« Le jazz tisse sa toile... »
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Vitrine de 5 disques pour janvier 2016.

D 17 janvier 2016     H 06:30     A Florence Ducommun, Yves Dorison    


Cinq disques qui ont retenu l’attention de Florence Ducommun et Yves Dorison pour ce début 2016 :


Maria Laura BACCARINI – Régis HUBY : « Gaber, io e le cose »

Maria Laura BACCARINI – Régis HUBY : « Gaber, io e le cose » -  voir en grand cette image
Maria Laura BACCARINI – Régis HUBY : « Gaber, io e le cose »
Abalone
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On aime !

Maria Laura Baccarini est une star discrète, une étoile étincelante dans un feu d’artifice qu’il serait réducteur d’enfermer dans une seule étiquette. C’est une artiste complète qui joue en Italie où elle est née, mais qui s’est aussi illustrée aux États-Unis et en Grande Bretagne. En France depuis 2004, elle commence avec la « Nuit Américaine » de Lambert Wilson et enchaîne les créations. Pour qui a eu la chance de la voir chanter, c’est un coup de cœur à chaque fois, et son dernier disque avec le violoniste Régis Huby, son compagnon sur la scène comme dans la vie, en est la parfaite illustration. En l’écoutant un dimanche de janvier, ce fut le printemps avant l’heure, le soleil dans le brouillard ambiant et un vrai coup de foudre musical une fois de plus.

Point n’est besoin de la voir pour sentir la passion qui l’habite lorsqu’elle chante les textes de Giorgio Gaber, chanteur compositeur et poète italien, né en 1939 et disparu le 1er janvier 2003. Ayant connu son heure de gloire à la télévision italienne, il avait disparu des écrans radars plus de 20 ans avant de réapparaître sur le tard et dénoncer les imbécillités de nos manières de vivre et la politique de son pays. Il y avait en lui du Jacques Brel qu’il admirait beaucoup, du Georges Brassens et et du Léo Ferré tout à la fois. Ce constat anticonformiste transpire à travers cette magnifique interprétation de Maria Laura Baccarini, arrangée par Régis Huby qui l’accompagne de son violon comme lui seul sait le faire, avec ou sans archet, avec amour c’est manifeste. Et point n’est besoin de comprendre l’italien pour le sentir, langue chantante et musicale, la plus belle langue du monde assurément...

"Non insegnate ai bambini
non insegnate la vostra morale
è così stanca e malata
potrebbe far male
forse una grave imprudenza
è lasciarli in balia di una falsa coscienza.
"

Tout est dit... écoutez vite ce disque majeur à tous points de vue !

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Ole Kock HANSEN – Thomas FONNESBÆK : « Fine Together // Nordik Moods »

Ole Kock HANSEN – Thomas FONNESBÆK : « Fine Together // Nordik Moods » -  voir en grand cette image
Ole Kock HANSEN – Thomas FONNESBÆK : « Fine Together // Nordik Moods »
Stunt
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On aime !

Il y a fort à parier que ce CD ne dérangera pas grand monde. Trop doux, trop paisible, trop mélodique, trop musical, trop simple, trop évident, trop mélancolique, trop sensible. Souvent, il m’arrive cependant de penser qu’un bon musicien, c’est un individu qui sait s’occuper du temps qui passe et, plus encore, le partager. À cette aune, les deux danois ont réalisé le disque parfait. Il y a évidemment une parenté marquée avec le disque que NHØP et Kenneth Knudsen firent en 1975, « Pictures » et, je l’avoue bien volontiers, cela me procure un plaisir certain, d’autant plus que cet aspect de la musique folklorique nordique mêlée à un jazz lumineux fut mis en lumière à cette période par NHØP lui-même. Alors, sachant que plus personne aujourd’hui n’écoute encore ses disques, cela me plaît. Cet espèce de blues hyperboréen, de jazz septentrional, conviendra à celles et ceux qui aiment à se laisser aller, à se laisser rêver, rêvasser, en bonne compagnie ou seul, mais dans le silence feutré d’un lieu calme et serein. L’équanimité est gratuite, profitez-en pendant les soldes et au-delà si affinité. Ole Kock Hansen est, avec cet enregistrement, fidèle à la mémoire de son ami d’enfance ; y a-t-il quelqu’un pour le lui reprocher ?

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Bernard JEAN Quartet : « If Love Could Last Forever… AJMILive#9 »

Bernard JEAN Quartet : « If Love Could Last Forever… » -  voir en grand cette image
Bernard JEAN Quartet : « If Love Could Last Forever… »
LP AJMILive #9
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On aime !

Bernard Jean pose la question en musique, quand Alain Finkielkraut la posait en littérature... Quelques notes introductives du vibraphoniste en mode « Le Matin des Noires » d’Archie Shepp et c’est joyeusement parti pour que le titre du disque au conditionnel reçoive une réponse positive. Accompagné de Benoit Thévenot au piano, de François-Régis Gallix à la contrebasse et Stéphane Foucher à la batterie, Bernard Jean a enregistré ce vinyle à l’AJMI d’Avignon le 24 octobre 2014 en live. Dédicacé par le vibraphoniste américain Joe Locke, les quatre compositions originales ont une couleur variable comme l’Amour et c’est un disque lumineux, harmonieux et résolument optimiste. Bernard Jean n’y interroge pas que l’Amour ( Le premier titre est dédié à sa compagne) mais également l’Amitié dans « A New Colour/Searching » , quand « Steve’s Way » est lui, adressé à Steve Grossman.

