« Le jazz tisse sa toile... »
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Vitrine de cinq disques pour la fin d’avril.

D 28 avril 2015     H 16:55     A Thierry Giard, Yves Dorison    


Au sommaire :


Samuel BLASER Quartet : « Spring Rain »

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Samuel BLASER Quartet : « Spring Rain »
Whirlwind
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On aime !

« Ce que Samuel Blaser a si bien réalisé ici, c’est de construire un répertoire et un environnement musical qui donnent libre cours aux impulsions que Jimmy Giuffre avait imaginées et entretenues ». C’est le bassiste Steve Swallow qui l’écrit dans les notes qui accompagnent ce disque. Il explique par ailleurs comment le pianiste Paul Bley et lui-même ont pu adhérer aux conceptions musicales du saxophoniste-clarinettiste Jimmy Giuffre dans le travail de leur légendaire trio basé sur de nombreuses répétitions qui comportaient autant de discussions et d’échanges sur l’élaboration de la musique que de moments de pratique proprement dite.
Samuel Blaser, on le sait est passionné autant par l’esprit de la musique qu’il pratique que par sa mise en forme. Après s’être penché, par exemple sur l’œuvre de Guillaume de Machaut comme dans un jeu de miroirs (« A Mirror to Machaut » avec aussi Russ Lossing et Drew Gress en 2013), il dessine un hommage à Jimmy Giuffre qui est aussi un jeu de reflets pour dégager un esprit et des modes de jeu sans chercher l’imitation. D’ailleurs, il s’est bien gardé d’y associer un instrument à anches mais ne se prive pas d’ajouter des claviers aux sonorités volontairement « impures » comme pour rappeler que Giuffre connut aussi la tentation de l’électricité dans les années 80 (« Dragonfly » et « Quasar » - Soul Note 1983, 1985).
Le concept ne pourrait se suffire à lui-même sans la force, l’inventivité et la complicité d’un quartet exceptionnel. Samuel Blaser, grand expert des couleurs et des textures au trombone, digne héritier d’Albert Mangelsdorff (« Trippin’ » en solo est éblouissant), musicien-compositeur-architecte musical de grand talent a trouvé l’associé idéal en la personne du pianiste Russ Lossing, musicien doué des mêmes qualités et d’un talent trop méconnu qui reste aussi inventif sur le piano seul (leur duo sur quatre plages en témoigne) qu’en jonglant d’un clavier à l’autre (en quartet) à l’opposé des clichés de la « fusion ». Quant à la « rythmique » que composent Drew Gress, grand maître de la contrebasse, et ce batteur à la finesse incomparable qu’est Gerald Cleaver, elle est exceptionnelle d’intelligence et d’écoute.
Voilà donc un disque d’une grande force et d’une richesse rare dont l’unité n’est jamais bousculée par la diversité des formes, des matières et des couleurs, qu’il s’agisse de remodeler trois compositions de Jimmy Giuffre, de donner vie en beauté à des thèmes originaux ou d’offrir comme un rose finale le magnifique « Jesus Maria » que Carla Bley composa jadis pour le trio de Paul Bley... avec Steve Swallow. La boucle se referme sur un grand disque.

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Eliane ELIAS : « Made in Brazil »

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Eliane ELIAS : « Made in Brazil »
Concord

