« Le jazz tisse sa toile... »
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Ouistreham Jazz Escales 2016

Chantons en apnée !

D 14 février 2016     H 23:16     A Jean-Louis Libois    


10 ans ça se fête” peut-on lire sur le T-shirt des nombreux bénévoles. Ça se fête en chanson bien sûr. D’où une programmation qui fait la part belle aux chanteurs (et chanteuses) et à la chanson.

Première escale en guise d’inauguration de cette semaine de ”Jazz and Songs” à Ouistreham Riva-Bella (Calvados) avec comme il se doit le Ouistreham Jazz Big Band (L’ OJBB) et une voix montante, le chanteur Loïs Le Van. Cette formation composée de musiciens amateurs très éclairés voire professionnels venus de la cité balnéaire, de Caen et d’ailleurs (un pianiste parisien) du même coup sonne bien. Loïs Le Van peut entamer dès lors une première partie avec ses propres compositions arrangées pour l’occasion. Sa voix retient immédiatement l’attention par sa justesse, sa précision et sa mise en place. Il n’a pas été l’élève de David Linx pour rien (qu’on pourra voir à l’occasion de la Nuit du Jazz 2016 au Théâtre de Caen en mars prochain) et il n’est pas le contemporain de Jamie Cullum sans qu’on le remarque. Il connaît également bien ses classiques avec des accents qui ne sont pas sans rappeler ceux d’un certain du Chet Baker, crooner malgré lui.

Loïs Le Van et le Ouistreham Jazz Big Band -  voir en grand cette image
Loïs Le Van et le Ouistreham Jazz Big Band

La seconde partie était pour Loïs Le Van le prétexte à se confronter non seulement à un répertoire de standards mais aussi à l’interprétation de “l’homme à la voix d’or”. (À quand d’alleurs la réalisation -toujours en projet- du film de Scorsese consacré au chanteur-comédien Sinatra : Scorsese qui connait bien la musique, le “milieu” et le cinéma ?). Rivaliser ne servirait à rien, réinterpréter sans trop s’éloigner du modèle est en revanche un parti-pris qui fonctionne. Et l’on a plaisir à entendre à la fois les arrangements du Big band emmené par Vincent Requeut, la reprise des compositions du maître par un jeune prétendant à la -relativement peu longue- lignée des chanteurs de jazz et les standards eux-mêmes. Et ce n’est pas un hasard si le second rappel conclut ce tour de chant par le célébrissime « New-York, New-York » qui donne son titre à une comédie musicale (1977) à tort décriée en son temps …de Scorsese himself.

Le quartet Verona invite Misja Fitzgerald Michel -  voir en grand cette image
Le quartet Verona invite Misja Fitzgerald Michel

« Folksongs et chanson française » au menu de l’escale du mercredi soir qui se déroule à nouveau en deux temps mais avec deux formations différentes cette fois-ci. D’abord le quartette caennais bien connu et reconnu Verona (Remi Garçon, saxophone, Bernard Cochin, contrebasse, Ariel Mamane, batterie) autour du pianiste François Chesnel et son invité le guitariste Misja Fitzgerald Michel pour un set en hommage aux compostions folk de Neil Young et Joni Mitchell subtilement arrangées. Mission accomplie autour de cette guitare acoustique à haute musicalité sous les doigts de celui qui a été aussi bien l’élève de François Jeanneau que de Billy Harper… et qui a enregistré avec Ravi Coltrane et la jeune scène indépendante new-yorkaise.
Second set en compagnie de la chanteuse « montante » Virginie Teychené et son trio piano (Stéphane Bernard), basse (Gérard Morin), batterie (Jean-Pierre Arnaud). Estampillé « chanson française » à juste titre son dernier album «  Encore »ne doit pas faire oublier que trois autres consacrés aux standards le précédent et qu’en matière de jazz vocal tout commence par le scat. Et c’est bien avec deux compositions « scatées » qu’elle ouvre et clôture son tour de chant ; l’une étant empruntée au pianiste Duke Ellington, l’autre à la chanteuse Peggy Lee.

