« Le jazz tisse sa toile... »
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« Tremplin Jazz » d’Avignon 2015

24ème édition au Cloître des Carmes du 31 juillet au 5 août.

D 15 août 2015     H 16:39     A Florence Ducommun    


Le Tremplin Jazz ! Tout un (riche) programme : des concerts sur 4 soirées encadrent deux autres soirées réservées à de jeunes groupes européens qui concourent pour remporter d’une part le Grand Prix ( avec enregistrement et mixage dans l’année au très réputé Studio de la Buissonne de Pernes les Fontaines, auquel s’ajoute le passage en première partie d’un concert l’année suivante), le prix du meilleur instrumentiste et le prix de la meilleure composition ainsi que le Prix du Public (remise d’un chèque de 500 euro à chaque fois).

Vendredi 31 juillet :

Tricia Evy Quartet -  voir en grand cette image
Tricia Evy Quartet

[Cliquez sur les vignettes pour les agrandir. Diaporama et portfolio complets en bas de page.]
Tricia Evy inaugure les soirées avec la pluie en fin de premier morceau : « C’est la première fois que ça m’arrive !  » et voilà la chanteuse qui improvise sur « Singin’in the rain ». La pluie se calme, mais revient pour nous laisser ensuite tranquilles tout le temps du concert et se repointer vers la fin dans un grand éclat de rire de Tricia ! Très belle surprise que cette chanteuse d’origine guadeloupéenne dont le parcours débute en 2006 à son arrivée en Métropole, avec un premier disque « Beginning » en 2010 et dont le dernier CD « Meet me » vient de sortir. Accompagnée du pianiste David Fackeure, du batteur Jean-Philippe Fanfant et du contrebassiste Sébastien Girardot, elle a chanté avec beaucoup de talent et de grâce des reprises ( Entre autres un magnifique « I Fall in Love too easily », un impressionnant « On the sunny side of the street », une très belle réécriture de la « Samba Triste » de Baden Powell, « Pense à moi »), des compositions personnelles comme « Meet me on the bridge » (pont tendu entre la France et l’Australie pour retrouver son amoureux...) ou d’autres comme « Golden Earings », « Blow me away » ou encore la biguine « Mais ça pas possible ». C’est gai, enlevé, avec une voix chaude et beaucoup d’élégance.

Samedi 1er août :

Kevin Norwood Quartet -  voir en grand cette image
Kevin Norwood Quartet

Ouf, le soleil est revenu et nous évite le repli à l’église des Carmes tant la météo annoncée était désastreuse ! Le quartet de Kevin Norwood joue en première partie. Ce jeune avignonnais sorti de l’IMFP de Salon de Provence et du Conservatoire d’Avignon, a un très joli timbre de voix qui a retenu l’attention de David Linx en particulier. Après un premier album « Real Brother » en 2011, il sort sous le label de l’AJMI , « Reborn » (voir la « Pile de disques » de février 2015, ici !) . Uniquement des compositions personnelles, en commençant par « Half Moon Romance », puis « Real Brother » et terminant par ’Blues for Mac". Une déception en l’absence du batteur Cédric Bec remplacé par Antoine Muller qui assure cependant avec de jolis solos de batterie, tandis que le contrebassiste Sam Favreau et le pianiste Vincent Strazzieri tiennent bien leur place. On peut regretter la lenteur de la mise en place, les deux derniers morceaux étant le reflet parfait de ce qu’ils peuvent réellement jouer sans aucun doute.

