« Le jazz tisse sa toile... »
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NUIT DU JAZZ à Caen le 22 avril 2016.

Brûler ses vaisseaux ou larguer les amarres : la musique élève l’esprit.

D 30 avril 2016     H 08:09     A Jean-Louis Libois    


Certains, lors de l’édition 2013 avec la présence notamment du guitariste américain John Scofield , étaient prêts à brûler leurs vaisseaux ; pour cette nouvelle édition de la Nuit du Jazz le saxophoniste Jacques Schwarz Bart proposait de larguer les amarres. Dans tous les cas - rappelait-t-il-,la musique élève l’esprit.
Composée en trois temps, cette nuit du jazz proposait le quintette de Schwarz Bart sur la scène principale en premier lieu suivi du trio du jeune pianiste Laurent Coulondre dans les foyers avant le retour dans la salle pour laisser la place au chanteur David Linx et « son » Brussels Jazz Orchestra.
Nuit du jazz, nuit de la voix : ce n’est une révélation pour personne, sans avoir jamais cessé d’en donner, le jazz a retrouvé de la voix depuis… depuis disons le succès international de la pianiste-chanteuse Diana Krall.

Jacques SCHWARZ-BART : « Jazz Racine Haïti » -  voir en grand cette image
Jacques SCHWARZ-BART : « Jazz Racine Haïti »
Motema / Harmonia Mundi

La tradition de la chanteuse Moonlight Benjamin est cependant tout autre, en faisant entendre des chants vaudou restitués avec autant de fougue que de grâce auxquels le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart rendait hommage avec son Jazz Racine Haïti. Pas de jazz ethnique ici à proprement parler car le jazz tout court et sa pulsion rythmique reprend vite ses droits. À moins de voir dans sa chaleur, son chant aussi bien que sa danse, sa générosité et sa verve, un écho des rivages insulaires lointains. Le dernier chant vaudou interprété n’incite-t-il pas - rappelle le musicien- à se libérer des contraintes matérielles et corporelles pour emprunter les ponts invisibles de la création et de l’imagination ?
Musicien réputé (né en Guadeloupe, il intègre le célèbre Berkeley Collège of Music de Boston puis accompagne aussi bien Bob Moses que Roy Hargrove) quoique discret sur la scène hexagonale, Jacques Schwartz Bart était en bonne compagnie avec ses musiciens tout aussi prolixes et extravertis dans leurs chorus, le pianiste Grégory Privat, le batteur Arnaud Dolmen ainsi que le contrebassiste Stéphane Kerecki.
Une salle conquise par sa prestation attendait le chanteur David Linx qu’il a eu – confie-t-il-le plaisir d’accompagner le temps d’un titre lors d’une récente session d’enregistrement.
Pas davantage traditionnel pourtant n’est le chant de David Linx. Ni glamoureux ni sorti du répertoire et cependant séduisant et convaincant.
En hommage à Claude Nougaro, (chanteur déjà célébré par notre homme) «  la pluie faisait des claquettes » à Caen en fin d’après-midi. La célébration de Jacques Brel pouvait alors commencer.

David LINX & BRUSSELS JAZZ ORCHESTRA : « Brel » -  voir en grand cette image
David LINX & BRUSSELS JAZZ ORCHESTRA : « Brel »
Jazz Village (à paraître le 10/06/2016)

Immense auteur-compositeur, arrangeur (?) de talent et interprète jusqu’à l’excès, Brel prend de la place. David Linx néanmoins a su trouver la sienne. Si le jazz donne de la voix, la chanson lui tient lieu d’inspiration. Nougaro déjà cité mais aussi Brassens pour ses mélodies, Trenet pour qui le jazz, c’est naturel, Gainsbourg (« l’ancien ») tout récemment revu et corrigé... sont autant d’exemples récents sinon familiers du nouveau répertoire jazz.
Le swing doit l’emporter sur le sens, le rythme sur la mélodie, la technique vocale sur l’interprétation. Cela fait du travail. David Linx excelle dans ce genre d’exercice avec sa manière d’être là (dans la chanson) et décalé à la fois (dans sa déstructuration). Le jazz est bien là et Brel ne s’en va pas.
À la célèbre incantation du chanteur belge «  Chauffe Marcel » dans Vesoul à l’intention de l’accordéoniste accompagnateur Marcel Azzola - celui qui a su réconcilié « le jazz et la java »- faisait écho cette injonction « Swing David ». Et David a swingué aussi bien avec les mots et les notes qu’avec les arrangements et les chorus des musiciens.
Mathilde est ainsi plus belle que jamais en jazz, Le Plat Pays était beau comme du Giono, Amsterdam en anglais « beau comme Bowie », Ces gens là, toujours reconnaissables à mille autres. Ne me quitte pas et le souvenir de Nina Simone et Frank Sinatra… et Bruxelles qui n’en finit pas de « brusseler » sous les doigts des musiciens du jazz band et de la pianiste Nathalie Loriers. Tandis que la valse continuait à tourner, Rosa,rosa ,rose, à se décliner… Bref, par l’entremise de David Linx, nous étions en plein pays du jazz
Au terme de deux rappels, David Linx revenait seul sur scène pour gratifier le public de son hommage au chanteur Prince récemment décédé en lui empruntant ce titre ô combien mélancolique ( « Sometimes it snows in April, sometimes I feel so bad… »)
où il neige comme dans les dernières lignes de la nouvelle de James Joyce «  The Dead » tandis qu’une femme pleure son amour passé. Plus radical, dans sa conclusion, le peintre Van Gogh aurait dit « La tristesse durera toujours ».

Mais le jazz est avant tout une fête et cette Nuit se poursuivait Café-Côté-Cour où en trio le lauréat du Concours National de Jazz à la Défense, Laurent Coulondre avait émigré et qui de sa main droite au piano et de la gauche à l’orgue nous régalait telle l’alliance de la cerise et de la pistache tout droit sortie du pianococktail de « L’écume des jours » .

Nuit du jazz 2016 au Théâtre de Caen, vendredi 22 avril :
Jacques Schwarz-Bart présente Jazz Racines Haiti : Jacques Schwarz-Bart : saxophone / Moonlight Benjamin : voix / Grégory Privat : piano / Stéphane Kerecki : contrebasse / Arnaud Dolmen : batterie
Laurent Coulondre Trio : Laurent Coulondre : piano / Rémi Bouyssière : contrebasse / Arthur Alard : batterie
David Linx chante Brel avec le Brussels Jazz Orchestra : David Linx : voix / Franck Vaganée : direction artistique, saxophones, flûte traversière / Dieter Limbourg, Kurt Van Herck : saxophones, clarinette, flûte traversière / Bart Defoort : saxophones, clarinette / Bo Van der Werf : baryton sax, clarinette basse / Marc Godfroid, Lode Mertens, Ben Fleerakkers, Frederik Heirman : trombones / Laurent Hendrick : trombone basse, tuba basse / Serge Plume, Nico Schepers, Pierre Drevet, Jeroen Van Malderen : trompettes, bugles / Nathalie Loriers : piano / Jos Machtel : contrebasse / Toni Vitacolonna : batterie


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