« Le jazz tisse sa toile... »
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Vitrine de mai 2017 : 4 disques.

D 3 mai 2017     H 07:35     A Thierry Giard, Yves Dorison    


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CUONG VU 4-tet : « Ballet – The Music Of Michael Gibbs »

info document -  voir en grand cette imageCuong Vu est né à Saïgon en 1969, arrivé à Seattle à 6 ans, il a commencé l’apprentissage de la trompette à 11 ans. Passant de la côte ouest à la côte est, il a approfondi sa formation au New England Conservatory de Boston avant, diplôme en poche, de suivre sa voie dans le monde du jazz à New York et ailleurs aux côtés de Jamie Saft, Jim Black, Chris Speed, Gerry Hemingway, Dave Douglas, Laurie Anderson et même David Bowie. C’est au sein du Pat Metheny Group qu’un large public le découvre au cours des années 2000. En France, il a été convié par le batteur-compositeur Christophe Marguet à bord du sextet Constellation en 2012 pour un magnifique projet qui a trop peu joué malheureusement... Les disques du trompettiste en posture de leader sont toujours très intéressants et inventifs, comme celui-ci dans lequel il se présente en quartet avec un de ses fidèles complices guitaristes, Bill Frisell (après Pat Metheny dans le disque précédent en 2016 - lire ici...). « Ballet » est entièrement consacré aux compositions de Michael Gibbs, arrangeur et chef d’orchestre qui a construit sa renommée dans des connexions entre l’âme du jazz et l’énergie du rock (And On The Third Day). Une démarche dans laquelle Cuong Vu semble se reconnaître pleinement, tout autant que Bill Frisell, ami et admirateur de Mike Gibbs. La musique de ce disque a été enregistrée en concert à Washington et l’on peut mesurer les qualités de l’ensemble dans le jeu collectif, s’appuyant sur les partitions pour mieux s’en évader et créer des espaces habités par leur créativité (Ballet). Des qualités à apprécier particulièrement dans la ballade « Feelings and Things » où le chant de la trompette fait écho aux accords du guitariste sur la base rythmique très subtile que posent Luke Bergman (basse) et l’excellent Ted Poor (batterie). Du jazz sans faux-semblants et sans artifices inutiles qui confirme les grandes qualités de ces musiciens.

On pourra relier ce disque à l’enregistrement de Michael Gibbs avec le NDR Bigband consacré à la musique de Bill Frisell en présence de celui-ci (« Play A Bill Frisell Set List » - (P) 2015 Cuneiform Records) - Lire ici... )

Thierry Giard


ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ – Olivier BENOIT : « Europa Oslo »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imageEuropa Oslo est, de notre point de vue, la conclusion en apothéose de la série des « Europa » consacrée à quatre capitales européennes. Après Paris, Berlin et Rome, la capitale norvégienne a inspiré à Olivier Benoit une architecture musicale plutôt aérienne que viennent habiller les textes du poète osloïte Hans Petter Blad à travers la superbe voix de Maria Laura Baccarini. Et un peu paradoxalement, le froidure scandinave a donné naissance au projet le plus chaleureux de cet ONJ. Une musique composée et arrangée avec une précision millimétrique à base de jazz (les envolées solistes) ou de rock (l’implacable rythmique) sans jamais paraître mécanique (même quand elle emprunte les boucles des musiques répétitives). Nous y verrons la preuve de la cohésion d’un ensemble dont la singularité esthétique s’épanouit autour de la voix de Maria Laura Baccarini. Et là, nous ne pouvons que revenir à l’enthousiasme d’Alain Gauthier qui rendait compte à sa manière du concert de création de ce projet fin janvier 2017...
« Qu’est-ce qui est remarquable ? Les soli de ces musiciens de jazz ( Mayot, Fourneyron, Benoit, Martinez, Agnel, Grimal, etc...) n’embolisent pas le temps qui passe, Benoît fabrique-imbrique des sous-ensembles à durée non durable ; on n’a pas le temps de s’habituer, hop hop hop, à peine repéré, le duo ou le trio ou... s’efface, un autre apparaît : trombone + trompette, les sax + le piano, la voix + le Fender, la rythmique + violon + clarinette. Et, comme si ça ne suffisait pas, ils changent de format, le duo devient trio, le trio quintet, le quintet tentet. Le violon et la clarinette se font entendre comme des voix voisines d’à côté, le batteur et le bassiste poussent tout ce joli monde avec une précision et un punch de super-léger affamé. On assiste à une immense conversation nourrie d’aller-retours entre les textes dits-chantés par Baccarini et les commentaires, ajouts, digressions des autres musiciens. »
Et il concluait : « L’Orchestre National de Jazz à son meilleur. » La preuve !
OUI ! Viva Europa !