Thomas Enhco -  voir en grand cette image
Thomas Enhco

Puis s’installe le trio de Thomas Enhco pour interpréter « Fireflies » sorti en 2012 : j’avoue être une inconditionnelle de ce jeune homme de 26 ans que j’écoute pour la troisième fois avec un plaisir qui s’intensifie ! Thomas Enhco n’est pas seulement le fils de, beau-fils ou petit-fils de, comme les mauvaises langues le disent ! Trop de notes ? les puristes souvent le soulignent mais il a un véritable talent, beaucoup de sensibilité et une virtuosité qui ne fait que progresser, car son jeu a encore mûri depuis le concert de Coutances en 2013 auquel j’avais assisté. Extrêmement bien entouré par son ami de toujours ( depuis l’age de 8 ans...) le batteur Nicolas Charlier, et le contrebassiste Matteo Bortone, complice de tout ses concerts, le succès hier soir a été total ! Commencé avec « La fenêtre et la pluie », puis un très joli « Beatrice » de Sam Rivers, en passant par « Wadi Ram » et « Je voulais te dire », il enchaîne avec une version caribbéenne d’une Arabesque opus 18 de Schumann, il fallait oser... Suivent « You’re just a ghost », « Gaston », un blues inspiré par son chien sautant sur le piano, avec un intéressant duo contrebasse-batterie et un non moins superbe solo de batterie ! Puis Thomas joue en solo « Letting you go » tiré de son dernier CD solo « Feathers » pour terminer avec « The outlaw » qui ouvrait Fireflies. Une reprise demandée à grands cris par le public sur « Les feuilles mortes » clôture très agréablement cette belle soirée sans prise de tête.

Dimanche 2 août :

Leonard Huhn & Stefan Schönegg -  voir en grand cette image
Leonard Huhn & Stefan Schönegg

Die Fichten passent en première partie : ce trio allemand issu de Cologne, sélectionné l’an dernier par le Jury du Tremplin, nous a encore estomaqués et emportés ! C’était encore meilleur que l’an passé, lyrique, imaginatif, joyeux et cohérent ! Le saxophoniste Léonard Huhn est brillant et tire de son saxophone alto le meilleur par ses postures et parfois même une bouteille de plastique dans le pavillon ; le contrebassiste Stefan Schönegg fait de la broderie ; quant à Dominik Mahnig, je ne sais pas si on peut l’égaler dans son élasticité et imagination débridée... Si, peut-être Edward Perraud ! Les compositions sont toutes personnelles, pleines d’humour comme le « Blues for Léo » composé par le contrebassiste pour Léonard Huhn, mais dédié à Dominik Mahnig ! Un triomphe et sans doute un bel avenir !

Guillaume Perret -  voir en grand cette image
Guillaume Perret

Lui fait suite en grand écart, comme pour montrer la palette immense du mot jazz, Guillaume Perret & The Electric Epic. Mais est ce encore du jazz ? On pouvait se le demander, comme nombre de spectateurs ce soir-là. Jazz fusion entre le rock et surtout le metal, avec des aficionados venus de tout le secteur, Perret a encore séduit un certain public, malgré de grosses difficultés techniques dès le début du concert. Pas mal de monde part dès les premières minutes, dont moi-même, patientant toutefois 45 minutes, en disant que ça allait démarrer avec de bonnes conditions acoustiques vu l’ampleur de la scène. À d’autres occasions en effet ( Le Triton, Le Cabaret Sauvage ou Coutances), les décibels gâchent énormément l’écoute... Ce n’est pas ça qui m’a gênée ce soir là... C’est plutôt l’impression d’entendre un discours musical qui n’évolue pas, avec des musiciens dont je ne remets pas en cause le talent évidemment, surtout Yoann Serra à la batterie, avec Nenad Gajin excellent à la guitare, surtout lorsqu’il temporise et attend le retour de Perret parti essayer de régler ses micros, et Laurent David à la basse ( quoique je préférais le guitariste Jim Grandcamp et le bassiste Philippe Bussonnet). Les langues vont bon train le lendemain et ce serait bien que les critiques négatives soient acceptées et que ceux qui osent les écrire ne soient pas aussitôt ostracisés...

Suivent les 2 soirées des lundi 3 et mardi 4 août, dont l’entrée est gratuite pour le concours du Tremplin Jazz.

The Duet -  voir en grand cette image
The Duet

The Duet passe en premier : le pianiste Alberto Bellavia et le saxophoniste Roberto Rebufello (saxophones alto, soprano et baryton) ont remporté en 2011 la quatrième édition de la Waltex Jazz Competition à Pérouges avec leur disque « Jokes in the sky ». Un second CD est produit en 2013 « La Stanza delle marionette » et en 2014 sort « The long Journey of the Snail ». Des compositions originales, synthèse de leur formation à la fois classique et jazz, qui ne convainquent toutefois pas le Jury et c’est bien dommage, car ce fut une première partie délicieuse. Il a été argué de leur association date de 12 ans avec 3 albums déjà produits... À écouter sur : soundcloud.com/albertobellavia

