hadouk-> Trio : « Baldamore »

Hadouk Trio - « Baldamore » -  voir en grand cette image
Hadouk Trio - « Baldamore »
Naïve - 2007

L’histoire commence il y a plus de trente ans lorsque Bloomdido Bad de Grass, venu de la planète Gong à bord de sa théière-volante armé de saxophones interstellaires décida de s’installer définitivement sur la planète Terre pour en explorer les moindres recoins à la recherche du son inouï. C’est ainsi que Didier Malherbe (B.B.d.G., c’est lui !) découvrit le doudouk, des flûtes de bambou simplissimes, des toupies à tambours, le khen et bien d’autres instruments étonnants. Il avait rencontré Loy Ehrlich chemin faisant (avec Gong...). Leurs quêtes étaient communes : il formèrent un duo. C’est ainsi que naquit Hadouk qui devint trio dès lors qu’un virtuose de tout ce qui se fappe, se gratte, se frotte, se caresse, Steve Shehan, fut accepté dans leur clan.

Les trois ont gardé une fascination pour les voyages planants, les rythmes envoûtants. Baldamore s’ouvre donc par des nappes sonores synthétiques sur lesquelles évoluent des mélodies simples habilement tissées par une multitude d’instruments (beau travail de multi-instrumentistes équilibristes). L’ensemble ne manque pas de couleurs au point que ce disque ressemble un peu à un grand marché de musiques issues de cultures mixées. Vent du désert avec Baldamore et ses flûtes en écho, plongée dans les musiques de Maghreb avec Nnew de et avec Malouma Mint Meidah et même une biguine finale gentillette : Le bal des oiseaux... Vous avez dit voyages ?

Seulement voilà : l’ensemble est très actuel dans ses couleurs qui embaument l’oreille, dans le traitement du son très sophistiqué (sans lourdeurs). Le swing est souvent là. Malgré cela, la musique semble bien fade et l’ennui nous gagnerait vite. Ce disque manque sérieusement d’audace et de folie en baignant dans un formalisme cosmopolite malgré des invités qui font le maximum pour pimenter l’affaire. Dommage à notre goût mais le public de ces deux concerts transcrits pour le disque semble ravi.

Le DVD à la réalisation très soignée vient compléter l’écoute du CD en proposant un contenu très proche du disque issu de deux concerts. On appréhende à sa juste mesure le travail des musiciens et les séquences d’interview et de studio apportent un éclairage bien sympathique.


> Hadouk Trio « Bardamore » - Naïve EDV 1057 - distribution Naïve

Didier Malherbe (doudouk, flûtes, khen, toupies, ocarina) / Steve Shehan (percussions, archets) / Loy Ehrlich (gumbass, hajouj, kora, claviers) / + Malouma Mint Meidah (chant) ; Bachar Khalifé (Riq) ; Nicolas Genest (trompette), chacun sur un titre différent.

Compositions des membres du trio (+ invités)

CD :
1.2. Baldamore / 3.4. Train bleu des savanes / 5. Hijaz / 6.7. Nnew / 8. Tourneblues / 8. Dragon de Lune / 10. Likembe-vole / 11. Ereboni-Solo / 12. Parasol Blanc 1 / 13. Parasol Blanc 2 / 14. Le bal des oiseaux.

DVD :
1. Suave Corridor / 2. Dragon de lune / 3. Likembe-vole / 4. Barka-Solaris / 5. Train bleu des savanes / 6. Baldamore / 7. Toupie-Tambour / 8. Tourneblues / 9. Hijaz / 10. Parasol Blanc 1 & 2 // + documentaire : Hadouk Trio se raconte / Bonus : Hadouk Trio en enregistrement / Interviews des invités...

Un film de Thibaut Castan.

Enregistré en concert au « Cabaret Sauvage » à Paris les 22 et 23 mai 2007.


> Liens :

Boi Akih « Yaleyol »

Boi Akih - « Yaleyol » -  voir en grand cette image
Boi Akih - « Yaleyol »
Enja Records - 2008 - distribution Harmonia Mundi

Boi Akih est désormais un duo composé de la chanteuse Monica Akihari et du guitariste Niels Brouwer. Une formule épurée (temporairement ?) après un premier disque en quartet, Uwa I en 2004, avec Sandip Bhattacharya (percussions indiennes) et un violoncelliste ouvert à toutes les aventures : Ernst Reijseger [1].

Rien ne vient donc enfreindre la complicité de ce duo qui est aussi un couple dans la vie, au point d’enregistrer Yaleyol tout simplement « à la maison », à Amsterdam. L’originalité de ce duo vient des origines de Monica Akihari, née au Pays-Bas dans une famille originaire des îles Moluques. Elle a choisi d’écrire ses textes dans la langue de ses ancêtres. Sa voix chaleureuse et souple s’allie fort bien à la guitare de Niels Brouwer, musicien virtuose attiré par l’orient et formé aux techniques contemporaines de la guitare acoustique.

Avec ce duo Boi Akih, on se laisse séduire mais pas alanguir (ou euphoriser) par les charmes de l’exotisme car leur répertoire sait ménager quelques aspérités. On retrouve bien quelques signes de proximité avec la scène hollandaise du jazz et des musiques improvisées. Ce n’est donc pas un hasard si un de leurs acolytes favois est le très joueur Ernst Reijseger, un des musiciens les plus actifs et créatifs aux Pays-Bas.

Disque d’invitation au voyage intérieur, Yaleyol n’est pas à proprement parler un disque de world-music. La musique intégre des éléments culturels extra-européens au service d’un langage personnel où les courants du jazz se retrouvent en filigrane (Kihuro). On aura remarqué en particulier la très belle ballade Moku wa’a ielea et la finesse rythmique de Mani Apunae où la guitare porte littéralement la voix.

Un disque aux atmosphères sereines et fraîches.


> Boi Akih : « Yaleyol » - ENJA 9487-2 - distribution Harmonia Mundi

Monica Akihary : chant / Niels Brouwer : guitare, guitare préparée, sifflet

1. Mahai | 2. Kema Ahatia | 3. OI | 4. Orasa Sahu | 5. Risa | 6. Moku Wa’a Ielea | 7. Pameue Yalelol | 8. Toene | 9. Mani Apunae | 10. Kihuro | 11. Salo AU

Enregistré en avril 2007 à Amsterdam.


> Liens :


[1Lire le compte-rendu de leur concert au festival Jazz sous les Pommiers en 2006.

Dans la même rubrique

28 décembre 2008 – BD-Bossa : soirée à Copacabana.

27 décembre 2008 – Jean-Luc FILLON : « Oborigins »

23 décembre 2008 – 1964-65 : le piano libre chez ESP

20 décembre 2008 – La vitrine de Noël 2008 : 9 disques, 9 !

18 décembre 2008 – Christophe LELOIL sextet : de l’évolution du swing.