« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Sur scène » Sur scène en 2015 » CHARLIE JAZZ FESTIVAL 2015 à Vitrolles.

CHARLIE JAZZ FESTIVAL 2015 à Vitrolles.

Au domaine de Fontblanche du 3 au 5 juillet

D 27 juillet 2015     H 11:23     A Florence Ducommun    


CHARLIE FREE, c’est tout un symbole, encore plus vif cette année. Le festival est attendu par bon nombre de fondus du jazz, autant pour l’excellente programmation répétée chaque année que pour le cadre magnifique où chacun peut déambuler, se reposer, amener les enfants, écouter les fanfares etc... Dès l’annonce des artistes à venir quelques semaines avant, nous étions donc nombreux à savoir que nous serions là ! Pensez donc : Ambrose Akinmusire, Sylvain Luc, Stefano Di Battista, Renaud Garcia-Fons, Paolo Fresu, Omar Sosa, Trilok Gurtu, Brad Meldhau... excusez du peu ! dans une ambiance de rêve sous les platanes du grand parc de Fontblanche, au milieu des cigales particulièrement bavardes ces trois jours, cette édition a remporté un énorme succès et a battu des records de fréquentation !

Vendredi 3 juillet

Fanfare Accoules Sax -  voir en grand cette image
Fanfare Accoules Sax

Ambiance caniculaire par rapport à l’an passé pour démarrer la soirée avec la Fanfare Accoules Sax qui accueille les premiers arrivés qui vont tout droit à la buvette. Depuis 27 ans , écouter Accoules Sax ( six saxophones encadrés d’une caisse claire et grosse caisse), le légendaire groupe de Jazz Funk de Marseille, est synonyme de fiesta endiablée ! Tous transpirent à grosses gouttes et font monter la température d’un cran en déambulant au milieu du domaine.

Le TRIO D’EN BAS inaugure en fin d’après-midi la petite Scène du Moulin et le public s’agglutine peu à peu pour écouter ce répertoire très éclectique et inventif. Il faut dire que Arnaud Rouanet (sax ténor, clarinettes, percussions, sampler, voix), Yoan Scheidt (batterie, euphonium, vibraphone, voix) et Samuel Bourille (piano, claviers,sax soprano, flûte, percussions, voix) savent y faire pour capter l’attention, issus qu’ils sont de la Compagnie Lubat. J’apprendrai de leur bouche que le trio se séparera prochainement après 10 ans de vie commune pour voguer chacun de leur côté... Dommage, c’était bien réjouissant ! A écouter : « Trio d’en bas Enlève le haut » sorti il y a 3 ans.

JPEG - 70.6 ko
Ambrose Akinmusire Quartet

En première partie de soirée sur la Scène des Platanes ( la feuille de platane était le symbole du festival cette année), le public se presse déjà pour écouter le quartet du trompettiste Ambrose Akinmusire, entouré de Sam Harris au piano, Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown à la batterie. Il ne sera pas déçu par cet incroyable musicien découvert par Steve Coleman et dont chacun guette souvent la venue en France. Les morceaux de ses deux disques ( « When The Heart Emerges Glistening » et « The Imagined Savior Is Far Easier To Paint » ) se succèdent tandis que les cigales s’en donnent à cœur-joie. La trompette n’a jamais été aussi vivante qu’en pleurant sur « Regret no more », c’est une voix qu’on entend ! Ambrose suspend le temps en fait en étirant ses notes et laisse beaucoup de place à ses musiciens très expressifs.

JPEG - 102.9 ko
Pierre-François Dufour, Sylvain Luc, Daniele Sorrentino et Stefano Di Battista.

Lui fait suite le quartet du superbe guitariste Sylvain Luc et du saxophoniste Stefano Di Battista, dont font partie Daniele Sorrentino à la basse et Pierre-François Dufour à la batterie et violoncelle. Avec la verve toute italienne de Stefano au soprano et à l’alto, c’est la gaité et la joie qui envahissent la scène durant presque 2 heures autour de thèmes d’Ennio Morricone ( « Cinema Paradiso » et « Giu’ la testa » extrait de « Il était une fois la révolution »), Michel Legrand ( « What are you doing the rest of your life », extrait du film « Confetti » et « Dingo rock » ) qui sont revisités avec générosité, ainsi que des compositions comme « Sauvage » et « Fresh », avec un rappel sur « I’ve got a woman », l’increvable succès de Ray Charles. Le disque « Giu’ la Testa » est sorti l’automne dernier et rencontre un succès mérité, car tous quatre sont vraiment prodigieux ! Et l’instant magique où les cigales se sont éteintes au premier coup d’archet de Pierre-François Dufour, après que Stefano se soit plaint de leur vacarme, a été vraiment incroyable !

