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Vitrine de disques - février 2016 #2

D 22 février 2016     H 06:30     A Florence Ducommun, Philippe Paschel, Yves Dorison    


Au menu, par ordre alphabétique :


Céline BONACINA : « Crystal Rain »

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Céline BONACINA : « Crystal Rain »
Cristal Records
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On aime !

Conquise dès la première écoute, je pense que la saxophoniste baryton (et soprano) Céline Bonacina signe là un disque majeur au sein de son parcours avec son nouveau quartet le Crystal Quartet. Trois musiciens de rêve pour l’accompagner : le talentueux pianiste britannique Gwilym Simcock, génie créatif selon Chick Corea, avec lequel Céline collabore depuis 2013 lors d’une carte blanche à l’Amphithéâtre de l’Opéra de Lyon avec le contrebassiste Michel Benita ; le percussionniste et batteur virtuose Asaf Sirkis, d’origine israélienne habitant à Londres et le contrebassiste canadien Chris Jennings vivant à Paris depuis 2002. La majorité des compositions est de Céline, le pianiste en signant une et collaborant sur une autre, tandis que Chris Jennings clôt le disque sur Vantan.

Superbe ouverture avec le saxophone soprano, vite délaissé pour l’imposant baryton où cette jeune femme excelle, tandis que le trio qui l’accompagne donne déjà un aperçu de son savoir-faire avec en particulier la vélocité impressionnante du contrebassiste. La chute du morceau appelle déjà les cris de joie du public (moi seule en l’occurrence avec le casque sur les oreilles !). Le Cyclone qui suit colle à la peau de Céline. Cette fille est une tornade. Son saxophone déchire âprement et slape méchamment en 2:12 et une puissance inattendue pour une petite bonne femme dont le rire malicieux pointe à la fin ! Un sens aigu de la composition et du rythme plein de nuances saupoudrées par le batteur dans Child’s Mood me fait applaudir à tout rompre. Avec le titre éponyme du disque, feulements et soupirs nous transportent dans une jungle imaginaire où les surprises rôdent… Le phrasé au soprano de Shanty est d’une délicatesse incomparable ; il illustre le génie créatif du pianiste qui en est l’auteur et dont on parlait ci-dessus, avec une contrebasse également remarquable. Trails in the Sky commencé comme une mélopée, continue dans une fureur trop vite abrégée ( Céline amatrice de jeux vidéos ?) tandis que la joute pianiste contre batteur commencée dans Crossing Flow et continuée sur Two Sides ne départage personne ! Le soprano s’en amuse joliment ! Chris Jennings siffle hélas la fin de la partie avec Vantan, jolie ballade de sa composition. On The Road le plus longtemps possible pour cette jeune femme qui a du talent à revendre et a su s’entourer des bonnes personnes pour le mettre en valeur, voilà ce qu’on lui souhaite ! On comprendra que chaque composition est un monde à part, une merveille d’inventivité poétique, avec un indice de BMB maximal (Bonheur Musical Brut).
Vous en reprendrez bien un peu ? C’est bon pour la santé !

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Paolo FRESU – Richard GALLIANO – Jan LUNDGREN : « Mare Nostrum II »

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Paolo FRESU – Richard GALLIANO – Jan LUNDGREN : « Mare Nostrum II »
ACT
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On aime !

