« Le jazz tisse sa toile... »
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Cinq disques en vitrine - septembre 2017.

D 18 septembre 2017     H 15:08     A Philippe Paschel, Pierre Gros, Thierry Giard, Yves Dorison    


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Christian BRUN : « Melodicity »

info document -  voir en grand cette imageLe chroniqueur a reçu ce disque dans la chaleur d’août et la vacuité de la Ville, son quartier historique étant curieusement dédaigné par les touristes. Il ne faisait pas très chaud à Vannes au début de mai 2015 (16 et 19°, pluie) quand le disque a été enregistré, mais le chroniqueur associe nécessairement la musique de Christian Brun (Antibes 1965) à une température inclémente portant au farniente, poussé qu’il est par un beau son rond de guitare et des tempos allant mais pas trop, qui portent l’esprit à la rêverie, à laquelle contribue le son, trop rare, du Fender Rhodes. Ce songe est néanmoins interrompu à la plage 4 (dédiée aux victimes du terrorisme) par un batteur qui tient à montrer qu’il peut rivaliser avec une boîte à rythme, son compris, mais le guitariste compense par son nonchaloir. La pièce où intervient le bugliste rappelle par son rythme certaines chansons de années 70, mais le soliste ne compense pas cet ennui répétitif.
C’est au bout du compte un bon disque auquel l’auditeur, en l’écoutant à sa sortie en octobre (le 6, suivi d’un concert à Paris le 18 au Sunset), redonnera sa bretonnité natale dans les crachins de l’automne, mais les hasards du climat, sait-on jamais, le ramèneront peut-être indolemment sur les rives de la Méditerranée, comme une douce mélodie urbaine.

Philippe Paschel


MALIJA : « Instinct »

info document -  voir en grand cette imageMalija est un trio créé il y a quelques années par le saxophoniste londonien Mark Lockheart pour les besoins d’une tournée new-yorkaise. L’entente avec le pianiste Liam Nobles et le contrebassiste Jasper Hoiby a été si naturelle qu’il leur a fallu céder à l’évidence et poursuivre une collaboration pleine d’espoir. Instinct est leur second opus. On sent qu’un effort particulier a été fait sur les compositions dont les mélodies, les atmosphères évitent consciemment toute redite, chacune d’entre elles plus que de simples faire-valoir est l’occasion de tirer toutes les possibilités d’une orchestration par définition restreinte : unissons, jeu en triangle, maillage, puzzle, libres improvisations. Les lignes improvisées et l’écriture se croisent pour un jazz acoustique moderne, swinguant entre complexités et simplicité, frais et libre qui tient en éveil notre curiosité et dont certaines plages auraient très bien pu être au catalogue de quelques musiciens des années soixante du label Blue Note. On écoute avec plaisir d’une traite l’ensemble de ce beau disque qui fait l’osmose entre harmonies européennes modernes, rythmes chaloupés et que l’on aimerait retrouver, voir et entendre un jour in situ devant nous.

Pierre Gros


Cécile McLORIN-SALVANT : « Dreams and Daggers »

info document -  voir en grand cette imageCécile McLorin-Salvant est à présent une chanteuse reconnue, de grandes salles lui sont promises. Son histoire nous la connaissons, racines franco-haïtiennes, née à Miami, parfaitement bilingue, elle arrive à Aix-en-Provence pour y étudier le chant baroque et y découvre le jazz. Elle grave dans notre pays son premier CD, avant d’être anoblie par les templiers conservateurs du Lincoln Center qui l’ont faite lauréate du concours international de jazz vocal Thelonious Monk, médaille dont on se demande si c’est réellement une chance pour les récipiendaires tellement ils sont sages. Entourée de cette aura elle se fait alors interprète, n’hésitant pas à aller chercher quelques perles inconnues dans l’immensité du répertoire aussi bien anglais que français ; chose rare chez les vocalistes elle sait aussi se faire sidewoman. Pour dresser un portrait encore plus précis nous dirons que son art suit une lignée historique allant de Bessie Smith, Billie Holliday (plus ou moins), à Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, voire Abbey Lincoln, adoptant la formule magique, chant, piano, contrebasse, batterie, poésie. Certains la rapprochent de Betty Carter ce que nous ne ferons pas ici, la grande dame d’une précision redoutable, scattait et s’entourait presque exclusivement de musiciens d’avant garde comme en témoigne le disque Feed The Fire. Cécile a dirons nous, une approche plus classico-stricte de la forme et de l’esthétique, comme son trio qui pour nous manque de cette originalité, de ce quelque chose qui emmènerait la chanteuse vers d’autres territoires, la grande force de Cécile serait alors plus à trouver dans une conviction qui semble sans failles. Pour preuve le disque ici présent, qui nous laisse entendre une chanteuse solide, en public au Village Vanguard et d’autres plages en studio agrémentées d’un quatuor à cordes. Est-ce une prise de conscience de la production ou les prémisses d’un changement dans sa façon, nous le souhaitons car le risque est grand de ne plus être qu’un produit certes beau mais vain. Nous devons exiger aujourd’hui de Cécile McLorin-Salvant moins de sagesse, qu’elle soit elle-même, ce qui pourrait alors emporter notre adhésion. Nous n’avons pas de médaille mais nous la ferons alors peut être entrer dans le Graal de nos artistes de jazz.