Qui l’eut cru Zoé ? s’exclama Robinson en regardant sa copine onduler sur son transat, mojito en main qui écoutait Eliane hélas sur son baladeur, devant la piscine du pont supérieur ? Il faut dire que cette musique… cette musique… ça vous chatouille sérieux, hein ? Ou ça vous grattouille... Tu sais quoi ma Zoé ? La promo annonce (rien moins) que «  Made in Brazil est destiné à devenir un classique du Brésil au 21ème siècle.  » Yes ! Alléluia ! Invités prestigieux et tout le toutim. Les amateurs de musique du ciel et de la terre entière vont se ruer là-dessus, pire qu’un affamé sur l’ombre d’une croûte de pain rassis. C’est de la bonne. Oh mon Dieu, mon Dieu ! Mais que j’aime que La croisière s’amuse ! (Tiens, saviez-vous qu’Andy Warhol fait une apparition dans cette série hautement, totalement, inestimablement, Mythique ?) Ah Partir, partir ! Loin des tâches ménagères de plus de cinquante ans... Du rêve, je veux du rêve ! Costa Concordia ! Vite ! Manger à la table du capitaine s’il est encore parmi nous… Le soleil, indice 180, être pelé ! Strings et bidonvilles à l’arrivée. Demain tout ira bien. Aujourd’hui tout est beau.

Alors parlons musique. Voilà c’est fait. Que dire de plus ? Mmm ? C’est bizarre que ce projet mirifique ne soit pas programmé à Vienne. Si cool pourtant. Ça coulait de source tant ça dégouline. Pourtant elle a déjà viendu dans cet amphi théâtral. Pas assez reconnue Eliane ? Pas assez vieille encore ? Ah ! À ce propos, parlons donc de la pochette qui deviendra assurément un classique intemporel. Si Eliane Elias s’est simplement posée devant l’objectif du photographe afin qu’il accouche de ce chef d’œuvre, nous concluons que l’esthéticienne qui s’est occupé du make up a passé un C.A.P de maçonnerie. Si un logiciel de retouche est responsable du résultat, gageons que le type qui l’a utilisé est aveugle de naissance. A moins qu’il soit bourré d’humour. Et je vous passe la rubrique Mode. CultureJazz est une institution sérieuse, enfin... Question : Que ce soit la brésilienne dont on parle ou la canadienne à laquelle vous pensez, qu’ont-elles donc à vouloir ainsi amocher leur talent initial ? Tout un chacun sait qu’elles valent mieux que ça. Oh non, ne serait-ce donc que cupidité ?

OUI... On déteste !

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Charles LLOYD : « Wild Man Dance »

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Charles LLOYD : « Wild Man Dance »
Blue Note
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On aime !

Le chercheur de son frappe encore. À quelle porte ? La sienne. Celle derrière laquelle il imagine depuis plus de cinquante ans trouver le son ultime, le sien. Il faut en arpenter des voies avant que d’être proche de ce Graal. Et il faut en créer, autant qu’en écouter, des voix. Leur corps protéiforme ne se révèle que dans le souffle et le rythme. Alors Charles souffle, s’agite et crée. Charles, le percussif, imagine et conçoit. Et il rencontre aussi. Ceux que le destin lui envoie. Ensemble ils façonnent, ils malaxent, ils pétrissent. Ensemble ils prient leurs dieux. Charles se fout des sept premiers jours. C’est de la préhistoire. C’est bon pour les terriens. Charles, c’est un démiurge pour les temps à venir. Le huitième jour lui appartient. Là commence sa création.
« Je suis un bluesman qui entreprend un voyage spirituel. Le blues est issu d’une quête de liberté. Mon chemin spirituel est la quête d’une libération de l’âme. » Dixit Charles Tiens, prends ça dans les oreilles et vole ! Avec un peu de chance et quelque intuition, tu rejoindras l’escadrille des vivants amoureux du songe, ceux dont G.K.Chesterton dit qu’ils sont flottants et rêveurs, qu’ils laissent pousser l’herbe sous leurs pieds. La Quête, ce n’est pas seulement à la messe, Lloyd vous l’assure…

OUI ! On adore !

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Enrico PIERANUNZI – Federico CASAGRANDE : « Double Circle »

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Enrico PIERANUNZI – Federico CASAGRANDE : « Double Circle »
CamJazz
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On aime !