Le duo belge Schntzl (escalope panée en flamand ! ) prend la suite : deux très jeunes musiciens ! puisque le pianiste Hendrik Lasure a 17 ans et que le batteur Casper Van de Velde en a 19. Ils jouent ensemble depuis 2009 et en duo depuis 1 an avec un premier CD, « Bamboo », à leur actif, fait de compositions originales. La reprise de « Moon River » , tout en économie, séduit beaucoup, le public est silencieux et attentif. Les influences sont visibles mais bien assimilées. Jeu simplissime où peu de notes suffisent à dire l’indicible, ou manque d’imagination ? Je penchais pour cette dernière hypothèse, mais le Jury lui décernera le Prix de la Composition, ainsi que le Prix du meilleur instrumentiste pour Casper Van de Velde.
Ècoute possible sur : schntzl.bandcamp.com/bamboo

Raven finit cette première soirée. Né en 2014 de la plume du chanteur, compositeur et joueur de mellophone (proche du cor) Manu Domergue, avec Raphael Illes aux saxophones, Damien Varaillon-Laborie à la contrebasse et Nicolas Grupp à la batterie, ce groupe a indisposé le Jury par la forte présence du chanteur et de la partie presque théâtrale. Il a aussi à son actif déjà de nombreux prix, en particulier le premier prix et Prix du Public au Crest Jazz Vocal 2013, ainsi qu’une Révélation du magazine Jazz News avec leur nouvel album « Chercheur d’orages » (chronique CultureJazz.fr en novembre 2014), ce qui n’en faisait pas le candidat idéal pour un Tremplin dont le but est de « révéler » un talent caché. C’est fort dommage, car l’album est superbe mais n’a pas été rendu correctement à Avignon. Parions que Manu Domergue n’avait pas besoin de prix pour faire carrière ! Visitez son site et écoutez sur : www.ravenproject.fr.

Les Comptes de Korsakoff ou LCDK pour les intimes ouvrent la seconde soirée. Originaire de Chambéry, ce groupe a été fondé par Quentin Lavy à la batterie et Geoffrey Grangé à la basse et chant. Accompagnés de Christophe Blond au piano, Diego Fano au saxophone, Paco Andréo au trombone et Guillaume Pluton à la trompette. Ils ont déjà trois disques à leur actif et la géométrie en est variable, puisqu’ils sont même neuf sur le dernier opus « Le Projectionniste ». Une très belle « Heure du loup » où la trompette me séduit énormément. Mais malgré la bonne cohésion des excellents musiciens et une ambiance prenante que j’ai beaucoup aimée, c’est le batteur qui n’a pas plu au Jury, avec un jeu trop peu nuancé dans la dernière suite en 3 parties. Dommage, c’était fort novateur, mais pas pas vraiment jazz selon certains.
À visiter sur : lescomptesdekorsakoff.com et écouter sur lescomptesdekorsakoff.bandcamp.com

Thibault Gomez Quintet -  voir en grand cette image
Thibault Gomez Quintet

Le Thibault Gomez quintet enchaîne et beaucoup se disent : « Enfin du jazz » ! Un groupe jeune, sans enregistrement à leur actif, de très haute qualité créé par le pianiste Thibault Gomez et le tromboniste Robinson Khoury ( que l’on retrouvera le lendemain dans le groupe Uptake) avec le saxophoniste Pierre Lapprand, le contrebassiste Etienne Renard et le batteur Benoit Joblot. Plusieurs influences surtout hard-bop décelables dans des compositions personnelles, une qualité de jeu irréprochable : ça joue ! Et c’est bien ça qui a convaincu le Jury de leur attribuer le Premier prix qui a d’ailleurs coincidé avec le Prix du Public, ce qui est plutôt rare... S’il n’y avait la présence du duo Schntzl, ce groupe remportait tous les prix...

