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JAZZ A VIENNE 2008, suite et fin

Un festival 2008 entre promesses tenues et surprises de qualité.

D 13 juillet 2008     H 10:07     A Yves Dorison    


Lundi 7 juillet

Maria Schneider -  voir en grand cette image
Maria Schneider
Jazz à Vienne 2008

Maria Schneider est grande et son big band, un modèle du genre. Grande disions-nous, elle l’est par ses qualités d’écriture. Que de finesse et d’originalité ! La mise en valeur de ses musiciens, tous excellents, est évidente. La cohésion est là et s’exprime au mieux dans l’échange entre la compositrice et ses instrumentistes, dont nombre de solistes exceptionnels. Un concert exaltant qui a séduit les festivaliers et qui nous réconcilie avec une modernité qui ne dénigre pas son passé. Maria Schneider (élève de Brookmeyer, assistante de Gil Evans) possède incontestablement un talent éclatant et ses pérégrinations musicales futures sont à suivre avec attention.

En seconde partie de soirée, John McLaughin était là avec « the 4th dimension ». Pour nous, ce fut celle de l’ennui.

Mardi 8 juillet

Sonny Rollins -  voir en grand cette image
Sonny Rollins
Jazz à Vienne 2008

Sonny Rollins est là. 78 ans et encore suffisamment d’énergie pour occuper la scène la soirée entière. Certains diront qu’il a fait du Rollins, ce qui est vrai, qu’il laisse beaucoup d’espace et de temps à ses accompagnateurs, ce qui est également vrai, mais c’est Sonny Rollins et cela suffit à remplir un théâtre antique, à le ravir aussi. Alors quoi ? Faire la fine bouche ? Ou se laisser porter par l’événement ? Qu’on le veuille ou non, Sonny Rollins est à l’aise avec son âge et s’en accommode au mieux, ce qui est déjà beaucoup. Mais il a, en sus, envie, encore et toujours, de jouer et cela force le respect.

Steve Grossman -  voir en grand cette image
Steve Grossman
Jazz à Vienne 2008

Autre événement de la soirée, la présence de Steve Grossman au club de minuit. Dans le petit théâtre à l’italienne de Vienne, il était accompagné de Sangoma Everett (batterie), Mathias Allamane (contrebasse), Alain Jean-Marie (piano) et Valerio Pontradolfo (sax ténor). Rien moins.

Eloquent et chaleureux sont les mots qui nous viennent immédiatement à l’esprit à l’écoute de Steve Grossman. Son jazz, ancré dans une tradition intelligemment digérée, est un régal.

Nous regrettons seulement qu’il n’est pas été programmé sur la scène du Théâtre antique car indéniablement, c’est un colosse.

Mercredi 9 juillet

Return to forever était bien là pour un hommage au temps qui passe. Des musiciens accomplis heureux d’être ensemble pour jouer à nouveau un répertoire connu.

Donald Brown -  voir en grand cette image
Donald Brown
Jazz à Vienne 2008

Avant cela, il y a eu Donald Brown. Et là, ce fut pour beaucoup une découverte. Pianiste émérite doublé d’un compositeur rare, il a proposé un concert de jazz contemporain dense et complexe comme on les aime. Indéniablement, Donald Brown marque son époque presque incognito, en tout cas, loin du grand public. Remercions Jazz à Vienne de l’avoir mis en avant sur une scène où sa musique put être dévoilée à un public nombreux.

Vendredi 11 juillet

Stacey Kent -  voir en grand cette image
Stacey Kent
Jazz à Vienne 2008

La fête à la grenouille. La nuit de toutes les pluies. La star du soir est Stacey Kent. Elle a par le passé ouvert la dernière nuit du festival avec un combo sans batteur. A l’époque, nous avions été séduits. Cette fois-ci, nous sommes plus mesurés. Son nouveau répertoire n’y est pas pour rien. Moins jazz, plus grand public. Elle demeure certes une chanteuse de qualité, sensible et chaleureuse, mais l’écrin musical qui l’entourait ce soir-là nous a semblé un peu fade. Dommage.

Au final, Jazz à Vienne 2008 a accueilli 90.000 spectateurs. C’est énorme. La qualité musicale était bien présente, mais pas forcément là où l’attendait, ce qui n’est pas plus mal. La surprise donne toujours un goût particulier à l’événement. Nous retiendrons quant à nous Avishai Cohen, Carla Bley, Ornette Coleman, Maria Schneider et Donald Brown qui parurent au dessus du lot. Une mention spéciale au Club de minuit dont la programmation fut en tout point convaincante.

Le bémol de cette édition n’est pas musical mais photographique : 10 minutes par ci, deux morceaux par là, à cinquante mètres de la scène pour madame Costello, les professionnels de l’image n’étaient pas à la fête, loin s’en faut. Et toujours dans la fosse et les gradins des nuées de compact numériques qui crépitent durant tout le concert et qui demain inonderont les blogs de mauvaises photographies et de vidéos foireuses. Si les festivals ne réagissent pas aux contraintes imposées par les producteurs (bien plus souvent que par les artistes), il n’y aura plus grand monde devant la barrière dans quelques années.