Sur la pochette du CD, Enrico Pieranunzi et Federico Casagrande apparaissent entre les cercles. Peut-on dire qu’ils appartiennent à celui des poètes apparus ? Qu’ils sont de ces musiciens qui, à la musique, ont décidé d’offrir la note et son reflet dans un savant mélange de poésie musicale et de parfaite maîtrise instrumentale ? Selon les compositions, l’ambiance oscille entre douceur et vélocité. Il nous semble que le pianiste et le guitariste, dans une joute empathique, s’amusent de leurs muses en échafaudant des dialogues où l’à-propos le dispute à la surprise. La rigueur académique que l’on perçoit par instant n’est pas envahissante car elle est ici perçue dans sa version latine, lyrique. Immergé dans un foisonnement mélodique, l’auditeur est embarqué pour une ballade méditerranéenne, au gré des alizés. De fait, dans ces compositions comme dans le jeu des musiciens, rien ne s’oppose à l’épanouissement de l’élégance. Et même si cette dernière notion, qui emprunte autant à l’intelligence qu’à la délicatesse, semble aujourd’hui plus évanescente qu’elle ne fut, il n’en demeure pas moins qu’elle est indispensable à la musique comme aux gens de bonne compagnie. Tout au long de ce disque, En(Fede)rico Pieranunzi et Casagrande en sont les dépositaires, ce qui ravit notre ouïe.

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Indra RIOS-MOORE : « Heartland »

Indra Rios-Moore : « Heartland » -  voir en grand cette image
Indra Rios-Moore : « Heartland »
Impulse !

Dernier arrivage du label Impulse ! (éditeur historique ramené à la vie, en France, il y a quelques mois). D’un côté l’infâme Sylva des Snarky Puppy qui transforment le respectable Metropole Orchestra en un tapis IKEA pour une musique insipide mais qui électrise les foules (Que leur trouve-t-on à ces gamins à l’insupportable suffisance ?).
Et puis, il y a Indra Rios-Moore. Le premier titre un peu chaloupé nous fait craindre un disque bien banal et puis, sur le ton de la ballade, s’enchaînent des interprétations souvent renversantes de sensibilité. Il y a chez cette chanteuse une manière de faire danser la voix, de la laisser flotter autour des mélodies qui est finalement assez rare même sur un répertoire apparemment « facile ».
Quelques jours se sont écoulés après cette découverte et Christian Ducasse, sous le charme, postait ses impressions sur notre page Facebook à la suite du concert que donna la musicienne au Duc des Lombards (Paris) le 23 avril dernier. Il écrivait : "Sur scène la jeune chanteuse confesse la riche présence passée de sa mère, nous indique que chez elle, tout vient du cœur... qu’elle adore voyager dans la musique populaire... et ses univers sont larges : de ceux de Bowie ou Pink Floyd à Ellington. Ce jeudi soir au Duc, la qualité acoustique nous rapproche de l’essence de cette belle artiste qui vient de faire paraître « Heartland » chez Impulse.
En direct ou sur CD, tout respire le blues, celui qui va bon train.
"
Un disque que nous ne pouvons que vous conseiller pour découvrir cette chanteuse sensible qui a partagé sa vie entre les USA et ce Danemark d’où nous vient le saxophoniste Benjamin Traerup qui lie le chant de ses anches à celui de son épouse Indra.
Touché du côté du cœur !

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Les références :

Samuel BLASER Quartet : « Spring Rain »

> Whirlwind Recordings WR4670 / Bertus distribution (parution le 28/04/2015)

Samuel Blaser : trombone / Russ Lossing : piano, Fender Rhodes, Wurlitzer, Minimoog / Drew Gress : contrebasse / Gerald Cleaver : batterie

01. Cry Want (J. Giuffre) / 02. Missing Mark Suetterlyn / 03. Temporarily (Carla Bley) / 04. Homage / 05. Umbra (Blaser-Lossing) / 06. The First Snow / 07. Scootin’ About (J. Giuffre) / 08. Trudgin’ (J. Giuffre) / 09. Spring Rain / 10. Trippin’ / 11. Counterparts / 12. Jesus Maria (Carla Bley) // Enregistré à Hoboken (New Jersey - USA) en janvier 2014 et à Berlin (Allemagne) en décembre 2014.