Il y a les paysages que l’on a vus, ceux que l’on a imaginés et ceux que l’on crée pour vous. Ces derniers sont habituellement le fait du peintre, de l’auteur et, plus rarement, du musicien. Paolo Fresu, Richard Galliano et Jan Lundgren ont cette faculté de création au pouvoir évocateur. Dix ans après leur premier CD, l’on retrouve les deux mers, une au nord, une au sud, leurs courants réunis et les liens que tissent les âmes sensibles, les sensations communes également qui se découvrent et s’affirment, les traditions mélodiques qui, contre toute attente, se marient ; en somme une culture plus indivise qu’il n’y paraît de prime abord. Sur ce territoire, les musiciens partagent leurs compositions personnelles, les relient avec Monteverdi et Satie au sein d’une atmosphère contemplative, propice à la rêverie. L’alliance inhabituelle des timbres rehausse la notion de rencontre et crée la douce sensation d’originalité qui parcourt l’ensemble du disque en un climat émollient, paisible. L’auditeur peut se laisser à la quiétude. Ce jazz à la simplicité raffinée accompagne la fuite du temps avec l’élégance de la sagesse. L’émotion est là, tapie, discrète, au creux des méandres musicaux adroitement suivis d’une idée l’autre par le trio dans cet espace marin mitoyen. Mare Nostrum II est un très beau disque, un disque de concorde où l’émoi poétique efface la fadaise, balaie le conflictuel, annihile l’arrogance et la bêtise. C’est un rayon d’intelligence humaine éclairant un pacifisme serein lorgnant (à l’ombre d’un sourire) vers l’illimité.

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Fred FRITH - Darren JOHNSTON : « Everybody’s Somebody’s Nobody »

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Fred FRITH - Darren JOHNSTON : « Everybody /s Somebody /s Nobody »
Clean Feed
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On aime !

Un choc musical qui fera date dans mon panthéon personnel à l’écoute de ce disque inhabituel destiné aux amateurs de sensations fortes. Vous aimez vous aventurer, découvrir, explorer, frissonner ? Alors pas d’hésitation ! À l’origine de ce duo de choc, deux musiciens aux univers parallèles : le guitariste Fred Frith, 67 ans, anglais d’origine, mais vivant actuellement à Oakland en Californie. Connu pour avoir explosé les frontières de la guitare des 1974 avec Guitar Solos, influencé par John Cage et Zappa, ayant collaboré avec John Zorn, c’est une légende iconoclaste de la guitare. Pour avoir une idée de son univers musical, visionnez sur YouTube le film qui lui est consacré datant de 1990 Step across the Border. À ses côtés le trompettiste canadien Darren Johnston vivant actuellement à San Francisco qui a travaillé avec de nombreux musiciens dans le domaine de l’expérimentation et de l’improvisation. Il suit son aîné sur le même chemin, bien que le guitariste ait ouvert la voie 40 ans avant, question de génération, en explorant aussi toutes les limites de son instrument.

Le résultat est bluffant avec un son impeccable dû au travail de l’ingénieur du son Myles Boisen ! Les compositions commandées au départ pour le San Francisco Dance Film Festival ou SFDFF, le duo n’a pu s’empêcher de pousser l’aventure plus loin tant l’entente est évidente. L’ouverture toute en douceur sur Barn Dance n’augure pas du reste qui s’en démarque dès Scribble, dialogue percussif percutant ! Luminescence transporte ensuite l’auditeur dans un film imaginaire assez proche du Deadman de Jim Jarmusch, non seulement par l’indien Nobody qui m’a mis sur la piste, mais aussi en raison de la saturation de la guitare comme dans Morning and The Shadow. Neil Young et Jarmusch devraient aimer. Le titre éponyme est renversant et totalement novateur. Un grand moment dans le disque ! Un petit Bounce décoiffant très expérimental avec Down Time, solo impressionnant du trompettiste, tandis que Fred Frith lui rend la pareille dans Rising Time donnent la mesure de leur travail de recherche, ainsi que les dernières compositions. Bref, on ne s’ennuie pas une seconde dans ce disque sublime, voyage en terra incognita, celle des no borders assurément !

