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Six disques en vitrine - décembre 2017 #2.

D 16 décembre 2017     H 17:12     A Florence Ducommun, Jean-Louis Libois, Philippe Paschel, Yves Dorison    


Au menu pour ce mois de décembre 2017 :

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Romain BARET : « Naissance de l’horizon »

info document -  voir en grand cette imageLe trio du guitariste Romain Baret formé en 2010 avec Michel Molines à la contrebasse et Sébastien Necca à la batterie, déjà enrichie de la contribution d’Eric Prost au saxophone ténor à la sortie du premier album « Split Moments » en 2014, s’enrichit dans ce second album qui sortira le 19 janvier prochain sur le label grenoblois Pince-Oreilles, de la présence du trompettiste et bugliste Florent Briqué. SI l’inspiration de ce groupe peut venir des musiques progressives (King Crimson, Pink Floyd) et qu’elle est imprégnée de rock et pop, l’écriture a malgré tout une couleur très jazz et Romain Baret se dit largement influencé par la rythmique de batteurs tels Ari Hoenig, Dan Weiss ou Eric Harland. Son cursus très fourni depuis l’obtention de son DEM jazz au Conservatoire de Chambéry avec sa participation à des groupes comme Azzango, le Gregory Sallet Quintet, Les Comptes de Korsakoff ou La Grinta de Philippe Soriano pour ne citer qu’eux, accentue son imagination créative, tandis que ses complices sur scène, croisés dans les formations citées plus haut et également très sollicités, l’enrichissent encore. C’est dire que l’ajout des renommés Eric Prost (sur sept pistes) et Florent Briqué (sur trois pistes) élargissent encore le champ des possibles.
À l’écoute globale, un son énergique et accrocheur n’excluant pas la mélodie parfois chantonnée, qui commence avec la plage éponyme, introduction explosive en quintet de cette naissance justement qui va prendre vie ensuite et se terminera en symétrie par le contrasté A Rise of Hope et la troisième participation du trompettiste. Entre-temps, on assistera à différentes phases souvent intenses, hormis le splendide et planant Respire nuancé par le très beau jeu de contrebasse de Michel Molines, enchaîné immédiatement avec La Temporisation du Rêve où la présence du bugle et le chant de la contrebasse font merveille. J’avoue ma faiblesse pour ces deux morceaux. Schizophrénie est tout en nuances et changements de tempos pour laisser place à plus de douceur avec Follow and Switch. Tandis qu’avec La Guerre des Classes n’a pas eu lieu, le guitariste sidère par sa virtuosité. Un disque plus rageur et attachant que Split Moments, confirmant la place de qualité que ce trio augmenté s’approprie peu à peu.

Florence Ducommun


Manu CARRÉ ELECTRIC 5 : « Labyrinthe »

info document -  voir en grand cette imageMCE5, quintet de choc mené de main de maître par le saxophoniste ténor Manu Carré, a sorti le 8 décembre son second disque sur le label ACM avec un visuel de qualité contenant autant de cartes postales que de titres mystérieux ouvrant une piste supplémentaire sur leur interprétation. Continuité de l’album précédent « Go », seul le batteur Max Miguel a été remplacé par Félix Joveniaux en 2016. Avec trois autres musiciens ( Aurélien Miguel à la guitare et compositions, Nicolas Luchi à la basse et Florian Verdier aux claviers), le MCE5 est basé dans le Sud de la France à Nice et Menton et s’y produit régulièrement : il a joué au Nice Jazz Festival et au Festival de Saint-Raphael. À noter et nous y reviendrons pour la justesse du choix, son passage en première partie du concert de Chris Potter à Nice en mars 2016. Professeur au Conservatoire municipal de Menton où il a créé une classe de jazz, le Picard Manu Carré, au départ étudiant en électromécanique, adepte de rock et de blues, a basculé doucement vers le jazz sans renier ce qui l’y a amené comme beaucoup. Après « Go », le MCE5 continue l’aventure à cinq, ce Labyrinthe étant aussi le fruit d’un travail collectif avec également une influence classique et pop amenée par Florian Verdier.
Un titre bien trouvé pour se perdre et se retrouver, car ici et là on y entend effectivement du Chris Potter comme dans Rain ID (on pense en particulier à Train dans « Follow The Red Line »…), et Le Chat Feule (jeu de mot bien trouvé sur un changeant et syncopé Shuffle ?), ou du Michael Brecker dans la période jazz funk des Brecker Brothers. On pense aussi à Weather Report avec le claviériste Florian Verdier qui brode et plaque des accords pertinents et remarquablement subtils comme dans le doux et mélancolique Honfleur dédicacé à Satie, ou le tonique Spritz, élargissant ainsi la palette du groupe. Les compositions sont de Manu Carré, trois étant coécrites avec le guitariste Aurélien Miguel (Labyrinthe, Spritz et Zen). Au final, un travail très soigné et équilibré assuré par cinq musiciens gagnant à être plus connus et qui n’est pas si labyrinthique que ça (Toujours une Issue comme dans le sous-titre du titre éponyme !) avec un très joli final sur Zen où chacun exprime son talent. On attend le troisième déjà en préparation parait-il…

