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Jazz Sous Les Pommiers : quartiers de pommes 2013 #2

De Coutances pour la 32ème édition du festival (4 au 11 mai).

D 12 mai 2013     H 17:56     A Denise Giard, Thierry Giard    


Jazz Sous Les Pommiers, le festival qui se croque à ne plus savoir où mettre les dents a débuté le samedi 4 mai pour s’achever le 11 mai.
Un découpage en quartiers s’impose, au jour le jour.

samedi 4 maidimanche 5 maimardi 7 maimercredi 8 maijeudi 9 maivendredi 10 maisamedi 11 mai

Lire « Jazz Sous Les Pommiers : quartiers de pommes 2013 #1... »

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Mercredi 8 mai 2013.

« La Fête à Boby » : Jean-Marie Machado et Danzas invitent André Minvielle.

« La Fête à Boby » ? L’intitulé laisse imaginer l’allégresse, la réjouissance, l’extravagance. À l’issue du concert donné ce mercredi 8 mai, jour de commémoration, on s’interroge sur le caractère festif. Ce n’est peut-être pas tout à fait ce qu’a voulu Jean-Marie Machado, pianiste de grand talent mais aussi compositeur arrangeur, amateur de toutes les musiques qui ont une âme. Dans cet hommage affectueux et sensible à la poésie farfelue de Boby Lapointe, chanteur-homme-à-tout-faire, il s’est fait une fête d’arranger les chansons sans trop les déranger par respect pour l’original.
Trop de respect peut-être ? L’orchestre Danzas joue parfaitement son rôle... d’orchestre sur des arrangements tirés à quatre épingles. Fort de personnalités aussi affirmées qu’un Jean-Charles Richard (saxophones soprano et baryton), François Thuillier (soubassophone), Didier Ithursarry (accordéon), François Merville (batterie et perussions), Georgi Kornazov (trombone), Sylvaine Hélary (flûtes), Jean-Marc Quillet (percussions et voix)..., Jean-Marie Machado aurait sans doute pu lâcher la bride et laisser de l’air à son équipe qui exécute impeccablement la partition mais ne semble pas franchement « s’éclater » à sa tâche.
André Minvielle, l’invité « dans le rôle de Boby », n’est guère plus bout-en-train. Lui qui aime la liesse populaire des fêtes gasconnes, semble un peu à l’étroit, collé à côté du piano dans son maillot rayé, donnant une lecture chantée des textes de l’impertinent poète de Pézenas.
Outre les chansons de Boby, l’orchestre prolonge cet hommage par quelques pièces qui viennent égayer l’hommage comme cette biographie haute en couleurs, Boby en Sibibi, de la plume de Minvielle tout comme Papala, dans la veine du « hip-hop-gascon-chanson » qu’on cultive à Uzeste.
Nous retiendrons surtout les moments en formation(s) réduites, à deux et à trois qui mettaient plus en valeur les textes dans un écrin plus original et, en particulier, la séquence solo très drôle de l’excellent Jean-Marc Quillet, percussionniste virtuose et clown débonnaire qui semblait franchement réjoui, lui.

Un concert ne fait pas l’autre. Le cadre du théâtre aurait sans doute mieux convenu pour animer la fête... Lisez donc ce qu’écrivait Alain Gauthier en octobre 2012 (Café de la Danse à Paris - lire ici).
Le grand mérite de ce projet est bien de redonner vie aux chansons de Boby Lapointe. À la manière d’un antiquaire qui redonne l’éclat dans le respect de l’ancien, Jean-Marie Machado a affectueusement remis en vitrine des merveilles pour les générations actuelles et futures...
Plus qu’une « fête à... », son travail d’orchestrateur orfèvre est surtout une dédicace : « À Boby. »

Louis Sclavis Atlas Trio

« Pour l’exploration particulièrement poussée des sons des claviers et de la guitare, les superbes mélodies voyageuses de Sclavis, l’ouverture laissée aux très belles improvisations, le culot de sortir des schémas instrumentaux classiques, l’aptitude de Sclavis à diversifier ses projets, l’ouverture vers d’autres musiques que le jazz », Armel Bloch a fait figurer le disque « Sources » de cet Atlas Trio dans les Étoiles de 2012 que la rédaction de CultureJazz accroche à son firmament en chaque fin d’année. Un de ses cinq disques préférés de l’année.