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Alessandro GALATI Trio : « On a Sunny Day »

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Alessandro GALATI Trio : « On a Sunny Day »
Via Veneto Jazz - Millesuoni

Avec le contrebassiste Gabriele Evangelista et le batteur Stefano Tamborrino, le pianiste Alessandro Galati propose un de ces disques qu’il est courant de manquer. Le manque de visibilité et la méconnaissance des artistes qui composent le trio en sont les principales causes car il n’y a rien à reprocher à cette musique subtile, très relâchée, riche d’harmonies et particulièrement mélodique. Le contrebassiste et le batteur en symbiose avec le pianiste pratiquent l’éloge d’une lenteur assumée comme d’autres, avec moins de bonheur, l’ivresse de la vélocité. Ici, c’est avant tout le calme evansien qui prédomine, teinté d’une once inévitable de latinité. Et c’est peut-être également la raison pour laquelle Alessandro Galati demeure en retrait (il n’y est pas seul) dans le sérail des pianistes transalpins. Sous l’ombre tutélaire et envahissante du maître Pieranunzi, il est bien difficile d’exister.

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Oliver LAKE Organ Quartet : « What I Heard »

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Oliver Lake Organ Quartet : « What I Heard »
Passin’Thru

Oliver Lake (Mariana, Arkansas, 1942) a réuni un groupe de jeunes gens talentueux pour jouer la musique qu’il avait composée en pensant à un trio ou à un quartet avec orgue, ayant en tête les formations de Larry Young [Unity, Blue Note 4221 : Woody Shaw, Joe Henderson, Elvin Jones ; 10 novembre 1965], musicien qui a, d’ailleurs, inspiré Jared Gold. Jared Gold joue, sans étouffer les autres, d’une manière originale et souignante, par petites touches ou plus vastes envolées. Chris Beck est un musicien impeccable, qui ne cherche pas à assourdir les autres, jouant en souplesse. Freddie Hendrix (1976) est un trompettiste formidable, doté d’une grande technique et d’un son superbe ; il déborde d’idées et d’énergie, se taillant la part du lion. Oliver Lake n’est pas en reste, ayant toujours l’esprit aventureux et ce style à la géométrie décalée.
Cela fait un disque enthousiasmant, allègre, joyeusement libre, une musique aérée et vive, résolument d’aujourd’hui.

On a pu entendre ce groupe récemment, malheureusement avec un autre trompettiste : lire ici sur CultureJazz.fr !

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Sainkho NAMTCHYLAK : « Like a bird or spirit, not a face »

Sainkho NAMTCHYLAK : « Like a bird or spirit, not a face » -  voir en grand cette image
Sainkho NAMTCHYLAK : « Like a bird or spirit, not a face »
Ponderosa
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On aime !

« Nous n’avions aucune langue en commun. Nous étions obligés d’être très intuitifs et ouverts. Ils ont une musique assez minimaliste et méditative, qui procède par boucles longuement répétées avant d’évoluer. Dans ma culture aussi, les anciens pouvaient chanter ainsi toute la nuit. »
Ainsi parle Sainkho Namtchylak, chanteuse diphonique venue des lointaines steppes de la République de Touva, berceau du chamanisme en Asie selon certain, quelque part non loin de la Mongolie à l’extrême sud de la Sibérie centrale, de sa rencontre avec Eyadou Ag Leche et Saïd Ag Ayad, musiciens du groupe malien Tinariwen. Le disque, chanté en touvain, en russe et en anglais, fruit de deux jours d’improvisation dans le sud de la France sous la direction du producteur Ian Brennan, le disque surprend dès les premières notes par l’intense originalité qui s’en dégage, à moins que ce ne soit une originelle intensité ou les deux. De cette improbable rencontre entre l’Asie centrale et l’Afrique, l’on retient, au fil des improvisations, la liberté nomade qu’expriment les musiciens ici réunis. Le paysage sonore révèle une succession de vignettes comme autant de miroirs reflétant le monde des esprits, l’intemporel. Sainkho Namtchylak transcende les genres et les cultures vocales en nourrissant la sienne d’autres géographies sonores. Une expérience auditive étonnante. Quasi incontournable.

. ::YD ::.


