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« Un Mois de Jazz en Normandie 2016 » (Focus Jazz)

10 ans !

D 2 avril 2016     H 16:00     A Jean-Louis Libois, Thierry Giard    


Voilà 10 ans déjà que le Réseau « Focus Jazz » coordonne des actions permettant de mettre le jazz en lumière chaque mois de mars en Basse-Normandie. Désormais, c’est sur l’ensemble de la région Normandie. (www.focusjazz.fr)

Nous avons assisté, très ponctuellement, à quelques concerts. Vous en trouverez les échos ici, provenant, pour une partie, de nos pages « satellites », Facebook et Google+ sur lesquelles ils ont été publiés.


MOUTIN FACTORY QUINTET

> Caen le 12 mars 2016 (Jazz dans les Foyers)

Christophe Monniot, Jean-Michel Pilc, Manu Codjia, François et Louis Moutin -  voir en grand cette image
Christophe Monniot, Jean-Michel Pilc, Manu Codjia, François et Louis Moutin

« Super Moutin Bros » : musique en jeu !

L’action se déroule sous les balcons des foyers du théâtre de Caen. Louis Moutin​ et François Moutin​, les deux frères jumeaux (batterie et contrebasse) ont réunit un gang de francs tireurs calmes mais déterminés. Objectif annoncé : soulever l’enthousiasme du public venu les écouter. Le jeu démarre au niveau 1, c’est tranquille, on pose les bases et on répartit les rôles avec « Lucky People » (air connu). Heureux, peinards, sans soucis, ils passent au niveau 2 avec « Dragon Fly ». Là, l’oiseau flamboyant, c’est Jean-Michel Pilc​ qui se sent pousser des ailes et s’envole sur ce thème qu’il ponctue allègrement de citations inattendues qui échauffent ces esprits vifs. La tension monte pour passer, sans faux-pas, au niveau 3 qui commence comme un big-bang déclenché par la guitare spatiale d’un Manu Codjia​ toujours impassible : un magma sonore incandescent qui prend forme en se solidifiant pour donner naissance à des formes mélodiques qui se transforment dans un jeu collectif plein de rebondissements, de pièges à éviter, de bâtons dans les accords, de sauts par-dessus les grilles. Ça devient acrobatique mais ils sont motivés, soudés et semblent désormais invincibles. Le public est acquis et le fait savoir chaleureusement. Christophe Monniot​ affiche un flegme serein pour enchaîner tout naturellement des phrases aux tournures complexes dont il a le secret. Il est de retour dans sa ville natale et ses parents l’écoutent : un sérieux relatif s’impose ! Les niveaux suivants (trois ou quatre thèmes brillamment développés) se déroulent sur un petit nuage : les deux frères savent qu’ils atteindront leur objectif même dans l’épreuve délicate du duo (Hommage à Ornette Coleman) . La partie est passionnante et pleine de surprises jusqu’au bout : le but est atteint avec brio. Le public comblé le fait savoir par un tumulte d’applaudissements mérités !
Game Over ! Pas le temps d’un bonus car il faut fermer mais la suite sera prochainement disponible sur un nouveau disque qu’ils allaient enregistrer dès le lendemain.

. ::T.G. ::.

François Moutin : contrebasse / Louis Moutin : batterie / Manu Codjia : guitare / Jean-Michel Pilc : piano / Christophe Monniot : saxophones alto et sopranino.


L’AVEC puis Le GGRIL

> Le DOC, Saint-Germain-d’Ectot (Calvados) - samedi 19 mars.

Le concert le plus insolite du Mois de Jazz proposé par le réseau Focus Jazz en Normandie, indiscutablement !

Élise R. -  voir en grand cette image
Élise R.
Cuisine sonore !

On pouvait compter sur Jean-Baptiste Perez (et l’équipe qui fait vivre ce lieu formidable de culture en milieu rural qu’est le DOC) pour nous mijoter une soirée aux petit oignons !
Ce fut le cas, littéralement, avec la première partie consacrée à l’exploration sonore (et autres extrapolations) de l’univers de la cuisine [1]. elsa.R improvise un plat improbable et on l’écoute laver, frotter, brosser, égoutter, hacher, cuire en totale complicité avec Jean-Baptiste Perez qui bricole des sons tout aussi insolites dans l’ombre et Ludovic Germain qui assure la diffusion sonore finale. De la musique qui devient concrète sous nous yeux : tout le paysage sonore de la cuisine amplifié, bidouillé, déstructuré. Les sens en éveil...

