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Trois pianistes et trois trios : Rusconi, Ternoy, Wasilewski.

Piano, contrebasse, batterie : une formule qui marche !

D 25 mars 2008     H 06:49     A Thierry Giard    


Depuis Keith Jarrett, Brad Mehldau, sont arrivés E.S.T. ou The Bad Plus sans compter la vitalité et le perpétuel renouvellement d’un Martial Solal, « Le plus jeune de tous ! » dirait Jacques Chesnel.

On se demande bien quelles surprises va encore pouvoir réserver la formule à priori basique du trio piano-basse-batterie ? C’est sans compter avec les jeunes qui n’ont pas d’états d’âme mais un sacré talent pour apporter leur touche personnelle au milieu d’un réseau d’influences bien digérées.

Pour ce printemps 2008, nous retiendrons trois disques de pianistes trentenaires qui s’ils ne sont pas totalement innovants révèlent une grande richesse et de très belles qualités. Sachons apprécier !

> Par ordre alphabétique : Rusconi trio, Jérémie Ternoy trio et Marcin Wasilewski Trio.


Rusconi Trio : « Stop and Go »

Rusconi Trio - « stop & go » -  voir en grand cette image
Rusconi Trio - « stop & go »
Unit Records - dist. Abeille Musique (avril 2008)

> Unit records UTR4180 - distribution Abeille Musique (parution : 17 avril 2008)

Stefan Rusconi est un pianiste zurichois peu connu dans l’Hexagone. Pour preuve, la distribution tardive de ce disque en France : paru en 2006 en Suisse sur le label « branché musiques actuelles » Unit Records, il aura mis deux années pour passer les montagnes !

La musique de ce trio se singularise par sa lisibilité. La fermeté de la note, la précision rythmique, la lisibilité du discours contribuent à générer un groove captivant. On entre facilement dans cet univers qui se déplace entre la souplesse du jazz et la force des musiques issues du rock. Dans le réseau actuel des références, on pense inévitablement à The Bad Plus pour le côté brut, un peu sec en apparence mais finalement sophistiqué, en particulier dans la maîtrise des nuances (Old Man).

Toutes les compositions sont signées Stefan Rusconi mais pour autant, le leader se fond dans la cohésion du groupe. Un pianiste qui mérite l’attention (et un de plus !) quand il ne se laisse pas aller à une relatiive facilité (« Daddy buy me a pony » et le recours à un clavier « synthétique », ou les clichés « branchés » comme la bande son qui sert de fond à « World »)...

> Stefan Rusconi, piano / Fabian Gisler, basse / Claudio Strüby, batterie

enregistré en décembre 2005 - compositions de Stefan Rusconi.

1. Stop & go / 2. Old man tellin’ a story / 3. Stella / 4. Almost alive / 5. Daddy buy me a pony / 6. Transmission / 7. Bleistift / 8. Rotkäppchen / 9. World / 10. Circle 1 / 11. Kings

> Liens :

Jérémie Ternoy Trio : « Bloc »

Jérémie Ternoy Trio - « Bloc » -  voir en grand cette image
Jérémie Ternoy Trio - « Bloc »
Zig-Zag Territoires - distribution Harmonia Mundi (avril 2008)

> Zig Zag Territoires ZZT080501 - distribution Harmonia Mundi (parution : 24 avril 2008).

Si certains font le choix de l’épure, du dépouillement, Jérémie Ternoy, lui, développe la dimension orchestrale du piano avec un goût pour les accords riches, pour les rythmes soutenus comme tremplins pour des improvisations foisonnantes. Une musique qui joue sur les relances : pas de perte de tension, le bouillonnement est exprimé ou implicite... Il faut que ça jaillisse !

Parmi ses musiciens de référence, Jérémie Ternoy cite volontiers Bartok ou Satie (la mélodie qui introduit « Pas très solide » ou celle de « Le fil ») et pour le jazz, Chick Corea et Paul Bley. Nous y ajouterions volontiers McCoy Tyner pour la richesse du jeu en accords et le goût pour les ponctuations graves/aigües des solos.

