« Le jazz tisse sa toile... »
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Vitrine de rentrée : septembre 2012.

11 disques « made in France ».

D 9 septembre 2012     H 11:24     A Edouard Hubert, Jean Buzelin, Pierre Gros, Thierry Giard    


Pour cette rentrée 2012, nous commençons par 11 disques made in France, par des musiciens français (et/ou basés en France)...

Sommaire :




ACTUUM : « Brutal music for nice people »

ACTUUM : « Brutal music for nice people » -  voir en grand cette image
ACTUUM : « Brutal music for nice people »
coax12act1 / www.collectifcoax.com

> coax12act1 - www.collectifcoax.com

Benjamin Dousteyssier (sax) / Louis Laurain (tp) / Ronan Courty (b) / Julien Loutelier (dm).

01. Do / 02. 1B / 03. ms1 / 04. ms2 / 05. 1D / 06. 1E / 07. 1C / 08. 1A / 09. Brutal music for nice people.

À la lecture du titre éponyme de la seule composition « littéraire » de ce disque, on pourrait croire que celui-ci nous promet une musique du genre free rock pleine de bombardements et de saturations sonores. Rien à voir, la musique proposée par Benjamin Dousteyssier (principal compositeur) et ses compagnons se révèle d’une grande fraîcheur. Spontanée, vivante, audacieuse, à la fois dense et aérée, concentrée et virevoltante, sérieuse et gaie, elle me fait penser — certains trouveront peut-être la comparaison osée — au quartette d’Ornette Coleman et Don Cherry pour les prises de risques et l’excellent esprit des quatre musiciens. Lesquels jouent sur les appels, les échanges, les contrepoints, les provocations, sans que jamais l’unité du groupe et la couleur musicale de l’ensemble pâtissent de la moindre facilité et de la moindre gratuité. Une musique réfléchie et libre qui maintient l’auditeur en éveil et dans le plaisir de l’écoute, comme ont dû l’apprécier ceux qui ont eu la chance d’entendre Actuum au festival de Vitrolles cet été.

. ::Jean Buzelin ::.

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Sylvain BEUF : « Electric Excentric »

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Sylvain BEUF : « Electric Excentric »
Impro Primo / Harmonia Mundi

> Impro Primo SUCH003 / distribution Harmonia Mundi (parution le 11/09/12)
Sylvain Beuf : saxophones ténor, alto et soprano, compositions / Manu Codjia : guitare / Philippe Bussonnet : basse / Julien Charlet : batterie // + invités / Nicolas Folmer : trompette sur 5 et 8 / Alex Tassel : bugle sur 4 et 7 / Thomas Guei : percussions sur 5 et 10 / Thomas Beuf : accordéon sur 11 // Enregistré au Studio de Meudon en février 2012
01. Jazz Gigue / 02. 2ème Rive / 03. Libertad / 04. Night Walk/ 05. Étoiles / 06. Electric Excentric / 07. Something Sweet / 08. Waiting Free / 09. B Armor / 10. Larmes

On ne l’attendait pas trop dans ce registe mais à l’aube de sa cinquième décennie, le saxophoniste Sylvain Beuf nous fait le coup de l’album « électrique ». Comme c’est un musicien d’expérience(s), il a bien mûri son affaire en commençant par s’entourer par de trois spécialistes branchés. À la basse, transfuge de Magma (cf. plus loin), Philippe Bussonnet s’entend à merveille avec l’excellent et très technique Julien Charlet. Ils mitonnent une rythmique ferme et musclée mais sans lourdeur. C’est plutôt rare dès lors qu’on lorgne vers les mouvances issues du jazz-rock. Nous ne reviendrons pas sur les qualités du toujours irréprochable Manu Codjia qui, au fil des ans, reste un must de la guitare en France (très belle intervention en soliste dans Libertad par exemple...).
Et dans ce contexte, Sylvain Beuf se balade avec aisance sur des compositions qui lui permettent de faire chanter son saxophone qui, dans ce contexte, garde rondeur, souplesse et fluidité du phrasé. S’il privilégie le ténor, il s’exprime aussi au soprano, parfois dans de discrets contrechants en re-recording. Il invite, comme c’est désormais de coutume, deux trompettistes émérites de ses amis, Nicolas Folmer et Alex Tassel ainsi que le percussionniste ivoirien Thomas Guei. Pas de faute de goût !
Électrique ? oui ; excentrique ? pas trop...
Cet « Electric excentric » est un album agréable qui explore de nouveaux chemins (pour son auteur) déjà balisés par d’autres mais on y entend de jolies choses travaillées avec application et une certaine délectation, probablement, pour Sylvain Beuf.