Nous avions pu écouter Louis Sclavis (clarinettes), Benjamin Moussay (claviers) et Gilles Coronado (guitare) au festival EuropaJazz du Mans il y a un an, sur le même programme à une composition près (nouvelle et délicate, le démarrage fut chaotique... et rigolard !).
À Coutances, l’émotion est intacte et toujours vive parce que l’approche de cette musique fait que chaque composition est une invitation à explorer des espaces nouveaux.
« Sur scène, la musique écrite par Louis SCLAVIS, crée des images et stimule en permanence notre imaginaire. On se surprend à parcourir »in situ« et en sautant des pages, le recueil de cartes géographiques (atlas ?) que le trio feuillette devant nous... Le son bien caractéristique de la clarinette basse de Louis SCLAVIS, entre slaps et souffle continu nous donne ce vertige des grands horizons. » écrivait-on en 2012. Il peut être agréable de le répéter : c’était très beau !
Le clarinettiste aime travailler par projets successifs qui s’opposent parfois de manière très contrastée ou se prolongent en intégrant une variable complémentaire. C’est ce qui se passe depuis quelques temps puisque le percussionniste iranien Keyvan Chemirani vient apporter de nouvelles couleurs à cette formation. Une formule à découvrir sur disque (ECM) dans quelques mois et à suivre, bien entendu !

Louis Sclavis - octobre 1980 - Théâtre de Coutances -  voir en grand cette image
Louis Sclavis - octobre 1980 - Théâtre de Coutances
Archives D. & T. Giard

Et pour le clin d’œil à Louis Sclavis dans l’histoire du jazz à Coutances, nous avons retrouvé cette photo. C’était le 10 octobre 1980. Louis Sclavis, alors membre de l’ARFI lyonnaise, se produisait au même endroit - au mètre près !- sur la scène du théâtre avec Le Marvelous Band (Alain Gibert, Maurice Merle, Guy Villerd, Louis Sclavis, Christian Ville) et Steve Waring. Un concert qui portait déjà les gènes d’un festival à naître 20 mois plus tard...






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Jeudi 9 mai 2013.

Nous continuons notre parcours raisonnablement sélectif dans la programmation toujours très dense du festival Jazz Sous les Pommiers. C’est le jour de l’Ascension pour les chrétiens et pour tous un jour férié qui vient cette année se jumeler avec le 8 mai... Va-t-on atteindre des sommets ?

Sons of Kemet

Shabaka Hutchings (Sons of Kemet) - Coutances - 9 mai 2013 -  voir en grand cette image
Shabaka Hutchings (Sons of Kemet) - Coutances - 9 mai 2013
© T. Giard - CultureJazz.fr

La proximité géographique de la Basse-Normandie avec la Grande-Bretagne a toujours incité le festival à prospecter de l’autre côté du Channel. Sons of Kemet est une des propositions fort intéressantes de la scène londonienne que l’on doit au clarinettiste et saxophoniste ténor Shabaka Hutchings (né en 1984). Les tambours et cymbales des deux batteurs (Tom Skinner, et le désormais bien connu Sebastian Rochford) installent un continuo rythmique, soubassement d’une musique aux racines assez primitives, référées à l’afro-jazz. Le tuba apporte des basses profondes mais aussi des couleurs sonores à base de rythmes et de sons « éléphantesques ». Sur cette matière toujours mouvante, ondulante, invitant au déhanchement, Shabaka Hutchings joue des mélopées simples et captivantes aux lignes sobres. Chaque séquence musicale nécessite un développement assez long et parfois lancinant, propice aux des développements sereinement improvisés. Un concert qui nous a rappelé les propositions de l’AACM de Chicago, par exemple, et des défenseurs de la Great Black Music : « From Ancient to Future ». Revenir aux sources et aux modes de jeu des musiques primitives pour aller de l’avant. Faire du neuf avec du vieux, c’est souvent mieux que de faire du neuf avec du vide, non ? Un bon moment de musique...