Bernard Jean transcende les influences de ses « pères » en phrases à la fois percutantes et déliées, très mélodieuses, laissant une jolie place à ses compagnons avec de superbes chorus pour chacun (en bonus, un solo du batteur sur la plage 4 qui force le respect !). Le pianiste est souple et chantant, la contrebasse rassurante et le batteur attentif. On connaît la manière dont Bernard Jean habite littéralement ses morceaux et cela se sent immédiatement dans un jeu rempli de passion qui transmute le métal en spirituel. Bernard Jean est un alchimiste du vibraphone...

Voilà donc un disque de l’équilibre et de la sérénité, de la maturité ? En tout cas, un disque heureux qui aurait pu s’intituler « Plus qu’hier et moins bien que demain » tant l’écriture du leader et son interprétation se bonifient à chaque opus. Si l’Amour durait, Bernard Jean en serait le troubadour...

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Doug MAC DONALD : « Solo Plus »

Doug MACDONALD : « Solo Plus » -  voir en grand cette image
Doug MACDONALD : « Solo Plus »
Dmac Music - BluJazz
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On aime !

Le fantôme de Joe passe par la guitare de Doug Mac Donald ainsi qu’une certaine tradition de la guitare jazz englobant les Christian, Kessel, Ellis, Byrd, Lowe, Farlow et consorts, tous fervents défenseurs d’une esthétique qui parait pour beaucoup d’oreilles du XXIème siècle datée. Mais ici comme dans le disque de Ole Kock Hansen chroniqué ci-avant, tout est affaire de positionnement. Soit vous attendez d’un nouveau disque qu’il défriche obligatoirement des terres immaculées, soit vous acceptez l’idée selon laquelle cette musique était vraiment bonne, novatrice en son temps, et que, conséquemment, elle l’est encore de nos jours (après tout, le changement, c’est seulement pour demain). Si vous adoptez cette façon de voir et concevoir, alors vous écoutez un guitariste parfaitement maître de son instrument, un type qui a joué avec tout le gratin (Stan Getz, George Shearing, Joe Williams, Sarah Vaughan, Ray Brown, Buddy Rich, Dave McKenna, Scott Hamilton, Ray Charles and Rosemary Clooney, Joe Pass and Herb Ellis, Ray Brown, Jake Hanna, Hank Jones, Jack Sheldon, the Clayton/Hamilton Jazz Orchestra, etc…), un illustrissime inconnu qui fait taire les grincheux avec deux accords et trois notes. L’attaque est ronde et ferme, le discours est aussi complexe que limpide. C’est créatif, très, et virtuose, juste assez pour ne pas lasser. Bref, c’est une leçon d’élégance où se côtoient standards et compositions originales dans l’ambiance détendue d’un club.

. ::YD ::.


Ben MONDER : « Amorphae »

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Ben MONDER : « Amorphae »
ECM
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On aime !

Quel drôle de titre pour cet album qui n’a rien d’amorphe comme le lui reprochait une critique récente. Ambiance, ambiance... on décroche et c’est fort bien, on se laisse aller ! Conçu au départ en 2010 avec le batteur Paul Motian pour une série de duos, le projet du guitariste américain Ben Monder dut évoluer à la suite du décès de Motian pour être repris en 2013 avec un autre non moins brillant batteur Andrew Cyrille, auquel s’est ajouté Pete Rende aux synthétiseurs (plages 4 et 5). D’où une grande souplesse et variabilité entre solos de Monder en introduction et final, duos avec chacun des deux batteurs ou trios avec Andrew Cyrille et Pete Rende.

Des titres improbables et totalement exotiques pour des compositions originales, exceptée « Oh What a Beautiful Morning », standard d’ouverture du film musical Oklahoma, comédie musicale créée pour Broadway par Oscar Hammerstein II et Richard Rodgers en 1943. Superbe revisite avec Paul Motian de ce morceau immortalisé aussi par Sinatra et Ray Charles entre autres. Il n’y manque que la voix de David Bowie disparu ce 10 janvier et qui avait choisi non sans raison Ben Monder comme guitariste de son dernier disque Blackstar. « Tumid Cenobite » et « Hematophagy » avec Andrew Cyrille (si, si, ce sont les titres !) sont des bijoux d’épure minimaliste où quelques notes suffisent, sortes de haikus hypnotiques. « Gamma Crucis » et surtout « Zythum » en trio amènent une troisième dimension avec les plages de synthétiseur de Pete Rende, tapis magique pour s’envoler sans adjuvant... En ce qui concerne « Triffids », second duo avec Paul Motian, on a un exemple de l’art de ne pas y toucher de ce dernier, c’est incroyable... Quant aux solos aériens de Monder, pour ma part, c’est la chair de poule assurée !