Un disque recommandable.

. ::Thierry Giard ::.

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Pierre de BETHMANN : « GO »

Pierre de BETHMANN : « GO » -  voir en grand cette image
Pierre de BETHMANN : « GO »
Plus Loin Music / Harmonia Mundi

> Plus Loin Music PL4551 / distribution Harmonia Mundi (parution le 11/09/12)
Pierre de Bethmann : piano, fender rhodes, claviers, orgue, compositions / David El-Malek : saxophone ténor / Vincent Arthaud : contrebasse / Franck Agulhon : batterie // Enregistré à Paris en novembre 2011
01. Instable / 02. On Change / 03. Froissé défroissé / 04. Humain, jamais trop / 05. Go / 06. Attends / 07. Prodigue / 08. Friche / 09. Pardi / 10. Pro-Digues

>>Deux points de vue :<<

C’est à un enregistrement de grande qualité qu’on a affaire ici, que ce soit pour les compositions ou encore pour les interprètes. Les conceptions rythmiques et harmoniques les plus complexes des musiques les plus modernes (musiques européennes, Wayne Shorter, Herbie Hancock) ont été assimilées.
De fait, dans cet enregistrement, tout semble s’organiser autour des performances de Pierre de Bethmann, pour lui laisser une place qui se retrouve au fil des plages être toujours la même, la première. D’où un sentiment qui frise parfois la monotonie. Dommage tellement on sent cette maitrise sans laquelle rien ne serait possible mais qui au bout du compte finit par sécher l’expression. Il y manque cette explosion qui aurait du en faire un grand disque.
C’est d’autant plus frustrant (et grande est notre déception) devant, répétons le, des compositions bien construites et savamment organisées et de magnifiques musiciens qui maitrisent langage et instrument.
La performance n’est rien s’il y manque l’essentiel : l’émotion !!

. ::Pierre Gros ::.

Go. Interjection incitant à se lancer dans la mêlée ? À moins qu’il ne s’agisse d’un jeu de réflexion et de stratégie ? Ce disque est un peut tout cela à la fois. Une musique qui se prête au jeu et aux envolées solistes (le pianiste mais aussi l’excellent David El-Malek).
Certes, P. de B. n’a rien d’un Gentil Organisateur pour club de vacances : c’est un vrai leader qui sait ce qu’il veut et parvient à son but avec une équipe de choc habituée à exploiter toutes les phases de jeu en s’appuyant sur une expérience commune qui porte ses fruits (Arthaud - Agulhon : rythmique haute-densité !). Le collectif est indéniablement soudé.
Si cette musique vive et nerveuse, ne surprend guère, son écoute est néanmoins très agréable...
Écoutez et n’hésitez pas à donner votre avis si vous en avez envie !

. ::Thierry Giard ::.