Le GGRIL et ses invités. -  voir en grand cette image
Le GGRIL et ses invités.

Vint ensuite le GGRIL, Grand Groupe Régional d’Improvisation Libérée basé à l’est du Québec (à Rimouski) en escale au DOC dans le cadre d’une tournée européenne.
Voilà presque dix ans que cette folle équipe à l’instrumentation bigarrée explore les possibles de l’improvisation collective à base de direction gestuelle codifiée (eh oui, il en faut !), de jeux de cartes, de modes de jeu qui permettent à chacun de travailler le son, les textures, la matière sonore pour intégrer sa voix dans le cheminement collectif. À force de travail et de rencontres fructueuses avec des maîtres de l’impro (Evan Parker, Ingrid Laubrock, Xavier Charles), l’ensemble s’est forgé une vraie identité sonore, avec sérieux mais non sans humour.
Au final, quelques piliers du Doc se sont joints à eux (Nicolas Talbot -contrebasse-,Manu Piquery -piano-, Jean-Baptiste Perez -saxophone soprano-, Guylaine Cosseron -voix- et Samuel Frin -sax baryton-) pour un final collectif ouvert par les français avant l’entrée en jeu progressive et mesurée des québécois.
Sacrée soirée !

. ::T.G. ::.


ANCIENT RITUAL puis QUARTETO GARDEL

> Théâtre de Coutances - samedi 26 mars 2016

C’est le printemps ! Le renouveau, la vie et l’envie de jouer, de regarder, d’écouter...
Une posture naturelle chez le botaniste et saxophoniste qu’est Patrick Martin, un amoureux des plantes sauvages qui collectionne ici des mélodies du jazz qu’il fait éclore en toute liberté.

Rénald Fleury, Patrick Martin, Jean-Benoît Culot -  voir en grand cette image
Rénald Fleury, Patrick Martin, Jean-Benoît Culot

La complicité est totale avec Rénald Fleury, contrebassiste dont l’instrument semble agité par les vents du large, assis, debout, donnant parfois de la voix pour mieux tenir le cap du tempo flottant mais sûr qu’entretient un Jean-Benoît Culot assez aventurier, coloriste, inventif dans ce contexte et toujours aussi généreux, même quand il s’écarte de son ami le swing. Ce trio « Ancient Ritual », du nom d’une composition du saxophoniste Sonny Simmons à leur répertoire, explore avec assurance et impertinence l’œuvre des anciens, de Monk (Monk’s Dream et Wee See) à Django Reinhardt (Djangologie, pour un singulier hommage au pianiste Paul Bley que Patrick Martin se souvient avoir écouté dans ce même théâtre !) et des thèmes originaux de la patte de Jean-Benoît Culot.
Quel bonheur d’écouter une musique aérée, lumineuse, épanouie où l’on redécouvre le talent rare d’un saxophoniste qui, après avoir suivi les chemins buissonniers des musiques sauvages et spontanées en revient au jazz avec un duo rythmique à la connivence inoxydable. Un superbe concert !

Airelle Besson, Vincent Ségal, Lionel Suarez et Minino Garay (Quarteto Gardel) -  voir en grand cette image
Airelle Besson, Vincent Ségal, Lionel Suarez et Minino Garay (Quarteto Gardel)

À la manière de ces quatuors « classiques » au nom d’un compositeur, le « Quarteto Gardel » se saisit du patronyme de Carlos Gardel (1890-1935), natif de Toulouse devenu star du tango en Argentine. Pas de bandonéon dans cette formation mais l’accordéon vituose de Lionel Suarez qui passera du tango au « musette » pour conclure ce concert. Aux percussions, assis sur son cajón, Minino Garay est, certes, un joyeux drille mais c’est surtout un musicien subtil et efficace très à l’écoute dans une formation que complètent Vincent Ségal au violoncelle et Airelle Besson à la trompette, deux instrumentistes qu savent allier rigueur technique et sens de l’improvisation. On comprend rapidement que le tango est avant tout le prétexte à une exploration collective et ouverte d’un genre dont ils vont assez librement assouplir les limites. D’ailleurs, Airelle Besson est la seule, sur scène, à disposer de partitions qui ne sont pas, pour autant une contrainte quand on connaît le potentiel de la trompettiste !
Une belle conclusion (avec deux rappels !) pour une soirée qui a présenté deux formations certes bien différentes mais qui avaient un commun une grande envie de faire vivre la musique ensemble devant un public attentif et enthousiaste.

