« Le jazz tisse sa toile... »
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HERBIE HANCOCK Solo

Récit d’une soirée ratée.

D 31 octobre 2012     H 19:12     A Yves Dorison    


Clermont-Ferrand, vendredi 26 octobre 2012
Jazz en Tête

Hello Herbie -*

Nous avons plaisir, chaque année, à passer au moins une soirée au Festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand car l’accueil est à la hauteur de la programmation. Cette XXVème édition aura permis aux spectateurs d’apprécier entre autre Donald Brown avec Laika, Bill Mobley, le jeune Baptiste Herbin avec Keith Brown (fils de Donald), dont on devrait reparler ou encore Gregory Porter et Ambrose Akinmusire – ont-il des frères jumeaux tant on les voit partout – et l’on en passe.

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Herbie Hancock
Jazz en Tête
26/10/2012

L’une des marques de fabrique de Jazz en Tête est la fidélité aux artistes. Ainsi, ce vendredi 26 au soir était présent sur scène, en solo, un artiste à l’affiche du premier festival en 1988 : Herbie Hancock. Ayant parfaitement commencé la semaine avec Pat Martino à Genève, nous nous étions benoîtement dit que la finir avec Herbie, ce ne serait pas si mal. Du moins le croyait-on.
Sur l’immense scène de la maison de la culture le Fazioli était de sortie. Cool. Cerné par un Korg Kronos, un AX de chez Roland, un Big Mac (un gros ordinateur de la famille jobs) cinq tablettes de la même pomme et encore tout un saint frusquin électronique estampillé bidouille hors de prix. Moins cool.

Et le maître des touches blanches et noires entra...

D’abord une promenade acoustique autour du Footprints de l’ami Wayne qui, sans être exceptionnelle, ne manqua pas d’intérêt. Puis le Maiden Voyage, bien débuté, vit surgir les premières résonances électroniques. Là, je vous l’avoue, j’ai coincé. Je ne me souviens pas de quel Disney sortaient ces boucles génériques, mais franchement, c’était pas terrible. Nous avons eu droit ensuite à une séquence inter-galactique. Vous savez, quand la sonde en voyage dans l’univers envoie ses signaux dans le vide sidéral, genre les terriens parlent aux petits martiens... avec ce léger écho et un peu de piano mais pas trop. Plus tard dans la soirée, Herbie nous expliqua ensuite qu’il allait totalement improviser un morceau avec toutes ses machines. Si ce n’est pas de la classe ça, qu’est-ce donc ? Je vous le demande. Ou plutôt je vous le dis : « c’était du sous Headhunters  ». Point barre. Ce groupe seventies dont nous venons d’évoquer le nom fut en son temps une révélation. Il avait également l’avantage non négligeable d’être composé d’humains. Mais les temps sont durs. Plan social chez Hancock. Seul le patron sauve sa tête et encaisse le pognon. Ça la fout mal dans une ville au rose si prononcé. Donc, AX en bandoulière, Ipad à fleur de doigt, son altesse donne de sa personne. Je ne vous fais pas le détail du catalogue, vous pouvez l’imaginer sans peine. Je n’ai rien contre les caricatures, mais tout de même, durant de longues minutes, Herbie fleurta avec le très mauvais goût. J’écris « fleurta » car j’aime être positif. Puis vint le rappel syndical. Un technicien ayant pris soin de ramener le Bontempi amélioré en coulisse, nous eûmes droit à une introduction super sonique sur une scène au vide joliment mis en lumière. Et il revint, heureux, pour délivrer son dernier message : ce soir c’est baloche et best of à Clermont.

Herbie, mon cher herbie, il me semble malhonnête d’infliger à un public contraint d’être conquis (39 € la place, n’est-ce pas) de tel enfantillages. Tu ne crées plus, tu t’amuses. Si cela te fait plaisir, tu nous en vois ravis. Mais s’il te plaît, fais-le chez toi, avec tes intimes. Et ne nous soumets pas à la tentation de t’assassiner sur le papier. Tu tends le bâton pour te faire battre. Tu dévalorises ta musique autant que son réel apport. Faut-il que tu t’ennuies pour dépenser ton temps à concocter des programmes de cet acabit ! Quel en est le but ? Tournes-tu seul, en boucle, pour ne plus avoir à supporter les états d’âmes des musiciens ? Ou est-ce tout simplement, et strictement, mercantile ? Crois-tu qu’un soupçon de création musicale puisse jaillir de cet exercice qui ne fait que mimer les fulgurances d’un passé dépassé, un « jadis » comme l’écrit Pascal Quignard, que tu ne surpasseras plus ? Ah, la vieillesse est un naufrage ! comme disait l’autre. Quel âge as-tu Herbie ? Franchement, je m’en fous. Mais comme en sus, du haut de ta splendeur, tu nous as empêché de te tirer le portrait, pour éviter que l’on te flingue, la prochaine fois, fais un visio-concert. C’est tendance la visio, tu sais. Et puis si on s’ennuie, on pourra toujours écouter le disque ci-dessous. Il est super.


* OSCAR PETERSON trio with Herb Ellis

« Hello Herbie »

Oscar Peterson with Herb Ellis -  voir en grand cette image
Oscar Peterson with Herb Ellis
MPS, 1969

Oscar Peterson – piano
Herb Ellis – guitar
Sam Jones – double bass
Bobby Durham – drums

1. « Naptown Blues » (Wes Montgomery) – 5:20 / 2. « Exactly Like You » (Dorothy Fields, Jimmy McHugh) – 4:50 / 3. « Seven Come Eleven » (Charlie Christian, Benny Goodman, Fletcher Henderson) – 5:06 / 4. « Hamp’s Blues » (Hampton Hawes) – 3:46 / 5. « Blues for H.G. » (Oscar Peterson) – 6:05 / 6. « A Lovely Way to Spend an Evening » (Harold Adamson, McHugh) – 8:23 / 7. « Day by Day » (Sammy Cahn, Axel Stordahl, Paul Weston) – 4:44

Enregistré les 5 et 6 novembre 1969
Durée : 38:19
Label MPS


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