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Deux ensembles, deux musiciennes : Ève RISSER & Carla BLEY

D 27 novembre 2016     H 16:28     A Pierre Gros    


Deux ensembles, deux musiciennes : Ève RISSER White Desert Orchestra, Carla BLEY & Charlie HADEN LIBERATION MUSIC ORCHESTRA

Si l’on en croit la théorie mathématique un ensemble est la réunion d’une multitude, grande ou petite, qui peut être comprise comme un tout. On peut dire que certains big bands en sont la parfaite illustration : Count Basie et son sens du swing, Duke Ellington et son sens de la fidélité. Et puis il y a le bleu et le vert…

Ève RISSER White Desert Orchestra : « Les deux versants se regardent »

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On aime !

Rapide présentation : musicienne indépendante, esprit ouvert, compositrice, pianiste, flûtiste, études à Colmar, Strasbourg dans la classe d’improvisation de Bernard Struber, puis dans divers départements du CNSM à Paris. Curiosité aux confins du jazz, du rock, de l’improvisation, de la musique classico-contemporaine, du piano préparé jusqu’à l’ONJ. Oreille affûtée, on voit mal comment Eve Risser se satisferait de clichés rebattus. Rien que ça et vous aurez une idée de l’esprit qui anime un disque et un ensemble dont les inspirations lui sont venues lors d’une escapade en solitaire dans les canyons américains. Une précision : nous ne sommes pas ici dans de la musique descriptive, naturaliste ou réaliste mais plutôt sur un terrain ludique et symbolique à dix bandes. Sa seule contrainte, on le devine, étant d’interpeller l’Autre. Les neuf compositions qui constituent cet album interpellent, notons la belle couleur du basson, instrument rare dans les musiques improvisées, les soli de Sylvaine Hélary (bien plus passionnante ici que dans certains de ses projets), le brut de la guitare de Julien Desprez, les options iconoclastes et l’humour qui courent tout au long du disque. Dès la première plage de vingt minutes qui ouvre et donne son nom au disque nous voilà plongés dans l’univers orchestral et pianistique d’Ève et si nous devions donner une piste nous parlerions de Steve Reich, de Carla Bley et Charlie Haden version Liberation Orchestra (voir ci-dessous) mais aussi de Miles Davis, du Bill Evans de Kind of Blue, tentez l’expérience mettez en miroir les introductions de All Blues et Shaking Peace ou encore celle de Blue in Green avec Homme-Age II, vous avez dit hommages ?
Écoutez le White Desert Orchestra d’Ève Risser et dites-moi si tout ceci vous laisse indifférent ?

Charlie HADEN LIBERATION MUSIC ORCHESTRA : « Time/Life (Song for the Whales and other Beings »

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On aime !

Hommage, oui mais lequel. Celui du son de la contrebasse de Charlie Haden sur Blue in Green lors d’un concert en Belgique, avec ce lyrisme simple et chaud qui en fait sa marque, son ADN. Hommage au Liberation Music Orchestra, est-il fini alors que son créateur n’est plus là ? Une partie de son âme est bien présente avec Carla Bley, artiste légendaire qu’on ne présente plus, toujours aux commandes des couleurs et des rythmes et à entendre Steve Swallow à la basse électrique nous aimerions croire que oui, l’aventure n’est pas terminée. Trois plages en studio, l’orchestre relit d’anciennes compositions, Silent Spring issue de A Genuine Tong Funeral de Gary Burton un disque de 1967 entièrement fait de compositions de Carla, ou encore Útviklingssang du Social Studies de 1981 et l’on reconnaîtra l’immense talent d’arrangeuse et de compositrice de la musicienne. Peut-être manque-t-il la fougue créatrice, la découverte, les démiurges solistes des débuts mais grâce aux excellents Tony Malaby, Chris Cheek, Seneca Black, nous ne bouderons pas notre plaisir. Le disque finit comme il a commencé, en Belgique, par la contrebasse de Charlie Haden cette fois-ci à l’archet, à sa façon, avec cet esprit rebelle qui lui faisait dire non au massacre silencieux de Mère Nature, notre bien commun.

Deux femmes, avant tout musiciennes, pour un art qui n’a pas de genre, deux merveilleuses compositrices, organisatrices, deux superbes ensembles qui forment un tout, du Je au jeu, en bleu et vert, in Blue in Green, nous oui, on aime.


Ève RISSER White Desert Orchestra : « Les deux versants se regardent »

> Ce disque figure aussi dans la « Pile de disques » de novembre 2016 sur CultureJazz.fr, ...ici...

> Clean Feed - CF399 CD / Orkhêstra

Sylvaine Hélary : flûtes alto, basse et piccolo / Antonin-Tri Hoang : saxophone alto, clarinettes / Benjamin Dousteyssier : saxophones ténor et basse / Sophie Bernado : basson, voix sur 8 / Eivind Lønning : trompette, trompette piccolo / Fidel Fourneyron : trombone / Julien Desprez : guitare électrique, guitare électro-acoustique sur 2 / Ève Risser : piano, piano préparé, composition sauf 8 / Fanny Lasfargues : basse électro acoustique / Sylvain Darrifourcq : batterie

01. Les deux versants se regardent / 02. Tent Rocks / 03. Eclats / 04. Fumeroles / 05. Homme-Age I / 06. Shaking Peace / 07. Jaspe / 08. Earth Skin Cut / 09. Homme-Age II // Enregistré au Studi MidiLive de Villetaneuse (France) du 18 au 20 août 2016.

Charlie HADEN LIBERATION MUSIC ORCHESTRA : « Time/Life (Song for the Whales and other Beings »

> Ce disque figure aussi dans la « Pile de disques » de novembre 2016 sur CultureJazz.fr, ...ici...

> Impulse / Universal

Carla Bley : piano, direction / Charlie Haden : contrebasse sur 1 et 5 / Steve Swallow : basse électrique sur 2, 3 et 4 / Michael Rodriguez, Seneca Black : trompette / Curtis Fowlkes : trombone / Vincent Chancey : cor / Joseph Daley : tuba / Loren Stillman : saxophone alto / Chris Cheek, Tony Malaby : saxophone ténor / Steve Cardenas : guitare / Matt Wilson : batterie

01. Blue in Green (M. Davis) / 02. Time-Life (C. Bley) / 03. Silent Spring (Carla Bley) / 04. Útviklingssang (C. Bley) / 05. Song For the Whales (C. Haden) // Enregistré en concert à Anvers en 2011 (1 et 5) et en studio à New York en 2015 (2 à 4).