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Édouard FERLET : « Think Bach »

Édouard FERLET : « Think Bach » -  voir en grand cette image
Édouard FERLET : « Think Bach »
Mélisse / Intégral
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

> Mélisse mel666011 / distribution Intégral Musique - (parution le 25/09/12)

Édouard Ferlet : piano Yamaha CFX

01.analecta (prelude en re majeur) / 02.dictame (prelude en la mineur) / 03.a la suite de Jean (prelude a la suite pour violoncelle BWV 1007) / 04.verso (prelude en do mineur BWV 847) / 05.lisiere (prelude en do mineur pour lute BWV 999) / 06.soufle magnetique (suite francaise n°4 en mi bemol majeur) / 07.que ma tristesse demeure (choral de la cantate Jesus que ma joie demeure) / 08.lapsus (prelude en re mineur)
009.diagonale (variation de Golberg n25 BWV 988) / 10.replque (prelude en re bemil majeur BWV 848)

Édouard Ferlet ne joue pas Bach. Il veut jouer avec Bach... Et il y parvient remarquablement en imposant sa propre vision de la musique de « l’organiste de Leipzig ». Dans cette entreprise piégeuse, il se distingue en tous points de ce qu’ont pu faire, autrefois, Jacques Loussier le précurseur (Play Bach), ou, plus récemment Enrico Pieranunzi. L’un jazzifia Bach, l’autre improvise à partir de la musique de Bach (ici) et Édouard Ferlet, lui, re-compose des pièces empruntées à l’œuvre monumentale du maître. Il en dégage parfois une formule rythmique qui devient l’ossature du thème (Analecta, Verso), à d’autres moments, il explore les recoins de la mélodie, aux confins d’un certain romantisme (Dictame, Diagonale...), ailleurs encore, il tisse un nuage harmonique sur lequel viennent se poser les ligne mélodiques (Souffle Magnétique... et sa matière sonore assez mystérieuse).
S’il prend une pose à la Glenn Gould, ce n’est qu’un clin d’œil ambigu peut-être, malicieux aussi. La musique de ce très beau disque (publié sur le label du pianiste : Mélisse), n’est ni un récital Bach, ni une interprétation intellectuelle d’une musique que bien d’autres ont su magnifier. C’est une exploration moderne, sensible, pleine d’intelligence d’un répertoire qui, s’il est daté historiquement, n’en reste pas moins totalement transposable dans le contexte de notre époque.
La preuve !

. ::Thierry Giard ::.

PS : en parallèle de ce disque, un DVD est consacré pianiste et présente son travail en musique et en images.

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FRANZKTRIO : « Terres de blues »

FRANZKTRIO : « Terres de blues » -  voir en grand cette image
FRANZKTRIO : « Terres de blues »
Blue Marge 1013 / futuramarge.free.fr
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

> Blue Marge 1013 - distribution Disques Futura et Marge, http://futuramarge.free.fr

Françoise-Franca Cuomo (voc) / Cyril Trochu (p) / Guillermo Benavides (b).

01. Black, Brown and White / 02. Me and the Devil Blues / 03. Homesick Blues / 04. Ku Klux Klan / 05.Alabama Blues / 06. Faut pas qu’ j’ m’arrête / 07. Route du Sud / 08. Le Blues… / 09. Viens baby / 10. No Images / 11. Dealer/Harlem / 13. Vietnam Blues / 14. Speech.

Enregistré à Fontenay-sous-Bois, les 19-20 mars 2011.

À l’heure où nombre de musiciens français semblent avoir peur de se frotter aux véritables racines du jazz que constitue la grande tradition afro-américaine, pour s’en trouver de moins risquées (mais tellement plus superficielles), saluons la démarche du FranzKTrio qui, au contraire, retourne vers cet inépuisable terreau qu’est le blues, et se replonge dans son contexte socio-politico-historique pour concevoir une œuvre composée comme un véritable spectacle poético-théâtral. Car en aucun moment, la chanteuse Françoise Franca-Cuomo et ses deux compères font ou jouent du blues. Ce qui les intéresse d’abord, c’est le texte, la parole. Aussi vont-ils les chercher chez des bluesmen « auteurs » comme Big Bill Broonzy, Robert Johnson et J.B. Lenoir, autant que chez des poètes afro-américains proches du blues comme Langston Hughes et d’autres moins connus ici. Ces lyrics sont mis en musique de la façon la plus ouverte possible. Toutes les pièces, chantées en anglais et complétées de quelques textes de liaison en français, sont de libres créations originales autour de la notion et de la réalité du blues. À la fois souples mais soignées et précises, et comportant de larges parties improvisées, instrumentales et vocales, elles forment une suite parfaitement cohérente.
Un disque qui sort des sentiers battus, et surtout nécessaire à notre époque amnésique. À écouter absolument et à faire jouer en public.