Florence Ducommun


Sinne EEG : « Dreams »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imageComme nous sommes absolument certains de ne pas chroniquer le nouveau disque de Camille Bertault, laissons-nous aller à commenter le nouvel enregistrement de Sinne Eeg. L’on y croise Joey Baron et Scott Colley ; on les connaît bien et vous aussi. L’on y trouve également Jacob Christoffersen et Larry Koonse ; qui sont-ils ? Peu importe. Ils sont là pour accompagner une voix qui a du grain, du vécu plein le vibrato, et une souplesse rugueuse qui vous caresse l’oreille avec un tendre acharnement. Ça pue le swing à plein nez, ça suinte le groove par tous les pores. Pas d’effets ostentatoires. Juste un chant. Mais quel beau chant, baigné dans l’émotion la plus simple et porté pas des sidemen frisant la perfection accompagnatrice. C’est du lourd très léger. De la dansante densité. Sinne Eeg et ses musiciens n’essaient jamais d’en faire trop et en font bien assez pour doucement nous renverser. Ce n’est pas de la science, ce n’est pas de l’esbroufe. C’est un disque avec des jazzmen et une chanteuse de jazz. Ça fait du bien.

Yves Dorison

NB : parution du disque le 26 janvier 2018.


Johnny GRIFFIN – Eddie « Lockjaw » DAVIS Quintet : « At Onkel Pö’s Carnegie Hall – Hamburg 1975 »

info document -  voir en grand cette imageOnkel Pö était un club de Hambourg (RFA) qui a fonctionné du début des années 70 au milieu des années 80. C’était une époque faste, de nombreux musiciens américains, créateurs des différents styles de l’historique du jazz, étaient encore vivants et venaient en Europe. La radio locale, NDR (Nordwestdeutscher Rundfunk) en retransmettait de nombreux concerts.
Le groupe présenté ici réunissait sous la direction de Johnny Griffin (1928-2008), une section rythmique impeccable dominée par un batteur enthousiaste -et très bien enregistré- et un autre souffleur, Eddie Lockjaw Davis (1922-1986). Face au volubile, fantasque et inépuisable Griffin, Davis oppose un son rugueux et un style un peu brutal, peu disert mais essentiel (sa boisson favorite était le lait avec du ouisqui, selon son confrère Alix Combelle). Dés le premier thème, le ton est donné par l’introduction de la batterie d’Art Taylor ; après les solos individuels, il y aura un quatre-quatre vigoureux aboutissant à un unisson cathartique. D’autres pièces seront moins violentes(Sophisticated lady), mais les musiciens seront toujours engagées, comme dans I can’t get started où Griffin se lance à corps perdu dans un long solo a capella dont il était coutumier et la musique ne cessera pas d’être souignante ; notons aussi les solos virtuoses de NHOP et ceux cristallins de Tete Montoliu. L’enregistrement d’excellente qualité rend bien compte de l’ambiance d’un club où public chaleureux et artistes chauffés à blanc s’entendent pour le meilleur.

Philippe Paschel


Jo JONES : « The Drums by Jo Jones… »