Pierre Gros


David VIRELLES : « Gnosis »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imageAvec Gnosis (qui fait suite à Mbókò - 2014 ), le pianiste David Virelles explore un peu plus profondément encore l’âme de la musique cubaine, là où se trouvent ses racines. New-yorkais d’adoption depuis de nombreuses années, il a su imposer dans l’univers du jazz contemporain son approche experte et très ouverte de l’instrument avec Chris Potter ou Ravi Coltrane, Wadada Leo Smith ou Henry Threadgill (dont le voix est présente dans ce disque). Gnosis est une œuvre assez atypique qui tourne le dos à tous les clichés de la musique cubaine d’exportation pour mettre en évidence des subtilités et un raffinement novateurs. En cela, l’intitulé éclaire parfaitement cette œuvre, Gnosis comme mise en lumière d’une connaissance profonde et intime qui s’oppose aux savoirs « intellectuels ». Il y a sans doute quelque chose de Satie et de Messiaen dans une manière presque classique-contemporaine d’aborder une musique issue d’une tradition populaire. On suit un cheminement où quelques pièces en piano-solo finement ciselées, subtilement dansantes ou plus chaotiques se lovent dans des séquences orchestrales qui associent les instruments traditionnels cubains aux cordes et aux bois. Tout cela est léger et aéré, souvent volatile mais ne manque pas de contrastes, ce qui permet de donner plus de force aux voix qui viennent ponctuer et jalonner ce parcours musical où écriture et improvisation s’équilibrent parfaitement. Comme dans Mbókò, on retrouve la voix puissante et les percussions rustiques de Román Díaz qui ancre profondément cette musique dans la tradition cubaine mais aussi le contrebassiste Thomas Morgan, formidable jazzman qui apporte ses touches graves et inventives au milieu des cordes.
Gnosis nous invite à suivre de près David Virelles qui, aux côtés de Craig Taborn ou Vijay Iyer, s’impose comme un des pianistes-compositeurs les plus fascinants dans la musique d’aujourd’hui Outre-Atlantique.

Thierry Giard


Matt WILSON’s HONEY AND SALT : « Music inspired by the poetry of Carl Sandburg »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imageHommage à Carl Sandburg, ce disque s’impose musicalement par une variété d’humeurs et de styles qui sied parfaitement au poète. Construit en trois chapitres et un épilogue, la musique du quintet embrasse largement une œuvre qui s’est étendue sur les trois quarts du XXème siècle. Le batteur Matt Wilson, natif de l’Illinois comme Sandburg, dirige là un projet original qui se nourrit autant de musique que des mots de celui qui fut le premier homme blanc à être honoré du Silver Plaque Award par la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People). Les textes lus, enchâssés dans la trame musicale ou non, le sont par des musiciens et non des moindres : Christian McBride, John Scofield, Jeff Lederer, Jack Black, Bill Frisell, Rufus Reid, Joe Lovano, Carla Bley. L’ensemble, un patchwork de musique américaine entre éclectisme jazz et groove profond, s’écoute avec un plaisir non feint car les musiciens, qu’ils jouent ou qu’ils parlent, s’expriment une justesse de ton et une sensibilité remarquables.

Yves Dorison


Références, détails et liens :

Christian BRUN : « Melodicity »

> Ce disque figure également dans notre « Pile de disques » de septembre 2017...ici...