. ::T.G. ::.


Infernale Momus & Orchestre National de Jazz

> Caen, Le Cargö - 30 mars 2016
Soirée de clôture « 10 ans du réseau Focus Jazz »

Jazz en SMAC !

Mars s’achève et avec lui le « Mois de Jazz en Normandie » coordonné par le réseau Focus Jazz. C’est le Cargö, la Scène de Musiques ACtuelles de l’agglomération caennaise qui accueille les deux formations au programme à savoir le trio Infernale Momus, jeune formation normande lauréate de Focus On, dispositif régional mettant en lumière les ressources locales. L’Orchestre National de Jazz, en pleine « tournée des SMAC » justement lui succédait.

Infernale Momus -  voir en grand cette image
Infernale Momus

Infernale Momus à émergé à Coutances dans la mouvance du festival Jazz Sous Les Pommiers et de son éclectisme musical. De leur génération adepte de la « Fête de la Glisse » (une de leurs compositions s’intitule « Ski Nautique ») et du groove tempétueux, ils ont su retenir un sens de la scène associé à une vision personnelle et rigoureuse de la mise en place. Mine de rien, cette musique est déjà très aboutie et la formule pas si fréquente à deux saxophones (Morgane Carnet et Martin Daguerre) encadrant la batterie (Philippe Boudot) est développée avec subtilité.
Coup de « Stress » pour débuter « dans le dur » à deux barytons qui bétonnent des riffs sur batterie agile et rude. Mais le climat change vite dans le Cotentin et suivent des compositions aux couleurs contrastées grâce aux associations d’anches (baryton-alto, ténor-baryton, ténor-alto) et aux motifs que le batteur ajoute (main gauche !) sur un clavier. En associant énergie rock et plaisir des envols de solistes, leur trio s’affirme effectivement comme une entité importante dans le paysage normand, capable de rassembler les générations. L’avenir du jazz passe aussi par là.

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Orchestre National de Jazz Olivier Benoit.

Jazz au présent et en devenir avec l’Orchestre National de Jazz que dirige Olivier Benoît sur la scène du Cargö avec le programme « Europa Berlin », second épisode de la série Europa après Paris et avant Rome. Comme il le fit pour Europa Paris, le propos du compositeur-leader et guitariste n’était pas de « composer sur Berlin ». Il écrit en présentation de l’album paru en 2015 : « mon désir n’est pas d’illustrer, mais de me plonger dans cette ville et de me laisser happer par ses vibrations »... Nous avons pu partager ses sensations avec un début de concert dont la masse sonore était particulièrement saisissante voire dérangeante (mais l’art dérange souvent...) au point de parvenir difficilement à donner du relief à l’ensemble tant les vents (et le violon de Théo Ceccaldi) semblaient poussés dans le fortissimo par une basse trop présente à nos oreilles pendant la première moitié de la suite (L’effacement des traces, Métonymie, Révolution).
Puis ce lourd mur de son a cédé après Révolution et le solo incendiaire de Fabrice Martinez. Les espaces se sont ouverts et l’ensemble a retrouvé une dimension sonore qui correspond mieux à la perception que nous avions eue du très beau disque éponyme (lire ici - juin 2015). On prend alors mieux conscience du potentiel de cet orchestre, somme d’individualités réunies dans un ensemble cohérent et solidaire. Et si la musique semble se revendiquer de l’énergie rock dans une esthétique contemporaine, elle garde en elle l’esprit du jazz, l’amour de la liberté laissée à des solistes magnifiques. Côté cour, Olivier Benoît veille activement et agit avec la pertinence et la créativité qu’on lui connaît sans imposer sa voix, séparé de la salle par son ampli à une extrémité de l’arc formé par l’ensemble, à l’opposé de Théo Ceccaldi : des cordes pour encadrer cette précieuse équipe de musiciens totalement investis dans un projet qu’il faut défendre. Dont acte !
Bonne idée que cette tournée des SMAC ! Espérons qu’elle contribuera à renforcer la réputation de cet Orchestre National, onzième du nom, une « institution » qui fête cette année ses trente ans en trouvant avec chaque directeur artistique sa singularité, bien loin du big-band de fonctionnaires.
Nous attendons la suite. Olivier Benoît a déjà marqué son empreinte et nul doute qu’il poursuivra sur cette lancée et ne manquera ni de surprendre, ni de ravir...