Ping Machine

Ils ont fait « des trucs pareils » mais là, c’est plus la même chose. Nouveau programme avec un nouvel album à paraître tout début septembre : « Encore ! »
Le Ping Machine nouveau est arrivé avec la même main d’œuvre soudée, motivée, experte même si quelques têtes changent au gré des disponibilités.
À Coutances, ils ont pu livrer leur dernier cru travaillé en Touraine au mois de mars (résidence et enregistrement au Petit-Faucheux de Tours), fort en sensations et en couleurs parfois éclatantes (Encore) ou plus sombres (Trona inspiré par l’extraction du borax en Californie).
Fred Maurin, guitariste-leader et compositeur-arrangeur, n’est pas du genre à tirer toujours les mêmes ficelles. Sa musique est en constante évolution, démolition, reconstruction. Il pourrait passer pour un éternel insatisfait mais sa démarche artistique repose sur le mouvement permanent. Il dit « repousser d’un cran, encore, les limites. Faire monter la sauce crescendo. Et si ça ne s’arrêtait jamais ? »Encore« , c’est toujours plus : plus de musiciens, encore de nouveaux sons. C’est l’excès, l’abondance, le débordement. ». Dont acte.
Après deux disques (Random Issues et Des trucs pareils) sur le beau label allemand NeuKlang et pas mal de concerts qui ont fait jaser (lire ici par exemple), Ping Machine s’est fait une solide réputation dans le paysage des « grands formats » européens. Ce bouquet de nouveautés apporte de belles couleurs à ce printemps du jazz. Cette musique n’est pas « facile » mais c’est ce qui fait sa richesse. Elle exige une attention, une disponibilité de l’auditeur. L’écriture très travaillée et précise de Fred Maurin est basée sur des séquences orchestrales qui utilisent finement toute la palette instrumentale et laisse des espaces largement ouverts aux solistes (ils ont tous une forte personnalité !).
La pièce la plus saisissante est sans doute Trona qui met en valeur le leader-guitariste, habile manipulateur des sons qui viennent saturer l’espace sonore pour s’effacer devant l’orchestre en plein bouillonnement. Musique poignante, parfois dure et acide qui ménage des espaces de paix sereine (superbe duo flûte-guitare) : une véritable fresque sonore qui coupe le souffle. Effet borax garanti !?
Une formation dont il faut suivre un parcours qui ne peut pas laisser insensible. Nous attendons la suite et la parution du disque. Nous en reparlerons très vite...encore !

Fred Maurin : guitare, composition, direction / Jean-Michel Couchet : saxophones soprano et alto / Fabien Debellefontaine : saxophone alto, clarinette, flûte / Florent Dupuit : saxophone ténor, flûte, flûtes piccolo et alto / Julien Soro : saxophone ténor, clarinette / Guillaume Christophel : saxophone baryton, clarinette basse / Andrew Crocker : trompette / Quentin Ghomari : trompette, bugle / Fabien Norbert : trompette, trompette piccolo, bugle / Bastien Ballaz : trombone / Fidel Fourneyron : trombone basse, tuba / Paul Lay : piano, Fender Rhodes / Raphaël Schwab : contrebasse / Stephan Caracci : vibraphone, glockenspiel, percussions / Rafaël Koerner batterie, percussions.

New Gary Burton Quartet

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New Gary Burton Quartet - Coutances - 9 mai 2013
Photo © Christian Ducasse

La carrière du vibraphoniste Gary Burton a été marquée par sa collaboration avec des guitaristes qu’il a souvent amenés sur le devant de la scène. Larry Coryell, Mick Goodrick, John Scofield, Pat Metheny, Ralph Towner ou Kurt Rosenwinkel ont ainsi fait entendre leurs cordes à ses côtés. Le dernier en date, Julien Lage n’est pas le moins impressionnant de la série, bien au contraire. Le jeune californien, né le jour de Noël 1987, a tout du prodige. Il a littéralement « scotché » les guitaristes présents dans la salle (comme le reste du public). Une technique aussi aboutie et un tel bagage musical portés avec simplicité, modestie et élégance ne peuvent que susciter admiration et émotion. Sur scène, Gary Burton veille sur sa jeune recrue (9 ans qu’ils jouent ensemble !) avec une grande bienveillance, très à l’écoute comme il l’est avec ses deux « vieux » complices Scott Colley (contrebasse) et Antonio Sanchez (batterie), une des plus belles sections rythmiques du jazz d’aujourd’hui.
De standards en compositions des uns et des autres (Colley, Sanchez et Lage, tous compositeurs de grand talent), le concert fut une balade dans l’histoire du jazz moderne... et du tango avec un très bel hommage à Astor Piazzola (Was it so long ago ?). On n’en a pas perdu une miette tant l’esprit du jazz et le bonheur de jouer étaient là. Dans l’oreille nous reste encore l’alliage subtil du vibraphone avec la sonorité veloutée acoustique-électrique subtilement dosée de la guitare de J. Lage. Un moment fort.

Joshua Redman Quartet

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Joshua Redman Quartet - Coutances - 9 mai 2013
Photo © Christian Ducasse

Nous n’avons pu assister à ce concert. Dommage sans doute. Christian Ducasse était présent, lui, et, comme à son habitude, il n’a pas manqué de nous en donner une image. « J’ai été agréablement surpris par les propositions et le jeu de Joshua Redman... » nous a-t-il écrit.
Un concert qui n’a cependant pas fait l’unanimité à écouter des avis glanés ici et là.

Joshua Redman : saxophone / Aaron Goldberg : piano / Reuben Rogers : contrebasse / Greg Hutchinson : batterie

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Vendredi 10 mai 2013.