. ::Jean Buzelin ::.

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LASSERRE / GRIP / BARNÖ : « Can’t Stop Snusing »

LASSERRE / GRIP / BARNÖ : « Can't Stop Snusing » -  voir en grand cette image
LASSERRE / GRIP / BARNÖ : « Can’t Stop Snusing »
Ayler Records / Orkhêstra

> Ayler Records AYLCD-126 - distribution Orkhêstra

Niklas Barbö (tp) / Joel Grip (b) / Didier Lasserre (dm).

01. Admitting / 02. Believing / 03. Deciding / 04. Surrendering / 05. Awakening.

Enregistré à Malakoff, les 11-12 juillet 2011.

De la pure free music improvisée et libre de toute contrainte, dirions-nous lorsque les trois musiciens attaquent et semblent suivre chacun un chemin parallèle à celui du voisin. Pas si vite, car l’auditeur habitué aux rencontres informelles se rend rapidement compte qu’il écoute un vrai trio. Choix des timbres, sonorités tantôt claires, tantôt grésillantes de la trompette de Niklas Barnö, grinçantes et “bruitistes“ des cymbales de Didier Lasserre, nettes (pizzicato) ou stridentes (archet) de la basse de Joel Grip — je résume et simplifie — concourent à créer des atmosphères très variées grâce, justement, à cette économie de moyens et au rendu « naturel » du son des instruments (nous entendons les musiciens comme s’ils jouaient à côté de nous). Chacune des cinq pièces est une véritable « scène » sonore qui laisse entendre la résonance et l’intériorité de l’œuvre musicale. Ainsi, une musique improvisée peut faire un disque construit et cohérent. Ceux pour qui cela semble contradictoire (et les autres aussi !) sont vivement conseillés de se mettre à son écoute.
Pour les amateurs de musique improvisée, mais de tendance électroacoustique cette fois, je recommande l’écoute de la longue pièce d’un autre trio produit par le même label, Ayler Records, qui nous a notamment donné récemment l’excellent disque solo de Daunik Lazro (cf. CultureJazz.fr vitrine janvier 2012), celui de Noël Akchoté (g), Jean-Marc Foussat (electronics), Roger Turner (dm) : « Acid Rain » (Ayler AYLCD-128).

. ::Jean Buzelin ::.

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MAGMA : « Félicité Thösz »

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MAGMA : « Félicité Thösz »
Seventh Records / Harmonia Mundi

> Seventh Records A37 / distribution Harmonia Mundi - (parution le 31/08/12)
FÉLICITÉ THÖSZ : Stella VANDER : chant, chœurs, tambourin / Isabelle FEUILLEBOIS : chant, chœurs, grelots / Hervé AKNIN : chant, chœurs / Benoît ALZIARY : vibraphone / James MAC GAW : guitare / Bruno RUDER : piano / Philippe BUSSONNET : basse / Christian VANDER : batterie, chant, piano, clavier
LES HOMMES SONT VENUS : Stella VANDER : chant, chœurs / Isabelle FEUILLEBOIS : chant, chœurs / Hervé AKNIN, Sandrine DESTEFANIS, Sylvie FISICHELLA, Marcus LINON : chœurs / Christian VANDER : clavier, glockenspiel"
Félicité Thösz (Christian Vander) : 01. Ëkmah / 02. Ëlss / 03. Dzoï / 04. Nüms / 05. Tëha / 06. Waahrz / 07. Dühl / 08. Tsaï ! / 09. Öhst / 10. Zahrr // 11. Les hommes sont venus (Christian Vander) // Enregistré en France entre septembre 2011 et avril 2012.