Samedi 4 juillet

Emmanuel Cremer Quartet -  voir en grand cette image
Emmanuel Cremer Quartet

Le quartet d’Emmanuel Cremer introduit les festivités sur la scène du Moulin : le violoncelliste marseillais, qui vient de terminer une résidence au Moulin à jazz, nous propose sa nouvelle création « Two Level Lunch » avec Lionel Garcin au saxophone, Alex Ward à la clarinette et Dominic Lash à la contrebasse. Croisement des cordes et des bois pour une musique écrite mais également empreinte de liberté, aux sonorités surprenantes évoquant diverses activités industrielles ? Pas toujours facile à suivre mais non dénuée de poésie.

La fanfare marseillaise Tahar Tag’l composée de 15 musiciens accompagnera notre repas : survitaminée, elle souffle un grand vent de folie sur des airs jazz, punk ou rock et petits et grands se régalent à les regarder !

Renaud Garcia-Fons et Stephan Caracci -  voir en grand cette image
Renaud Garcia-Fons et Stephan Caracci

La soirée débute avec le trio de Renaud Garcia-Fons, accompagné de David Venitucci à l’accordéon et Stephan Caracci à la batterie et vibraphone : est-ce l’effet de la chaleur qui m’a assommée, mais ce trio qui présentait la création « Revoir Paris » dont le disque devrait sortir prochainement, ne m’accroche pas vraiment... La contrebasse souffre aussi et la colophane fond... Les musiciens ne se lâchent pas vraiment, trop collés aux partitions... Le public apprécie cependant, car Paris est accrocheur avec des titres comme « Montmartre en courant » ou « La Rue du Dragon », en passant par « Monsieur Taxi » ou « Le long de la Seine » et l’ensemble est évidemment plaisant ; il manque encore quelques concerts sans doute pour que cette formation prenne son envol.

JPEG - 142.2 ko
Omar Sosa, Paolo Fresu & Trilok Gurtu

En seconde partie de soirée, me voilà tout à fait réveillée pour écouter le sarde Paolo Fresu à la trompette, le cubain Omar Sosa au piano et le roi des tablas indien Trilok Gurtu aux percussions. Je les ai tous déjà écoutés en concert, à Junas ou aux Cinq Continents à Marseille, mais pas les trois ensemble. Deux heures délicieuses, sous la protection des dieux ( La santeria pour Sosa qui arrive sur scène avec sa veilleuse, et Shivah invoquée par Gurtuk lorsqu’il utilise seaux d’eau et cymbales...impressionnant... Le son clair de la trompette de Fresu montant dans l’air tiède restera longtemps dans les mémoires, leur bonheur de jouer ensemble est manifeste ! Ils s’amusent comme des gamins et le duo scatté d’Omar Sosa avec Trilok Gurtu est réjouissant ! Gurtu utilise une impressionnante palette d’onomatopées, entre scat et rap : du world jazz certes, qui montre l’immense territoire du mot jazz après avoir écouté le quartet d’Emmanuel Cremer en fin d’après-midi !

Dimanche 5 juillet

Jérémie Piazza -  voir en grand cette image
Jérémie Piazza

Troisième chaude journée placée sous le signe de la diversité : Petite Vengeance sur la Scène du Moulin, accroche aussitôt le public. Lauréat de la Tournée Jazz Migration 2015 , ce duo composé de Raphael Quenehen aux saxophones et Jérémie Piazza à la batterie et guitare, issus de Papanosh, a soufflé un vent fantastique ! Quel talent ! Lire la chronique d’Alain Gauthier au Mans (lire ici !) et à voir plutôt qu’écouter en disque ( « Mon Amérique à Toi » ) qui me paraissait trop brouillon, avec beaucoup de titres et de styles trop différents. Mais j’ai adhéré aussitôt en les voyant sur scène !

.