Il y a des jours où l’on est moins disponible pour assister aux concerts mais comme le programme de Jazz sous les Pommiers est dense et se répartit tout au long de la journée (de la fin de matinée, presque jusqu’au petit matin suivant !), on peut compenser la frustration. Ce vendredi se déroula donc au régime « light ». Nous avons cependant pu écouter...

Avishai Cohen

Comment faire chavirer un public (en or !) déjà transporté par l’émotion ? En lui chantant « Alfonsina y el mar » (célèbre chanson signée Ramirez & Luna) avec spéciale dédicace « à sa belle épouse et à sa petite fille ». C’est ainsi qu’Avishai Cohen a conquis définitivement le cœur du public coutançais, seul avec sa contrebasse, en rappel (et pour les caméras de Mezzo a-t-il précisé. Il savait donc qu’il serait vu et entendu par ses belles reparties au foyer !).
Avant ce concert, nous vous avouerons, sans crainte de passer pour un bégueule, que pour nous ça n’était pas gagné d’avance. La précédente prestation du trio du contrebassiste virtuose à laquelle nous avions assisté et ses différents enregistrements ne nous ont jamais convaincus. Force est de reconnaître que le concert coutançais a remis nos pendules à l’heure (au moins provisoirement). Nous avons assisté à un très beau concert de jazz joué avec sincérité même si cette musique est très démonstrative et finalement bien peu innovante. Il faut saluer, outre le grand talent du contrebassiste leader, la science pianistique du pianiste Nitai Hershkovits et l’efficacité rythmique du jeune batteur Ofri Nehemya (19 ans !). Belle musique mais qui ne bouscule pas les cadres établis.

Fraser Fifield « Of Gauls & Gaels » (Création)

On peut légitimement se méfier des « créations » mises sur pied en assez peu de temps à la demande d’un festival qui se terminent souvent le nez dans les partitions avec une tension compréhensible. On a connu des exemples décevants dans le passé.
Un écueil évité par le quartet réuni autour du saxophoniste, flûtiste et joueur de cornemuse Fraser Fifield. L’écossais est venu avec un projet reposant en grand partie sur des mélodies traditionnelles (donc relativement simples) en misant essentiellement sur la mise en forme, l’orchestration, le traitement sonore de chaque pièce. Dans un esprit souvent assez proche de la rock-music « celtique », le quartet a su s’inventer un son et libérer son énergie sans trop de retenue. Une complicité, une certaine connivence même, semble s’être installée entre les trois français et l’écossais. Benjamin Flament (vibraphone) et Gilles Coronado (guitare) évoluent dans des univers proches et les connections entre eux étaient faciles à établir. Gildas Etévenard (batterie) est aussi un habitué des interactions entre improvisation et musiques traditionnelles dans sa collaboration avec le saxophoniste hongrois Akosh S., ce qui lui a permis d’être rapidement à l’aise dans ce contexte.
Par sa maîtrise des instruments traditionnels (sa flûte - une sorte de fifre grave - et la cornemuse) assortis d’un dosage mesuré des effets électroniques, Fraser Fifield crée une atmosphère envoûtante où s’insinuent les sonorités du vibraphone utilisé « façon Flament » (ce Benjamin est désormais un grand spécialiste de l’instrument !) et la guitare rockaillante d’un Gilles Coronado très à l’écoute et inspiré. La métrique est fixée avec autorité et souplesse par un batteur qui manie habilement les effets de couleurs métalliques par le recours à diverses percussions.
Un très beau travail qui explore des voies originales tout en restant parfaitement accessible aux oreilles curieuses et disponibles. Il serait dommage de ne pas poursuivre sur la voie qui se dessine. Espérons que...

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Samedi 11 mai 2013.

Suite et fin d’un parcours sans doute pointilliste dans le festival 2013. Une journée que nous aurons achevée... à Saint-Germain d’Ectot (Calvados), au DOC, un de ces petits lieux combatifs qui font vivre la culture au fil des mois, pour un concert d’exception que nous ne pouvions pas manquer...

Anne Paceo Quintet

Anne Paceo est vraiment épatante, pétillante, toujours souriante, drôle et naturelle. Un concentré de vitalité et une source intarissable de musicalité. Ça fait beaucoup de compliments, trouvez-vous sans doute, mais des concerts aussi rayonnants, on n’en écoute pas tous les jours. (Re)lisez donc ce que nous avions écrit lorsqu’elle s’était produite à Caen (25 janvier 2012) puis à propos de son disque qui aura bien fait couler notre encre virtuelle (ce qu’en dit Michel Delorme, par exemple) et vous comprendrez que ce quintet et le disque « Yokaï » ont marqué à leur manière singulière l’année 2012.