info document -  voir en grand cette imageLe batteur est le musicien le plus important de l’orchestre, non seulement il assure la sécurité rythmique de l’ensemble, mais il en donne la couleur. J’ai souvenir du 22 octobre 1980 à la salle Pleyel où jouait l’orchestre de Count Basie avec un trop vigoureux batteur qui donnait à l’orchestre une allure de tank Sherman. Pour un morceau, Jo Jones le remplaça. Aussitôt, ce fut un orchestre souple, tonique, plein d’allant.
Ce double album est une expérience comme le dit lui-même le batteur, réalisée sous la houlette d’Hugues Panassié en 1969.
Dans le premier disque, Jo Jones (1911-1985) donne des leçons de batterie : de quels instruments elle est composée, quels sont ses accessoires -ce qui permet de comprendre qu’il vient professionnellement de l’orchestre de fosse d’un cinéma muet- ; comment tout cela fonctionne ; quels sont les différents rythmes ; comment jouer avec les différentes sortes d’instruments (saxo, trompette, trombone) ; les différents styles d’accompagnement ; comment passer des baguettes aux mailloches et aux balais sans rompre le tempo ; quelle couleur utiliser à la batterie selon les instruments accompagnés.
Dans le deuxième disque, Jo Jones montre par l’exemple musical les différents apports des batteurs, parmi lesquels Baby Dodds, dont il reproduit le shimmy [Baby Dodds a lui-même enregistré diverses pièces de batterie dont le shimmy, en 1946 chez Folkways, “Talking and drum solos”] , A. G. Godley, Sidney Cattlett, Walter Johnson, Sonny Greer, Billy Gladstone, Chick Webb, Baby Lovett et lui-même. Ensuite il donne les apports des danseurs E. Rector, Baby Lawrence, Bojangles. Ce disque se termine par un Caravan avec Milt Buckner, dans lequel Jones réalise un solo en situation.
Ce disque est indispensable pour les batteurs et les amateurs de batterie. Il sera utile aussi à tous les musiciens qui veulent comprendre ce qui se trame dans leur dos et aux mélomanes qui souhaitent approfondir leur connaissance de ce musicien au son clair et aux idées précises, que l’on a pu voir assez souvent en Europe dans les années 60 et 70 du siècle passé, particulièrement en duo avec Milt Buckner.

Max Roach, en guise de bis, jouait souvent sur une pièce en hommage à Jo Jones, seul sur une charleston.

Philippe Paschel


PEE BEE : « Dolce Vita »

info document -  voir en grand cette imageNino Rota (et Fellini), c’est un peu comme l‘histoire de Broadway et le jazz ; même assise théâtrale et populaire. À une différence près (au minimum), une indéniable universalité de l’un face à une italianité enracinée de l’autre. Néanmoins certains musiciens de jazz italiens tel Enrico Rava mais aussi américains à l’instar de Carla Bley et son Band ont su intégrer cette dernière dans leurs univers respectifs.
P (prononcer à l’anglaise )et B(idem) -soit les initiales des deux musiciens protagonistes de Pee Bee, le saxophoniste Claudio Pallaro et le bassiste Gary Brunton [1]- ont repris le flambeau. Et plutôt de belle manière. Ni copie servile, ni copie conforme, les thèmes sont arrangés en toute liberté, laissant ainsi le soin aux solistes d’improviser -parmi lesquels le trompettiste Gilles Relisieux- ou bien encore le vibraphoniste David Patrois - avant que quelques mesures des airs si connus de La Strada ou bien encore d’Amarcord ne rappellent la grâce poétique des compositions de celui qu’on a identifié à juste titre au cinéma de Fellini ; alors même qu’il est avant tout un musicien classique comme en témoignent, par exemple, ses compositions dans Le Guépard de Visconti où il met ses pas dans ceux de Verdi. Verdi dont il est aussi question dans ce disque qui n’est pas dédié au seul Nino Rota avec aussi le chant des partisans (Bella Cio), un hommage à Verdi (Lullaby of Verdi) précisément, discrètement et sobrement arrangés tous les deux. De l’opéra toujours, non plus avec le compositeur vériste mais avec Umberto Giordano et des airs extraits de son opéra Andrea Chenier (qui inaugurait la nouvelle saison de la Scala de Milan ce 7 décembre dernier) très bien servis par la chanteuse française Sandrine Deschamps toute en émotion contenue. Le succès Via come me de celui qui a incarné le retour de la chanson populaire italienne de qualité, l’avocat - chanteur Paolo Conte, complète cet ensemble cohérent dans ses arrangements et ses interprétations en dépit de ses apparences (Bella Cio et Mamma y morta relèvent d’un autre registre que de la dolce vita on s’en doute) .
Malgré tout la dolce vita, c’était (c’est ?) aussi une « philosophie de la vie », du farniente, de l’oisiveté heureuse dite en italien. Cela vaut bien un Black friday , sa « fièvre acheteuse » (Léo Ferré) et sa langue du commerce.
Ce disque, ses musiciens, ses compositions nous invitent à la savourer.