Alors, prêts pour le voyage ?

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Les références et liens :

Maria Laura BACCARINI – Régis HUBY : « Gaber, io e le cose »

Ce disque figure également dans la « Pile de disques » de janvier 2016 / lire ici !

> Abalone - AB021 / L’Autre Distribution

Maria Laura Baccarini : voix / Régis Huby : violon acoustique, violon ténor électroacoustique, violon électrique, effets

01. Il dilemma / 02. Cerco un gesto naturale / 03. guardatemi bene / 04. L’illogica allegria / 05. L’Uomo muore / 06. Il luogo del pensiero / 07. L’impotenza / 08. La massa / 09. Polli d’allevamento / 10. Non insegnate ai bambini / 11. Mi fa male il mondo / 12. verso il terzo millennio / 13. Io e le cose // Compositions de Giorgio Gaber et Sandro Luporini // Enregistré en France en janvier et juillet 2015.

Ole Kock HANSEN – Thomas FONNESBÆK : « Fine Together // Nordik Moods »

Ce disque figure également dans la « Pile de disques » de janvier 2016 / lire ici !

> Stunt - STUCD 15182 / UVM

Ole Kock Hansen : piano / Thomas Fonnesbæk : contrebasse

01. O, Tysta Ensamhet (Trad.) / 02. Sofdu, Unga Ástin (Trad.) / 03. Den Største Sorg I Verden Her Er Dog At Miste Den, Man Har Kær (Trad.)/ 04. Jeg Gik Mig Ud En Sommerdag (Trad.) / 05. Natten Er Så Stille (C. E. F. Weise) / 06. Fine Together (Lars Gullin) / 07. Those Who Were (Niels-Henning Ørsted Pedersen) / 08. Bell (Leo Mathisen) / 09. Nocturne (Evart Taube) / 10. My Little Anna (Niels-Henning Ørsted Pedersen) / 11. Altid Frejdig, Når Du Går (C.E.F. Weyse) / 12. En S Jöman Älskar Havets Våg (Trad. ) / 13. Spring Waltz (Thomas Fonnesbæk) / 14. Uncharted Land (Niels- Henning Ørsted Pedersen) / 15. Blues For The Lion (Ole Kock Hansen) / 16. Afsted, Afsted ! I Danske Helte (Trad.) // Enregistré à Gothengurg (Suède) en août et septembre 2015.

Bernard JEAN Quartet : « If Love Could Last Forever... // Si l’amour durait… AJMILive#9 »

> Disque vinyle 30cm en vente sur le site de l’artiste : www.bernardjeanvibraphone.com
> en numérique : AJMILive - #9 / Absilone

Bernard Jean : vibraphone / Benoît Thevenot : piano / François Gallix : contrebasse / Stéphane Foucher : batterie

01. You and the Light, In The Ochre Shades / 02. If Love Could Last Forever / 03. Steve’s Way 1 / 04. A New Colour Searching // Enregistré à l’AJMI (Avignon, 84) le 24 octobre 2014.

Doug MAC DONALD : « Solo Plus »

Ce disque figure également dans la « Pile de disques » de janvier 2016 / lire ici !

> Dmac music – Blu Jazz productions - BJ3432 / Socadisc (parution le 29/01/2016)

Doug Mac Donald : guitare

01. You Stepped Out of a Dream (Brown) / 02. Triste (Jobim) / 03. Umbrella Waltz (Van Hoofe) / 04. I’m Through with Love (Kahn) - Stairway to the stars (Malneck-Signorelli) - These Foolish Things (Strachey) / 05. If I Had You (Campbell-Connelly) / 06. Wave (CR Smith) / 07. Autumn in NY (V Duke) - Chatsworth Minor Blues / 08. Laura (Mercer) / 09. Gentle Rain - Corcovado (Jobim) / 10. Out of Nowhere (J Tenor) - The Song is You (Hammerstein-Kern) / 11. I Don’t Stand a Chance with You (Young-Cosby-Chappell) / 12. Blues in the World / 13. Bandera / 14. Darn that Dream // Enregistré en Californie le 18 août 2014.

Ben MONDER : « Amorphae »

Ce disque figure également dans la « Pile de disques » de janvier 2016 / lire ici !

> ECM - 471 9555 / Universal (partion le 15/01/2016)

Ben Monder : guitare électrique, guitare baryton / Pete Rende : synthétiseur / Andrew Cyrille : batterie, percussions / Paul Motian, batterie sur 2, 6, 8

01. Tendrils (Ben Monder) / 02. Oh, What A Beautiful Morning (Rodgers & Hammerstein) / 03. Tumid Cenobite (Ben Monder, Andrew Cyrille) / 04. Gamma Crucis (Ben Monder, Pete Rende, Andrew Cyrille) / 05. Zythum (Ben Monder, Pete Rende, Andrew Cyrille) / 06. Triffids (Ben Monder, Paul Motian) / 07. Hematophagy (Ben Monder, Andrew Cyrille) / 08. Dinosaur Skies (Ben Monder) // Enregistré à Brooklyn (New York) en octobre 2010 et décembre 2013.