Les références, détails et liens :

Céline BONACINA : « Crystal Rain »

> Cristal Records / Harmonia Mundi (parution le 18/03/2016)

Céline Bonacina : saxophones baryton & soprano / Gwilym Simcock : piano / Chris Jennings : contrebasse / Asaf Sirkis : batterie & percussions

01.Smiles for Serious People (C. Bonacina) / 02. Cyclone (C. Bonacina) / 03. Child’s Mood (C. Bonacina) / 04. Crystal Rain (C. Bonacina) / 05. Shanty (G. Simcock) / 06. Trails in the Sky (C. Bonacina) / 07. Crossing Flow (C. Bonacina) / 08. Two Sides (C.Bonacina & G. Simcock) / 09. On the Road (C. Bonacina) / 10. Väntan (C. Jennings) // Enregistré en France en 2015.

Paolo FRESU – Richard GALLIANO – Jan LUNDGREN : « Mare Nostrum II »

> ACT - ACT 9812-2 / Harmonia Mundi (parution le 04/03/2016)

Paolo Fresu : trompette et bugle / Richard Galliano : accordéon, accordina, bandonéon / Jan Lundgren : piano

01. Apnea (Fresu) / 02. Blue Silence (Lundgren) / 03. Aurore (Galliano) / 04. Christallen Den Fina (trad) / 05. Giselle (Galliano) / 06. E Varie Notti Tre Vie Notai (Fresu) / 07. Farväl (Lundgren) / 08. Gnossienne No. 1 (Satie)) / 09. Lili (Galliano) / 10. Leklåt (Lundgren) / 11. Le Livre D’un Père Sarde (Fresu) / 12. Si Dolce È Il Tormento (Monteverdi) // Enregistré au Studio La Buissonne, Pernes-les-Fontaines (84, France) par Gérard de Haro en février 2014.

Fred FRITH - Darren JOHNSTON : « Everybody /s Somebody /s Nobody »

> Clean Feed ‎– CF357CD / Orkhêstra

Fred Frith : guitare / Darren Johnston : trompette

01. Barn Dance / 02. Scribble / 03. Luminescence / 04. Everybody /s Somebody /s Nobody / 05. Bounce / 06. Morning and The Shadow / 07. Down Time / 08. Rising Time / 09. Scratch / 10. Ants / 11. Standard Candles // Enregistré aux Guerrilla Studios, Dublin, Irlande, le 5 septembre 2013 et le 17 décembre 2014.

Alessandro GALATI Trio : « On a Sunny Day »

Voir aussi la Pile de disques de février 2016..

> Via Veneto Jazz - VVJ 105 / Socadisc

Alessandro Galati : piano / Gabriele Evangelista : contrebasse / Stefano Tamborrino : batterie

01. Baloons / 02. Insensatez (Jobim) / 03. In Beijing / 04. Crazy Winter in Town / 05. L’Incontro / 06. On A Sunny Day / 07. Drop Down Tango Shore / 08. Hungaria / 09. MMMM / 10. Smell of The Air / 11. Yellow Brain // Enregistré en Italie en 2015.

Oliver Lake Organ Quartet : « What I Heard »

> Passin’Thru 41232 (P. nov. 2014)

Oliver Lake : saxophone alto, compositions / Freddie Hendrix : trompette / Jared Gold : orgue Hammond / Chris Beck : batterie

01. 6&3 / 02. What I Heard / 03. Palma / 04. Cyan / 05. Root / 06. Human Voice / 07. Lucky One / 08. etc / 09. Thank You // Enregistré à New York, 30 mars et 17 avril 2013 (53 mn).

Sainkho NAMTCHYLAK : « Like a bird or spirit, not a face »

Voir aussi la Pile de disques de février 2016..

> Ponderosa - CD131 / Harmonia Mundi

Sainkho Namtchylak : voix, guitare / Eyadou Ag Leche : basse, guitare, voix / Said Ag Ayad : percussions / Ian Brennan : boucles, effets, production.

01. nomadic mood / 02. the road back / 03. duskan ezim to / 04. so strange ! so strange ! / 05. worker song (nomads dance around the fire) / 06. erge chokka to / 07. melody in my heart / 08. nomadic blues / 09. the snow fall without you / 10. nostagia to // Enregistré en France en 2014, 2015 ?