Retrouvez ce disque dans la « Pile de disques » d’avril 2015 sur CultureJazz.fr, ici !

Eliane ELIAS : « Made in Brazil »

> Concord Records 723 6693 / Universal

Elias Eliane : voix, piano / Marcelo Mariano : basse électrique / Marcus Teixeira et Roberto Menesca : guitares / Edu Ribeiro et Rafael Barata : batterie / Mauro Refesco et Marivaldo dos Santos : percussion /+/ Take 6, Amanda Brecker Ed Motta, Roberto Menescal, Mark Kibble / + orchestre : membres du London Symphony Orchestra.

01. Brasil (Aquarela do Brasil) / 02. Você / 03. Aguas de Março (Waters of March) / 04. Searching / 05. Some Enchanted Place / 06. Incendiando / 07. Vida (if not you) / 08. Este Seu Olhar - Promessas / 09. Driving Ambition / 10. Rio / 11. A Sorte Do Amor (The luck of love) / 12. No Tabuleiro da Baiana // Enregistré à Sao Paulo (Brésil) et à Londres (Abbey Road Studios) pour les orchestrations.

Retrouvez ce disque dans la « Pile de disques » d’avril 2015 sur CultureJazz.fr, ici !

Charles LLOYD : « Wild Man Dance »

> Blue Note / Universal

Charles Lloyd : saxophone ténor / Gerald Clayton : piano / Joe Sanders : contrebasse / Gerald Cleaver : batterie / Sokratis Sinopoulos : lyre gecque / Miklós Lukács : cimbalom

01. Flying Over The Odra Valley / 02. Gardner / 03. Lark / 04. River / 05. Invitation / 06. Wild Man Dance // Enregistré en concert au festival Jazztopad de Wroclaw (pologne) en novembre 2013.

Retrouvez ce disque dans la « Pile de disques » d’avril 2015 sur CultureJazz.fr, ici !

Enrico PIERANUNZI – Federico CASAGRANDE : « Double Circle »

> CamJazz CAMJ 7885 / Harmonia Mundi

Enrico Pieranunzi : piano / Federico Casagrande : guitare acoustique

01. Anne Blomster Sang (Pieranunzi) / 02. Periph (Pieranunzi) / 03. Sector 1 (Pieranunzi-Casagrande) / 04. Clear (Casagrande) / 05. Dangerous Paths (Casagrande) / 06. Within The House Of Night (Pieranunzi) / 07. No-Nonsense (Pieranunzi) / 08. Beija Flor (Silva-Tomas-Cavaquinho) / 09. Disclosure (Casagrande) / 10. Sector 2 (Pieranunzi-Casagrande) / 11. Charlie Haden (Pieranunzi) // Enregistré du 12 au 14 novembre 2014 au Artesuono Recording Studio à Cavalicco (Udine) Italie.

Retrouvez ce disque dans la « Pile de disques » d’avril 2015 sur CultureJazz.fr, ici !

Indra RIOS-MOORE : « Heartland »

> Impulse ! 470 8691 / Universal

Indra Rios-Moore : voix / Benjamin Traerup : saxophone ténor / Thomas Sejthen : contrebasse / Uffe Steen : guitare / Jay Bellerose : batterie

01. Little Black Train (Trad.) / 02. Azure (D. Ellington - I. Mills) / 03. Money (R. Waters) / 04. What Becomes Of The Broken Hearted (W. Weatherspoon - P. Riser - J. Dean) / 05. From Silence (T. Bartlett) / 06. Blue Railroad Train (A. And R. Delmore) / 07. Heroes (D. Bowie - B. Eno) / 08. Hacia Donde (M. Valdes) / 09. Your Long Journey (Watson) / 10. Oshun (Trad.) / 11. Solitude (D. Ellington - E. De Lange - I. Mills) // Enregistré à Los Angeles en 2014 (?).