Si on se fie aux échos de certains médias tout récemment, le concert de Magma lors du dernier festival Jazz à La Villette en ce début septembre 2012 a été salué par des critiques dignes de foi. On s’en réjouit car cette formation est désormais un monument historique dans le paysage composite de la pop-rock-progressive-jazz music.
Christian Vander a réuni et motivé une troupe renouvelée de mercenaires kobaïens avec les filtres magiques de la grande prêtresse Stella Vander (saluons sa remarquable prestation vocale : elle porte ce disque, littéralement).
Cet opus est vraiment bien supérieur au précédent hommage à John Coltrane rendu par le batteur (sous son nom). La suite qu’il a composée, Félicité Thösz, possède une qualité première : elle est assez compacte et concise pour ne pas générer d’ennui. Les pièces courtes s’enchaînent mais elles sont très inégales. On est assez perplexe devant la pièce centrale Teha qui se veut être un hommage à la soul-music de la Tamla Motown mais ressemble plutôt à une confiserie pop à la guimauve, juste avant que Bruno Ruder ne se lance avec emphase dans une pièce en piano solo qui ne manque pas de caractère.
On se laisse entraîner volontiers pas les chœurs qui scandent des sortes danses guerrières (Tsaï !), c’est toute la légende de Magma qu’on retrouve là mais avec une certaine nostalgie (les temps ont changé et Christian Vander semble ne pas avoir bougé de son siège de grand prêtre de son Kobaïa, son pays des merveilles).
La pièce qui conclut le disque, intitulée « Les hommes sont venus » fait office de bonus track, en dehors de la suite... Une déclinaison laborieuse d’un « Tous ensemble, tous ensemble » répété inlassablement sur fond de carillon obstiné, soporifique et aux antipodes des slogans militants. Comme aurait dit ma grand-mère : « C’est un peu cucul la praline... ».

Ceux qui ne connaissent pas les disques « historiques » de Magma (Könhntarkösz, Mëkanik Destrucktïw Kommandöh et les autres..., jadis !) pourront s’y plonger avant de se tourner vers ce disque. Un album peut-être indispensable pour compléter une collection mais sans doute pas fondamental pour la commencer.

. ::Thierry Giard ::.

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David PATROIS Quintet : « Live »

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David PATROIS Quintet : « Live »
Arts et Spectacles / MVS distribution – Anticraft

> Arts et Spectacles ASCD120801 - distribution MVS distribution – Anticraft (parution le 20/08/2012)
David Patrois : vibraphone, marimba / Jean-Charles Richard : saxophone soprano, baryton / Luc Isenmann : batterie / Sébastien Llado : trombone / Pierre Durand : guitare
01. Freedom Jazz Dance / 02. Vaujours / 03. Peaceful Jack / 04. Hal 9000 Intro / 05. Hal 9000 / 06. Demi-teintes / 07. 7 for Reggae/ 08. L’aube des girafes / 09. La Javanaise

Saluons tout d’abord le travail de l’équipe de Cavajazz, scène de jazz et musiques improvisées, qui fait un travail remarquable de programmation régulière des musiques qu’on aime à Viviers, en Ardèche. Sans eux, ce concert n’aurait pas eu lieu et ce disque n’aurait peut-être pas existé. C’était le 29 avril 2009, il y a plus de 3 ans (bonne durée de maturation pour la musique aussi, il faut croire) au Théâtre de Viviers avec de bonnes conditions pour un « Live », l’écoute de ce disque en témoigne.
Le vibraphoniste David Patrois est sans aucun doute un de nos meilleurs vibraphonistes actuels, musicien discret au talent affirmé (et confirmé par Jack DeJohnette comme en témoigne la citation élogieuse qui figure sur la pochette). Il avait réuni un quintet solide et singulier avec saxophone, trombone, guitare et batterie mais sans (contre)basse, ce qui amène une répartition des rôles qui diffère quelque peu des « conventions » du jazz auquel il se réfère pleinement.
Tout cela tourne remarquablement avec musiciens top-niveau : Richard, Llado, Durand et Isenmann, c’est la crème des accompagnateurs. Chacun est capable de faire avancer l’ensemble comme si c’était son propre groupe, autant dire que ça tourne rond et que cette musique a de l’allure.
Le point fort de ce quintet, c’est sans doute la palette de couleurs à laquelle contribue chaque instrumentiste, à commencer par David Patrois qui utilise des accessoires exotiques pour donner au marimba un son de balafon, ajoute des effets de maracas à son jeu de baguettes. Le son prend un « grain » bien particulier... Du célèbre Freedom Jazz Dance de Eddy Harris arrangé façon afro à une Javanaise (Gainsbourg) au déhanchement très antillais, David Patrois propose un répertoire original (dont un clin d’œil au reggae), chaleureux, enjoué et toujours captivant.