JPEG - 170.3 ko
Fanfare Impérial Kirikistan

Tandis que les sièges devant la grande Scène des Platanes se remplissent depuis 18 heures pour voir la star annoncée comme le must de cette édition ( Brad Meldhau ), La Fanfare Imperial Kikiristan déboule alors dans le parc pour une heure à donner le tournis. Les sept musiciens s’emploient à détendre encore plus l’atmosphère en jouant leurs airs d’un pays imaginaire que je situerais malgré tout en Europe de l’Est vu le nom du groupe et des musiciens qui ont digéré tout un répertoire loufoque et plein de folie, qui vient taquiner le public allongé par terre ou dans les transats et les intègrent dans leur show ! Sérieux, s’abstenir !

Et voilà le trio tant attendu de Brad Meldhau accompagné de Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie. Pas de photos évidemment, ce qui sera fort dommage, car Brad est photogénique en tenue très décontractée comme à l’accoutumée, je dirais même négligée... et le voir en position de yogi sur son tabouret, ou manifester son agacement aux piqûres de moustiques est assez drôle ! Ce seront deux heures d’un concert qui a fait parc plein, du 5 étoiles de luxe je dirais, mais du coup un peu froid quand même, tout en retenue , avec deux bis. J’ai attendu le second morceau pour commencer à décoller. Compositions personnelles, reprises de Brian Russell et des Beach Boys, ou encore de Bechett ( « Si tu vois ma mère »), tout est talentueux mais encore une fois manquant d’incarnation quoique manifestement Brad semble avoir aimé jouer dans cet endroit . Mention spéciale à Jeff Ballard et Larry Grenadier, des musiciens également de haute volée dont la renommée n’est plus à faire !

(Pas de photos de Brad Mehldau trio ici, et pour cause, mais regardez sur Google+, ici, et Facebook , là ! NDLR)

La soirée se terminera ensuite fort tard avec le Magnetic Ensemble et leur performance electrojazz, puisque les portes du Parc se sont ouvertes pour accueillir tout le monde. Pour une histoire de co-voiturage, je n’ai hélas pas pu assister à ce spectacle avec Thomas de Pourquery, dont on m’a rapporté l’excellence !

Fanfare Accoules Sax Le Trio d’en Bas Ambrose Akinmusire Quartet Ambrose Akinmusire Pierre-François Dufour, Sylvain Luc, Daniele Sorrentino et Stefano Di Battista. Emmanuel Cremer Quartet Sylvain Luc Fanfare Tahar Tag’l Renaud Garcia-Fons et Stephan Caracci David Venitucci Omar Sosa Paolo Fresu Trilok Gurtu Omar Sosa, Paolo Fresu & Trilok Gurtu Jérémie Piazza Raphaël Quenehen Fanfare Impérial Kirikistan

Le festival Charlie Free a battu un record de fréquentation cette année ! 3477 spectateurs en trois soirées, soit 1000 de plus que l’an dernier ! Il faut dire que la qualité de la programmation, le temps extraordinaire, les tarifs attractifs, le lieu plein de charme qui permet le repos et la venue des enfants également, les buvettes et foodtrucks sympathiques, la boutique des Allumés du Jazz et ses excellents CD composent un ensemble qui a beaucoup de personnalité ! Je ne voudrais pas terminer sans parler aussi de l’excellente exposition annexe JazzBox que l’on trouve dans quelques festivals, mais pas tous et c’est bien dommage : périple sonore et visuel sur l’histoire du jazz en 8 fictions, on voyage dans 8 univers en pénétrant dans des isoloirs où des maquettes sont mises en son et lumière sur des textes et propositions musicales de Philippe Méziat, la conception et réalisation étant de Céline Léna. (lire l’article d’Armel Bloch sur CultureJazz.fr en février 2014)

Rendez-vous l’année prochaine où il sera difficile de faire mieux, mais où chacun va s’y employer pour le plus grand bonheur de tous ! En attendant, nous retrouverons l’équipe menée par Aurélien Pitavy au Moulin à Jazz dès la rentrée prochaine !


Pour aller plus loin :

Portfolio

  • Le Trio d'en Bas
  • Ambrose Akinmusire
  • Sylvain Luc
  • Fanfare Tahar Tag'l
  • David Venitucci
  • Omar Sosa
  • Paolo Fresu
  • Trilok Gurtu
  • Raphaël Quenehen