Thierry Giard


Louis SCLAVIS – Dominique PIFARÉLY – Vincent COURTOIS : « Asian Fields Variations »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imageSi Louis Sclavis semble endosser le rôle de référent de ce trio, il ne manque pas de préciser que le fonctionnement de cet ensemble au format intimiste est parfaitement démocratique et égalitaire. Chacun compose pour le trio et la musique naît du collectif. D’ailleurs, même si cet enregistrement est le premier de cette formule, on se souviendra que la complicité entre ces trois musiciens est bien vivante depuis deux trois décennies, voire plus. Est-ce la grande force de l’expérience ? Les trois compères nous inventent une musique d’une richesse exceptionnelle dans une formule sobre et un rien austère en apparence : deux cordes et une clarinette. De la musique de chambre pensez-vous... Sans doute mais une chambre avec le monde autour et des fenêtres grandes ouvertes. Tous les trois s’échappent, s’élancent dans un vol virtuose sans esbroufe, échangent, dialoguent, s’opposent pour mieux se retrouver et conclure là où tout avait commencé. Une complicité impressionnante dans la complexité d’une formule qui apparaît comme une évidence tant l’entente est naturelle. « Nous imaginons beaucoup de modes de jeu différents, explique Louis Sclavis, et nous apportons sans cesse des choses nouvelles au projet. Nous continuons à aller plus loin. ». Il faut effectivement toute l’expérience de ces instrumentistes-improvisateurs pour parvenir à la beauté formelle que l’on perçoit dans ce disque, relevé d’un instant de vie aux studios La Buissonne en septembre 2016. Depuis, le trio a joué, heureusement, en particulier grâce à Armand Meignan qui leur a offert un « Régional Tour » dans la cadre de l’Europa Jazz en mars 2017. Une série de concerts qui leur aura sans doute permis d’avancer encore, pour démontrer que ces musiques articulant composition et improvisation sont en perpétuel mouvement. Ce que vous écouterez avec grand plaisir dans ce disque ne sera plus jamais joué à l’identique et ça, c’est formidable !
OUI ! pour la constance dans l’envie de renouvellement permanent.

Thierry Giard

Lire ou relire : Trio Sclavis-Pifarély-Courtois, « Il n’y a pas de mal à se faire du bien. »par Alain Gauthier - Concert du 27 novembre 2015 à Paris.

NB : Le mois prochain, Louis Sclavis sera à nouveau présent dans notre « pile de disques » pour un album très différent avec un quartet inédit et plus « jazz » dans sa forme (« Loin dans les terres » - concert en Allemagne le 2 février 2017, jour de son anniversaire ! - Intuition records)


YOUN SUN NAH : « She Moves On »

info document -  voir en grand cette imageACT est une belle maison de disques mais avec les chanteuses il se passe un truc bizarre. Quelles qu’elles soient, elles entrent tôt ou tard dans un moule qui nous fait dire à chaque fois : ça, c’est chez ACT ! Youn Sun Nah n’échappe pas à la règle et produit une musique de qualité qui s’éloigne du jazz stricto sensu car on est là plus proche de la variété internationale « sérieuse » avec des mélodies atmosphériques qui finissent par toutes se ressembler et l’indispensable ballade mélancolique. Bon, si ce n’est pas la première fois qu’elle nous fait le coup du dérapage contrôlé, l’aggravation nous parait cependant notable et pour tout dire un peu raide à avaler, surtout avec les oreilles. On ne s’inquiète néanmoins pas pour elle qui contentera les scènes estivales avec quelques hauts faits virtuoses et vendra par ricochet beaucoup de disques avec des chansons pop et quelques moments intimistes propices à l’émotion (catégorie grenadine ou belle des champs). Mais comme disait mon boulanger, le succès… c’est pas du gâteau. Dommage qu’une chanteuse aussi douée se laisse ainsi récupérer. She moves on. On ne sait trop où.