Anne Paceo -  voir en grand cette image
Anne Paceo
© T. Giard - CultureJazz.fr / Coutances - 11 mai 2013
Anne Paceo Quintet - Coutances - 11 mai 2013 -  voir en grand cette image
Anne Paceo Quintet - Coutances - 11 mai 2013
© T. Giard - CultureJazz.fr

À Coutances, nous retrouvons les mêmes qualités, intactes et même amplifiées par « l’effet festival ». Outre l’excellence des instrumentistes, c’est le talent de compositrice d’Anne Paceo qui frappe droit au cœur, cette façon d’inventer ou de « bricoler » des mélodies à partir de bribes entendues dans ses périples en Orient pour en faire de vraies chansons sans paroles (...ou presque puisqu’elle chante son Smile, un bel hymne au pouvoir du sourire). Des qualités dignes des plus grands faiseurs de la pop-music mais avec toute l’âme du jazz en plus. C’est simplement fascinant, vraiment emballant et intergénérationnel, des tout-petits (on a testé !) aux plus grands. Le bonheur universel n’est pas loin ?

Anne Paceo : batterie, voix / Leonardo Montana : piano / Pierre Perchaud : guitare / Stéphane Kerecki : contrebasse / Antonin-Tri Hoang : saxophone alto, clarinette basse

Vijay Iyer Trio

On a craint le pire.
Marcus Gilmore a beau être le petit-fils de Roy Haynes, un des batteurs les plus subtils de l’histoire du jazz, ça ne l’a pas empêché de cogner comme un sourd sur les deux premiers morceaux de ce concert très attendu. Un vrai rouleau compresseur lancé à vive allure qui a couvert les deux autres. On n’entendait plus ni le piano de Vijay Iyer ni la contrebasse de Matt Brewer  : un comble. Pas digne de l’héritage familial sur ce coup-là.
Heureusement, il s’est calmé et l’équilibre est revenu au bénéfice d’une ballade où toute la force intérieure de ce trio s’est révélée. À partir de ce moment, on est entré dans l’univers magique du pianiste, musicien curieux passionné de jazz et de tout le reste. Une culture énorme chez ce diplômé de physique et de mathématiques qui fait ses gammes comme un forcené à l’issue de la balance et concocte un programme où se retrouvent pêle-mêle (mais pas n’importe comment) le hip-hop le plus musclé (d’où la batterie folle !), un hommage plein tout en swing poétique avec Wildflower du pianiste Herbie Nichols (son préféré), une composition basée sur les formes de la musique électronique à la métrique insolite (Hook ?), un tube pop traité avec une grande finesse... Toute la musique du trio est impeccablement mise en place, organisée, travaillée mais profondément libre et inventive. De toute évidence, Vijay Iyer a mesuré la qualité d’écoute et d’attention du public et il a donné le maximum. Alors que tout aurait pu être gâché par l’ouverture assourdissante de Marcus Gilmore, il a su conquérir un auditoire qui lui a communiqué son enthousiasme par des applaudissements fournis.
Le rappel atteignit des sommets avec une remarquable interprétation Little Pocket Size Demons du saxophoniste Henry Threadgill, musicien qu’il admire et avec lequel il a travaillé. « Avez-vous entendu parler de lui ? » a-t-il demandé à l’assistance. Il est probable que peu de spectateurs le connaissent effectivement. Pourtant, au même moment Henry Threadgill et le groupe Zooid, une des formations phares du jazz contemporain qu’on entend trop rarement en France était au Mans, sans doute à l’heure de la balance avant leur concert le soir même dans le cadre de l’EuropaJazz Festival. Coïncidence...
Pour nous, ce fut la magnifique conclusion de ce festival.

Il était temps de prendre la route vers Saint-Germain d’Ectot dans le Calvados pour écouter une autre formation mythique du jazz d’aujourd’hui : le groupe AlasNoAxis du batteur-compositeur Jim Black, de passage au DOC. Ça ne pouvait pas se rater. Ce fut aussi un grand moment dans une semaine très riche... mais nous vous en parlerons très bientôt !

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Encore une sacrée semaine passée avec un succès énorme pour cette 32ème édition du festival Jazz Sous Les Pommiers (on parle d’un taux de remplissage à 95% !).
Nous n’aurons écouté qu’un nombre limité de concerts mais à chaque fois, il y a eu cette formidable attention d’un public ouvert, chaleureux, attentif, respectueux et une organisation irréprochable. Bravo !


Lire la première partie(du 4 au 7 mai).


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