Jean-Louis Libois


Références, détails et liens :

Romain BARET : « Naissance de l’horizon »

> Label Pince-Oreilles - 011-1 / Inouïe Distribution

Romain Baret : guitare et voix / Éric Prost : saxophone ténor / Florent Briqué : trompette et bugle / Michel Molines : contrebasse / Sébastien Necca : batterie

01. Naissance de l’horizon / 02. Schyzophrénie / 03. Follow and Switch / 04. La Guerre des classes n’a pas eu lieu (elle est permanente) / 05. Respire / 06. La Temporisation du rêve / 07. Some kind of bug : SyntaxError : $unexpected humanity / 08. Schyzophrénie (écho) / 09. A Rise of Hope // Enregistré au Artscène Studio (38300 Bourgoin Jallieu) en février 2017.

Manu CARRÉ ELECTRIC 5 : « Labyrinthe »

> ACM Jazz Label - MCe5-2-1 / Socadisc

Manu Carré : saxophone ténor, compositions / Aurélien Miguel : guitare / Florian Verdier : claviers / Nicolas Luchi : basse / Max Miguel : batterie sauf 6, 7 / Félix Joveniaux : batterie sur 6, 7.

01. Rain ID / 02. Vendredi 27-4 / 03. Labyrinthe / 04. Honfleur / 05. Spritz / 06. Bax / 07. le chat feule / 08. Zen // Enregistré récemment en France.

Sinne EEG : « Dreams »

> Stunt - STUCD 17112 / UVM - Parution le 26 janvier 2018.

Sinne Eeg : voix / Jacob Christoffersen : piano / Larry Koonse : guitare / Scott Colley : contrebasse / Joey Baron : batterie

01. The Bitter End (Eeg-Sko) / 02. Head Over High Heels (Eeg-Mathias) / 03. Love Song (Eeg) / 04. What is This Thing Called Love (Porter) / 05. Falling in Love With Love (Rodgers-Hart) / 06. Dreams (Eeg) / 07. Aleppo (Eeg) / 08. Time to Go (Eeg) / 09. I’ll Remember April (DePaul-Johnson-Raye) / 10. Anything Goes (Porter) // Enregistré à Brooklyn (New York) les 12 et 13 janvier 2017.

Johnny GRIFFIN – Eddie : « Lockjaw » DAVIS Quintet : « At Onkel Pö’s Carnegie Hall – Hamburg 1975 »

> Ce disque est aussi dans la « pile de disques » d’octobre 2017, ICI...

> JazzLine – Delta - N 77046 / Socadisc

Johnny Griffin : saxophone / Eddie « Lockjaw » Davis : saxophone / Tete Montoliu : piano / Niels-Henning Ørsted-Pedersen : contrebasse / Art Taylor : batterie

CD1 : 01. C-Jam Blues / 02. On Green Dolphin Street / 03. Sophisticated Lady / 04. In Walked Bud
CD2 : 01. I Can´t Get Started / 02. Stomping At The Savoy / 03. Funky Fluke // Enregistré en concert à Hambourg (Allemagne) le 8 août 1975.

Jo JONES : « The Drums by Jo Jones… »

> Frémeaux & Associés - FA5672 (2 CDs + Livret 44 pages) / Socadisc

Jo Jones : batterie /+/ Milt Buckner : orgue sur 23-CD2

CD1 : 13 plages en référence aux styles at aux batteurs de jazz
CD2 : 23 plages en référence aux styles at aux batteurs de jazz // Enregistré probablement en février 1973 à New York et en juillet 1969 (?) à Biarritz (23, CD2).

PEE BEE : « Dolce Vita »

> Arts & Spectacles - ASCD170501 / Socadisc

Claudio Pallaro : saxophone ténor / Gary Brunton : contrebasse / Sandrine Deschamps : voix / Gilles Relisieux, Jérémie Bernard : trompette, bugle / Didier Haboyan : saxophone alto / Eric Desbois : saxophone baryton / Frédéric Loiseau : guitare / Vincent Renaudineau, Daniele Israel : trombone / David Patrois : vibraphone / Luc Isenmann : batterie.

01. La Strada / 02. Amarcord / 03. Lullaby Of Verdi / 04. Bella Ciao / 05. Causio E Bettega / 06. Via Con Me / 07. La Mamma Morta Part 1 / 08. La Mamma Morta Part 2 / 09. Song For Timothee / 10. Buonanotte A L’Italia // Enregistré en février 217 à Sormery (Yonne, France).

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[1Également promoteurs d’un big band, il y a une dizaine d’années, dont sont issus les musiciens de cet enregistrement.

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