Depuis 2000, avec la complicité de Charles Duytschaever, batteur coloriste subtil et Nicolas Mahieux, contrebassiste précis et sensible, Jérémie Ternoy développe un répertoire original pour ce trio. Cela lui permet de bénéficier en 2008 du soutien de l’AFIJMA [1] dans le cadre de la tournée Jazz Migration. Un trio qui sera à l’affiche de nombreux festivals et concerts, de ce fait.

Un disque dense par un trio qui a du muscle et une envie de jouer évidente. A (aller) écouter sans hésitation.

> Jérémie Ternoy : piano / Nicolas Mahieux : contrebasse / Charles Duytschaever : batterie

Enregistré en Janvier 2007 à Lausanne - Compositions de Jérémie Ternoy

1. Bloc / 2. Pas très solide / 3. Mets du charbon / 4. Tout droit / 5. Le fil / 6. Hovercraft / 7. Boussole / 8. Souterrain

> Liens :

Marcin Wasilewski Trio : « January »

Marcin Wasilewski Trio - « January » -  voir en grand cette image
Marcin Wasilewski Trio - « January »
ECM - dist. Universal (25 mars 2008)

> ECM 2019 - distribution Universal

Déjà repérés aux côtés du trompettiste Tomas Stanko (tous les trois) ou dans le quintet de Manu Katché (Wasilewski + Kurkiewicz), ces musiciens ont eu l’occasion de faire la preuve de leurs compétences. Avec ce nouvel album, January, il rappellent qu’ils existent comme un vrai trio, et ce depuis 1990. Une maturité et une profonde connivence qui transparaissent clairement ici.

Avec cinq titres originaux et cinq reprises, Marcin Wasilewski joue l’équilibre en toute simplicité et avec une sobriété qui n’est pas, loin s’en faut, une preuve de manque d’inspiration. Ce trio, très raffiné trouve ses influences dans le jazz des années 60 et 70 avec deux repères caractéristiques : King Korn de Carla Bley (« première époque », avec Paul Bley) pour la liberté bien pensée et la magnifique composition de Gary Peacock, Vignette (1978, extrait de « Tales of Another », première amorce du trio qui deviendra celui de Keith Jarrett) interprétée tout en finesse, dans un respect total du modèle (on aurait peut-être attendu une touche plus personnelle ?).

La référence à Gary Peacock n’est pas anodine car il semble bien au fil des écoutes que le point central de ce trio soit la contrebasse de Slawomir Kurkiewicz. Avec une grande musicalité, une sonorité ronde et des basses riches, le contrebassiste permet au pianiste de tisser des mélodies aérées, simplement évidentes, en décalage avec certaines tendances actuelles à l’hyper-expressivité et au groove... Avec January, on reste sur un swing moderne ( Michal Miskiewicz évoque souvent Jack DeJohnette), comme peuvent le concevoir Keith Jarrett ou, en contraste, Paul Bley.

Même lorsqu’il se tourne vers Prince pour le superbe Diamonds and Pearls, le trio reste fidèle à des choix esthétiques que certains ne manqueront pas de trouver un peu « mous » ou « gentillets ». Nous y entendrons pour notre part une approche de la musique qui privilégie le jeu souple sans virtuosité démonstrative. Leurs compositions originales sont, en outre, fort intéressantes, on en jugera par exemple avec la bien nommée et assez féline The Cat (mise en valeur de la contrebasse, encore,) ou la mélodie ternaire de The Young and Cinema.

On situera bien sûr ce disque dans le droit fil des productions du label munichois, une musique raffinée et peut-être sophistiquée : « le plus beau son après le silence » disait-on autrefois. Ça reste d’actualité !

> Marcin Wasilewski : piano / Slawomir Kurkiewicz : contrebasse / Michal Miskiewicz : batterie

Enregistré à New-York (Avatar Studios) en février 2007.

1. The First Touch / 2. Vignette / 3. Cinema Paradiso / 4. Diamonds and Pearls / 5.
Balladyna / 6. King Korn / 7. The Cat / 8. January / 9. The Young and Cinema / 10. New York 2007

> Liens :

Portfolio


[1Association des Festivals Innovants en Jazz et Musiques Actuelles

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