Un beau disque et un quintet qu’on aimerait entendre jouer beaucoup plus, souhaitons que cet enregistrement y contribue.

. ::Thierry Giard ::.

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RISSER / DUBOC / PERRAUD : « En Corps »

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RISSER / DUBOC / PERRAUD : « En Corps »
Dark Tree / Orkhêstra

> Dark Tree DT02 - distribution Orkhêstra

Eve Risser (p, p préparé) / Benjamin Duboc (b) / Edward Perraud (dm).

01. Trans / 02. Chant d’encre.

Enregistré à Malakoff, le 16 mars 2012.

Il y a des familles musicales, tout le monde le sait et chacun le sent. Ainsi Benjamin Duboc, ici présent, se retrouvait avec Didier Lasserre en compagnie de, devinez qui ? Daunik Lazro pour le premier enregistrement paru sur Dark Tree (cf. CultureJazz tourne-disques avril 2012). Le revoici sur le second numéro de ce tout jeune label, comme pivot central entouré de l’excellent percussionniste Edward Perraud et de la pianiste Eve Risser. Avec six disques à son actif depuis 2007, dont cinq sur le label berlinois Umlaut Records, cette jeune musicienne s’avère comme une exploratrice sonore étonnante, nourrissant le « ventre » de son piano de multiples objets qu’elle bricole souvent elle-même. Certes, le procédé du piano préparé n’est pas neuf, mais il prend chez elle une importance essentielle, ne serait-ce que par le contraste provoqué par les sonorités curieuses et insolites qui viennent contrarier de petites grappes de notes perlées d’une grande pureté. Si la musique, dans son déroulement, possède un caractère un peu répétitif, elle évolue progressivement, grâce notamment au drumming crescendo de Perraud, tandis que Duboc apporte la mouvance et la souplesse d’une presque walking bass insistante. Les deux pièces proposées, se répartissant en deux tiers-un tiers du temps, sont donc de véritables mises en espace, sortes d’installations sonores, mais où l’accumulation des « bruits » délivrés par le piano et les percussions n’engendre jamais dureté ni raideur ni froideur.
Même si le final de la première pièce est un peu long (il fait un peu « disque rayé »), c’est une musique vivante et aérée qui sourd de cet enregistrement, une musique contemporaine qui respire.

. ::Jean Buzelin ::.

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Laurent ROCHELLE : « Les amours invisbles »

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Laurent ROCHELLE : « Les amours invisbles »
Linoleum Records / www.linoleum-records.com

> Linoleum Records LIN 011 / disponible sur www.linoleum-records.com (paru le 01/07/12)
Laurent Rochelle : composition, saxophones soprano et alto / clarinette, piano, mélodica, violons, Fender Rhodes, thérémine, percussions, voix, programmations /+ / Nathalie Boulanger : violon sur 1, 8, 9 / Marie-Florene ricard : violon alto sur 8 / Jélianne Trémoulet : violoncelle sur 9 / Marie-Madeleine Mille : viloncelle sur 1, 2, 7, 8, 9, 10 / Laurent Avizou : guitare sur 6 / Denis Frâgerman : guitare sur 11 / Edit Gergely : voix sur 4/ Alima Hamel : voix sur 6 / Audrey Durand : voix sur 10 / Masako Ishimura : flûte sur 8 / Laurent Paris : percussions sur 4 / Loïc Schild : batterie, marimba sir 1 et 6 / Cédric Marcucci : batterie sur 2 et 9
01. Lumen in Lumine / 02. Passages / 03. Mon cœur minotaure / 04. Serpentine Dreams / 05. Dreaming of Kumiko / 06. I died for beauty / 07. Screen and faces / 08. Des jours et des larmes / 09. Quelques notes de pluie sur un grand piano noir / 10. Green forest song / 11. Coda // Enregistré et mixé à Toulouse par Laurent Rochelle