Inez Quintet originaire de la Sarre termine cette série assez hétéroclite. Commencé avec le pianiste Christian Pabst et la chanteuse Inéz Schaefer dans un duo très séduisant «  I’m old fashioned » où sa voix fait merveille ainsi que sa façon de se mouvoir sur la scène, le reste ne convainc pas. Une voix proche de celle de Björk sans l’égaler mais une tenue de scène discutable type fée Clochette, et une suite plus proche de la pop que du jazz ! avec André Nendza à la basse, Matthias Kurth à la guitare et Damien Kappenstein à la batterie font décrocher très vite hélas, surtout lorsque la chanteuse s’essaie à faire chanter le public et fait la promotion de son CD au titre éponyme, se croyant en concert et non en concours... À écouter sur soundcloud.com/inez-schaefer

Mercredi 5 août :

Uptake -  voir en grand cette image
Uptake

Le groupe Uptake en première partie : un gros coup de cœur pour ces quatre talentueux jeunes musiciens sur lesquels les fées ont du se poser à la naissance : venus de la scène rhodanienne, il y a Robinson Khoury au trombone (qui était la veille dans le groupe qui a remporté le concours du tremplin, le Thibault Gomez Quintet), Paul Berne à la batterie ( fils du contrebassiste Pascal Berne ), Pierre Gibbe à la basse et contrebasse, et Bastien Brison au piano. Très belles compositions qui ont abouti à un disque sorti en mai sous le label Jazz Village (Harmonia Mundi), « So far So good », avec parfois une influence me faisant penser à Avishai Cohen (le contrebassiste) surtout lorsque R Khoury chante ( est ce bien utile ? ). Ils ont joué une partie de leur disque ( Days in Montreuil, Awake, où le trombone a voix humaine... Dreamcatcher, Babeth) et d’autres comme Sunlight in Linsoul, en référence à Oulins où ils répètent, Childhood, et une très belle reprise, à la fin, de My favorite Things.
Voir la chronique de sortie de CD (Thierry Giard-CultureJazz.fr, ici !).
Ils ont été lauréats du concours RéZZo FOCAL Jazz à Vienne 2014 et ont remporté le Tremplin Jazz de la Défense. À suivre de près et voir leur site uptakemusic.com

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Robin McKelle & The Flystones

Robin McKELLE & The Flytones prend la suite en seconde partie : le jazz vient du blues et ce soir là, ce sont les racines du jazz, « The heart of Memphis », qui ont été mises à nu avec une bombe explosive ! Un concert détonnant, plein de rires, qui a fait lever et danser les spectateurs, avec un engagement total de Robin McKelle ! Elle invective le public, rivalise avec Tina Turner, termine avec « Take me to the river » de Al Green et revient pour un très beau duo avec le bassiste sur « I’m a fool to want you  ». Une pile électrique qui nous a transmis son énergie pour les jours à venir ! Avec Al Street à la guitare, Ben Stivers aux claviers, Fred Cash Jr à la basse et Bill Campbell à la batterie. Et un spectateur qui sifflait à merveille et qui a eu sa minute de gloire avec Robin !

Cette soirée aura été survolée par un drone de la société Product-Air ( vimeo.com/135608734 ) qui a fait la surprise au début en s’envolant du haut du Cloître pour fixer la scène où tous les bénévoles ( ils sont 48 ) et responsables du festival étaient fort applaudis pour leur implication de tous les instants ! L’année prochaine, le Tremplin Jazz Avignon fêtera ses 25 ans de bons et loyaux services. Qu’on se le dise ! d’après certaines informations, ce sera une édition anniversaire flamboyante dont on se souviendra ! Et je finirai par un immense merci à toute l’équipe qui m’a fait confiance et aux membres du Jury qui m’ont énormément appris !

Tricia Evy Quartet Tricia Evy Kevin Norwood Quartet Thomas Enhco Trio Thomas Enhco Thomas Enhco Trio Leonard Huhn & Stefan Schönegg Domnik Mahnig Die Fichten Guillaume Perret Yoann Serra Laurent David The Duet Thibault Gomez Quintet Pierre Gibbe Bastien Brison Uptake Robinson Khoury Uptake Robin McKelle Robin McKelle et ? Robin McKelle & The Flystones Robin McKelle & The Flystones Kevin Norwood & Sam Favreau

> Pour aller plus loin :

Retrouvez le détail de ces journées à travers les articles postés au jour-le-jour dans nos pages « satellites », sur Google+ ici... et sur Facebook, là !

Portfolio

  • Tricia Evy
  • Thomas Enhco Trio
  • Thomas Enhco Trio
  • Domnik Mahnig
  • Die Fichten
  • Yoann Serra
  • Laurent David
  • Pierre Gibbe
  • Bastien Brison
  • Robinson Khoury
  • Uptake
  • Robin McKelle
  • Robin McKelle et ?
  • Robin McKelle & The Flystones
  • Kevin Norwood & Sam Favreau