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Orchestre National de Jazz Olivier Benoit.

. ::T.G. ::.

Orchestre National de Jazz : Olivier Benoit : direction artistique, compositions, guitare / Sylvain Daniel : basse / Éric Echampard : batterie / Sophie Agnel : piano / Paul Brousseau : Fender Rhodes, effets / Théo Ceccaldi : violon / Fabrice Martinez : trompette / Fidel Fourneyron : trombone / Hugues Mayot : saxophone alto / Alexandra Grimal : saxophones ténor et soprano / Jean Dousteyssier : clarinettes


> Conservatoire de Caen, mardi 29 mars 2016, petit Auditorium
Carte blanche à Guillaume Orti : Kartet

La porte étroite.

Guillaume Orti avait prévu de décliner son talent sur deux soirées, une grève du personnel due à un conflit avec l’agglomération Caen-la-Mer en a décidé autrement. À défaut de Rouge avec Frederic Bargeon-Briet à la contrebasse et Simon Goubert à la batterie, nous aurons entendu Kartet. La comparaison entre les deux formations réunies autour du saxophoniste co-fondateur de Kartet avec Benoît Delbecq aurait été stimulante.

KARTET : « Grand Laps » -  voir en grand cette image
KARTET : « Grand Laps »
Songlines / Abeille Musique

Plus de 20 d’ans d’âge et cependant Kartet n’a pas pris une ride à l’instar de son leader toujours aussi juvénile. Cela tient certes à la modernité assumée de la musique produite mais aussi à l’énergie déployée par les musiciens sur scène. Et puis peut-être aussi paradoxalement à son intemporalité. C’est peut-être ce que suggère ce confrère de Jazz Magazine lorsqu’iil écrit que “Kartet s’inscrivant au cœur vif de la modernité d’aujourd’hui comptera dans le jazz de demain”.
Toutes les qualités d’écriture et d’improvisation, de recherches formelles et d’invention rythmique qui constituent à la fois le paradoxe et l’originalité de la musique de Kartet ont été souvent mises en avant et nous avons pu les apprécier à cette occasion.
Une telle longévité ne peut qu’engendrer une une complicité sans faille entre des musiciens chevronnés tels que Benoît Delbecq (Jean-Jacques Avenel, Marc Ducret…) au piano, Stéphane Galland ( Aka moon, Nguyên Lê…) à la batterie et Hubert Dupont (Louis Winsberg, David Patrois…) à la contrebasse. Complicité d’autant plus appréciable que cette musique très écrite suppose un œil de tout instant sur la partition et une attention constante aux impulsions de ses complices. Équilibre tendu mais jamais rompu.
Au gré des compositions respectives, l’imagination du spectateur parvient à trouver sa place. Par la porte étroite néanmoins, les compositions de Kartet empruntent les chemins du jazz. Porte étroite et non voie royale comme certains dithyrambes le laissent parfois supposer car malgré tout l’ensemble séduit plus qu’il n’émeut.

À l’évidence toutefois, les musiciens de Kartet ont séduit le public qui remplissait le petit Auditorium du Conservatoire de Caen.

. ::Jean-Louis Libois ::.

Kartet : Benoît Delbecq : piano / Guillaume Orti : saxophone / Stéphane Galland : batterie / Hubert Dupont : contrebasse.


À suivre...


[1L’AVEC : Laboratoire Artistique Audio-Visuel Et Culinaire

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