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Les aventures d’Yves Robert #1

Un portait du tromboniste à travers son œuvre...

D 11 janvier 2012     H 18:43     A Armel Bloch    


Les aventures d’Yves Robert #1

On le sait depuis bien longtemps, Yves Robert est un aventurier du trombone. Il suffit de l’écouter quelques secondes pour se rendre compte de son esprit zapping. La richesse des sons qu’il produit, son phrasé souple et hyper fluide font du virtuose un représentant unique parmi tous les trombonistes du monde. Ses récents projets nous incitent à retracer l’histoire des formations qu’il a su concocter avec merveille.

Yves Robert - mars 2009 -  voir en grand cette image
Yves Robert - mars 2009
Photo © Christian Ducasse

Certains ont en mémoire ses deux premiers disques en quartet (Claude Tchamitchian (contrebasse), Philippe Deschepper (guitare), Xavier Dessandre-Navarre ou Alfred Spirli (batterie, percussions)) : Tout court où l’objectif était de faire des pièces très courtes pour leur donner un sens et Tout de suite qui portait plus sur l’enchaînement immédiat des thèmes. D’autres se souviennent des mélodies chaleureuses de son quintet Eté (avec Laurent Dehors (clarinettes, saxophone ténor), David Chevallier (guitares), Hélène Labarrière (contrebasse, basse) et Cyril Atef (batterie)), dans lequel il évoquait les impressions de chaleur, d’enthousiasme, d’énergie, de danse et parfois de transe.... dans une suite assez ludique. Yves Robert se consacre ensuite au ressenti de la caresse dans son trio La tendresse avec Vincent Courtois et Cyril Atef où il est question de douceur, de tranquillité et de confiance. Une certaine fluidité est retransmise dans l’écriture et une émotion se dégage dans la façon de traiter la matière musicale évolutive des compositions longues où le lyrisme du violoncelle est mis en valeur.

Puis le tromboniste nous présente sa version de l’histoire d’Orphée (Charlène Martin (chant), Christophe Monniot (saxophones), Emmanuel Bex (orgue hammond), Xavier Garcia (samples) et Cyril Atef (batterie)) (malheureusement inexistante sur disque). Il trouve pour prétexte de développement le thème de l’amour avec la chanteuse Charlène Martin. Dans ce sextet à l’instrumentation inattendue, il commence à travailler sur les sons d’ambiance apportés par des samples et un orgue hammond... Il créé un rapport privilégié entre le son de la voix chantée et l’aspect lyrique du trombone. Il a ensuite l’idée originale de considérer L’argent (avec Elise Caron, chant ; Stefanus Vivens, claviers ; Jean-Philippe Morel, contrebasse et basse ; Cyril Atef, batterie et Sylvain Thévenard, ingénieur du son) comme sujet de travail dans un nouveau quartet. La parole devient un élément musical à part entière. La rythmique de la voix et sa tonalité sont mises au service de la musique pour lui donner plus de sens... L’argent se présente comme un recueil d’interviews d’économistes, traders, psychanalystes et philosophes auquel sont ajoutées une trame sonore de fond et de courtes mélodies chantées par Elise Caron, pour en faire un disque peu ordinaire qui marquera le parcours du tromboniste.

Yves Robert, Le Triton - sept. 2009 -  voir en grand cette image
Yves Robert, Le Triton - sept. 2009
© Christophe Alary / licence Creative Commons

Sans suivre une démarche conceptuelle comme il a pu le faire pour ses précédents projets, Yves Robert publie en 2007 un chef d’œuvre avec son nouveau trio « Inspirine » dans lequel on retrouve Cyril Atef (ou Franck Vaillant sur scène) et en alternance Bruno Chevillon ou Vincent Courtois. Il nous offre une panoplie de courtes pièces aux univers riches et variés, sans rapport entre elles, dans lesquelles on devine un travail approfondi sur leur contenu (notamment leur concision) et sur le choix des titres (où il excelle), toujours très évocateurs, teintés d’humour et de surprises (comme l’est sa musique) : « Aspirer à être inspiré », « Épanoui c’est nous oui  », « Pas normal c’est norbien »... L’ouverture rythmique et la richesse de jeu des trois compagnons est surprenante : Vincent Courtois dispose du lyrisme naturel de son violoncelle (qui nous rappelle La tendresse) ; Bruno Chevillon apporte une sonorité ronde et plus swing ; Cyril Atef offre une rythmique puissante, au caractère groovy enrichie de sa très bonne connaissance des polyrythmies du monde, donnant à la musique son aspect dansant et joyeux. Il créé un balancement énergique constant. Les trois musiciens semblent avoir trouvé un langage commun efficace. Chacun apporte son ingéniosité sur le phrasé et sur les sons, parfois enrichis d’effets électroniques inattendus. Aux programmateurs non inspirés, vous auriez torts de vous priver de quelques cachets d’Inspirine effervescente aux effets immédiats. Aux auditeurs encore non connaisseurs, le disque se réécoute en boucle, tant l’ambiance qui se dégage à chaque thème y est intéressante, saisissante, créative et divertissante. _ Pour le tromboniste, les concerts sont l’occasion d’explorer de longues improvisations (ce qu’il n’a pas souhaité faire en studio) jamais rébarbatives autour de quelques thèmes phares du disque qui, sans aucun doute, résistera à l’épreuve du temps.

Prochainement : la suite avec deux projets récents d’Yves Robert : « L’argent nous est cher » et « Aventures ».

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Discographie personnelle :

  • en trio : Des satellites avec des traces de plumes (Evidence/1989)
  • en quartet : Tout court (Deux Z/1993), Tout de suite (Deux Z/1994)
  • en quintet : Eté (Deux Z/1998)
  • en trio : In Touch - La tendresse (ECM/2003)
  • en quintet : L’argent (Chief Inspector/2005)
  • en trio : Inspirine (Chief Inspector/2007)

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