Yves Dorison


Références, détails et liens :

CUONG VU 4-tet : « Ballet – The Music Of Michael Gibbs »

> Rare Noise Records - RNR079 / Differ-Ant

Cuong Vu : trompette / Bill Frisell : guitare / Luke Bergman : basse / Ted Poor : batterie.

01. Ballet / 02. Feelings and Things / 03. Blue Comedy / 04. And on the Third Day / 05. Sweet Rain // Compositions de Michael Gibbs // Enregistré récemment (?) en concert aux USA.

ORCHESTRE NATIONAL DE JAZZ – Olivier BENOIT : « Europa Oslo »

> ONJ Records - 454444 / L’Autre distribution

Olivier Benoit : composition, guitare / Hans Petter Blad : textes / Maria Laura Baccarini : voix / Jean Dousteyssier : clarinettes / Alexandra Grimal : saxophone ténor / Hugues Mayot : saxophone alto / Fidel Fourneyron : trombone / Fabrice Martinez : trompette, bugle / Théo Ceccaldi : violon / Sophie Agnel : piano / Paul Brousseau : claviers / Sylvain Daniel : basse électrique / Éric Échampard : batterie, électronique.

01. Ostracism / 02. Sense That You Breathe / 03. Ear Against the Wall / 04. Intimacy / 05. A Sculpture Out of Tune / 06. An Immoveable Feast / 07. Det har ingenting / 08. Glossary / 09. Pleasures Unknown // Enregistré à Bruxelles en janvier 2017.

Louis SCLAVIS – Dominique PIFARÉLY – Vincent COURTOIS : « Asian Fields Variations »

> ECM - 2504 - 573 2668 / Universal 30/03/2017

Louis Sclavis : clarinettes / Dominique Pifarély : violon / Vincent Courtois : violoncelle.

01. Mont Myon / 02. Done And Done / 03. Pensée Furtive / 04. Figure Absente / 05. Asian Fields / 06. Digression / 07. Fifteen Weeks / 08. Les Nuits / 09. Cèdre / 10. Sous Le Masque / 11. La Carrière // Enregistré en septembre 2016 par Gérard de Haro au Studio La Buissonne (Pernes-Les-Fontaines, France).

YOUN SUN NAH : « She Moves On »

> ACT - 9037-2 / PIAS

Youn Sun Nah : voix, kalimba / Jamie Saft : piano, orgue Hammond, Fender Rhodes, Wurlitzer / Brad Jones : contrebasse / Dan Rieser : batterie /+/ Marc Ribot : guitares sur 02, 04, 05, 07, 11 / Maxim Moston, Antoine Silverman : violin sur 3 / Hiroko Taguchi : alto sur 3 / Anja Wood : violoncelle sur 3.

01. Traveller (Youn Sun Nah-Fox-Sangmi Kim) / 02. Teach The Gifted Children (Lou Reed-Michael Fonfara) / 03. Too Late (Jamie Saft-Vanessa Saft) / 04. She Moves On (Paul Simon) / 05. No Other Name (Noel Paul Stookey) / 06. The Dawntreader (Joni Mitchell) / 07. Drifting (Jimi Hendrix) / 08. Black Is The Color Of My True Love’s Hair (Trad.) / 09. A Sailor’s Life (Trad.) / 10. Fools Rush In (Rube Bloom-Johnny Mercer) / 11. Evening Star (Youn Sun Nah-Vanessa Saft) // Enregistré à New York en décembre 2016.