Le multi-instrumentiste Laurent Rochelle nous offre avec « Les amours invisibles » un décor minimaliste ascétique et varié. Des compositions architecturales aux ostinatos évoquant quelques jazz-rock(s) nostalgiques, le découpage orchestral mis en place, qui fait se mêler les arrangements à l’écriture, nous dévoile parfois un peu trop ses propres ficelles. Cette musique à mi-parcours entre Moondog, Philip Glass, Univers Zéro et Mike Oldfield (et oui, tout ça !) déploie tout un univers sonore qui le plus souvent touche (percussions, tablas, guitare, l’utilisation des voix, etc.) mais parfois coule (certaines couleurs électroniques ou arrangements de cordes, chant lyrique, etc.).
Quelques moments de bravoures nous emportent cependant. Notamment les improvisations d’anches sur les crescendo d’orchestre tournoyants, ou certains passages instrumentaux plus lyriques – comme le monologue de clarinette basse sur Mon cœur minotaure, à la sonorité juste réverbérée pour nous ouvrir un espace sur l’esthétique ECM, tout comme le fait à sa manière la pochette du disque.

. ::Édouard Hubert ::.

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WOLAND ATHELTIC CLUB : « Marguerite »

WOLAND ATHELTIC CLUB : « Marguerite » -  voir en grand cette image
WOLAND ATHELTIC CLUB : « Marguerite »
Carton records / www.cartoncartoncarton.com

> Carton records croixcroix3/baton5 / disponible sur : www.cartoncartoncarton.com/wac.html et distribution numérique : Zébrlution ( paru le 02/05/12)

Nicolas Stephan : saxophones, voix / Antonin Rayon : Hammond B3, clavinet, glockenspiel, chœurs / Sébastien Brun : batterie, claviers, petite voix / anne-sophie arnaud : excentricités corporelles et-ou acte théâtral

01. Le coup du bocal / 02. Revolution / 03. Question Mark / 04. LIP 1 / 05. Nÿu / 06. Du rafting dans les ruelles / 07. LIP 10 // Enregistré en 2008.

Ça s’ouvre avec un ostinato d’orgue, sur lequel on nous fait la taxinomie des races de chevaux, de manière somme toute surréaliste, pour finir dans une apothéose binaire de sax overdubés. Le coup du bocal. Nous voila d’emblée prévenu de la démarche de cet ensemble original. C’est pop, mais c’est free. Et c’est tout autant glam que prog déjanté ou space crazy rock (Hammond B3 oblige). Mais aussi, ça aime les cassures rythmiques et les changements métriques. Et ça chante, en anglais (les constructions de Revolution ou LIP 1 nous évoquent les tentatives musicales de Brion Gysin). Univers atypique, ça fleure le Menilmontant électrique, les excentricités du Surnat’ Orchestra (Nicolas Stephan) ou les échos du Wildmimi (Antonin Rayon). En tout cas, c’est très sérieux, mais ça ne s’y prend pas. WAC ajoute avec « Marguerite » une couleur supplémentaire à la palette french touch d’un jazz pas vraiment jazz.
« – Et où est-ce qu’on va, à cheval, Tonton ?
– Où tu veux ! »
Woland Athletic Club « lance son disque le plus loin possible ». C’est un disque Carton (Carton records - LIEN !!!). Et c’est déjà une expérience quand il arrive à vos oreilles.

. ::Édouard Hubert ::.

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