Virginie Teychené -  voir en grand cette image
Virginie Teychené

C’est en effet en instrumentalisant la voix que le jazz s’est approprié à coup sûr la chanson qui est souvent à l’origine. Cela Virginie Teychené sait très bien le faire. De même pas de jazz vocal sans un détour par le Brésil. Un duo voix-batterie fera merveille à cet effet. Après, bien sûr, elle peut convoquer sur scène le si désespérant « Bal perdu » de Bourvil, le vénéneux « Madame rêve » de Bashung avant d’ oser se confronter au génial « À bout de souffle » de Nougaro inspiré par Dave Brubeck ! Le tout avec beaucoup de conviction, d’énergie et d’élégance.
Comme là encore, tout finit par le cinéma, c’est au film« Autopsie d’un meurtre » (1959) du viennois Otto Preminger que la chanteuse empruntera son dernier titre, celui précisément popularisé par Peggy Lee !

Soirée probablement la plus contrastée, celle qui associait ce vendredi 5 février mélodies françaises et musique électro-pop. Et ce d’autant plus que cette soirée entretenait avec le jazz une relation nettement plus lâche. Pourtant dans les deux cas le chant avait sa place avec notamment, bien sûr, le duo piano (Denis Badault)-voix (Eric Lareine)et dans une mesure moindre avec le percussif Magnetic Ensemble. L’aurore du XIXème et l’aube du XXIéme réunis en une même soirée !

Denis Badault et Eric Lareine -  voir en grand cette image
Denis Badault et Eric Lareine

Il est vrai que le duo n’a pas manqué d’ajouter aux poètes Verlaine, Baudelaire, Hugo les noms de Brassens et Gainsbourg et que pour favoriser la jonction aux airs de Fauré, Honegger, Ravel d’associer des arrangements à l’improvisation tout droit venue du jazz. Le résultat surprend mais ne manque pas charme. Ce chanteur issu du rock théâtralise les textes et l’on se surprend à comprendre enfin ce « Long du quai » si bouleversant de Sully Prudhomme par exemple. Ou à comparer son « Invitation au voyage » de Baudelaire à celle canonique de Léo Ferré ou bien encore plus récemment à celle superbe mi jazz- mi fado de la chanteuse portugaise Cristina Branco.

Disposition circulaire, néons qui scintillent sur scène, brouillards artificiels, débauche d’instruments percussifs (vibraphone, piano préparé, synthétiseur et instruments divers …) constituent l’environnement original où cinq musiciens vont évoluer ou plus exactement œuvrer tels les ouvriers d’une forge où le rythme des coups étincelle.

Magnetic Ensemble -  voir en grand cette image
Magnetic Ensemble

On se croirait presque dans le célèbre chœur des forgerons du « Trouvère » de Verdi corrigé par Philip Glass !
C’est assez fascinant, il faut bien le dire .La voix (sixième musicien) portée par une jeune femme apporte une touche poétique dans cet univers quelque peu mécanique-répétitif . La qualification de « techno-artisanale » pour désigner la musique de Magnetic Ensemble par son leader Antonin Leymarie est bien vue. De la même manière que le musicien Thomas de Pourquery était invité à rejoindre le groupe lors de la dernière édition du festival « Banlieues bleues », le chanteur Eric Lareine reprenait du service le temps d’un titre.

Soirée des contrastes disions-nous. Le jazz, c’est aussi cela : le mélange des genres.
Alors pour clôturer cette semaine qui comprenait aussi bien en avant-première le documentaire consacré à la chanteuse Janis Joplin, « Janis » que la rencontre avec la chorale gospel et les ateliers jazz de l’Ecole de musique dirigée par le responsable de ce festival, Jérôme Boulay ainsi qu’une escale tango avec 700 élèves de la région, le public était convié à rejoindre Laurent Dehors (déjà invité pour l’édition jazz et classique de 2014) et son ensemble Tous Dehors pour un concert/bal années 20/40.(auquel nous n’avons pas assisté) en guise de feu d’artifice pour fêter ces dix années d’existence et de découvertes.

Ouistreham Jazz Escales 2016, « Jazz and Songs » du 31 janvier au 6 février, Salle Legoupil, Ouistreham

Merci aux photographes Yvon Georget, Serge Douillet et Bernard Colin ainsi qu’à Jérôme Boulay et l’équipe des Ouistreham Jazz Escales !

Loïs Le Van et le Ouistreham Jazz Big Band Le quartet Verona invite Misja Fitzgerald Michel Virginie Teychené Denis Badault et Eric Lareine Magnetic Ensemble

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