> We See Music Records - WSMD005-17 / Absilone – S.E.D

Christian Brun : guitare, compositions / Damien Argentieri : piano, Fender Rhodes / Yoni Zelnik : contrebasse / Manu Franchi : batterie /+/ Alex Tassel : bugle sur 7

01. Melodicity part I / 02. Song for Eliott / 03. Waltz in D major / 04. For those who stayed on the ground / 05. Melodicity part II / 06. I remember Chass / 07. A breath of fresh air / 08. Temps calme / 09. Zombie’s dance / 10. Yes Wes // Enregistré à Vannes (56 - France) les 3 et 4 mai 2015.

MALIJA : « Instinct »

> Ce disque figure également dans notre « Pile de disques » de septembre 2017...ici...

> Edition Records / Modular – Membran

Mark Lockheart : saxophones / Jasper Høiby : contrebasse / Liam Noble : piano.

01. Kindred Spirit (Mark Lockheart) / 02. TV Shoes (Liam Noble) / 03. Hung Up (Jasper Høiby) / 04. A Wing And A Prayer (Mark Lockheart) / 05. Moonstairs (Liam Noble) / 06. Mila (Jasper Høiby) / 07. Panda Feathers (Liam Noble) / 08. Sanctuary (Mark Lockheart) / 09. Elegantly Plush (Mark Lockheart) / 10. Space Out (Jasper Høiby) // Enregistré aux Village Studios de Copenhague (Danemark) les 9 et 10 mars 2017.

Cécile McLORIN-SALVANT : « Dreams and Daggers »

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> MacAvenue - MAC1120 / PIAS

Cécile McLorin Salvant : voix / Aaron Diehl : piano / Paul Sikivie : contrebasse, arrangements des cordes / Lawrence Leathers : batterie /+/ Catalyst Quartet : cordes / Sullivan Fortner : piano.

CD 1 : 01. And yet / 02. Devil May Care / 03. Mad About The Boy / 04. Sam Jones’ Blues / 05. More / 06. Never Will I Marry / 07. Somehow I Never Could Believe / 08. If A Girl Isn’t Pretty / 09. Red Instead / 10. Runnin Wild / 11. The Best Thing For You.
CD 2 : 01. You’re My Thrill / 02. I Don’t Know What Time It Was / 03. Tell Me What You’re Saying Can’t Be True / 04. Nothing Like You / 05. You’ve Got To Give me Some / 06. The Worm / 07. My Man’s Gone Now / 08. Let’s Face The Music And Dance / 09. Si J’étais Blanche / 10. Fascination / 11. Wild Women Don’t Have The Blues / 12. You’re Getting To Be A Habit With Me // Enregistré en concert au Village Vanguard de New York du 9 au 11 septembre 2016 et en studio (New York) le 13 septembre 2016.

David VIRELLES : « Gnosis »

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> ECM - 2526 / Universal

David Virelles : piano, marímbula, voix / Román Díaz : voix principale et percussions (Bonkó Enchemiyá, Ekón, Nkomos, Erikundi, Itones, Nkaniká, Marímbula, Claves, Mayohuacán, Pilón, Carapacho de Jicotea, Coquilles de noix de coco) / Allison Loggins-Hull : piccolo, flûte / Rane Moore : clarinette, clarinette basse / Adam Cruz : percussions (Steel Pan, Claves) / Alex Lipowski : percussions (tambour d’orchestre, Temple Blocks, Bongos, Gong) / Matthew Gold : percussions (Marimba, Glockenspiel) / Mauricio Herrera : percussions (Ekón, Nkomos, Erikundi, Claves), voix / Thomas Morgan : contrebasse / Yunior Lopez : alto / Christine Chen : violoncelle / Samuel DeCaprio : violoncelle / Melvis Santa : voix /+/ Henry Threadgill : voix.

01. Del Tabaco y el Azúcar / 02. Fitití Ñongo / 03. Lengua I / 04. Erume Kondó / 05. Benkomo / 06. Tierra / 07. De Ida y Vuelta I / 08. Lengua II / 09. De Ida y Vuelta II / 10. Nuná / 11. Epílogo / 12. Dos / 13. Caracola / 14. Visiones Sonoras / 15. De Portal / 16. De Tres / 17. De Cuando Era Chiquita... / 18. De Coral // Enregistré en mai 2016 aux studios Avatar de New York.

Matt WILSON’s HONEY AND SALT : « Music inspired by the poetry of Carl Sandburg »

> Ce disque figure également dans notre « Pile de disques » de septembre 2017...ici...

> Palmetto Records - 7-53957-21842-3 / www.palmetto-records.com

Dawn Thomson : voix et guitare / Ron Miles : cornet / Jeff Lederer : anches, harmonium, voix / Martin Wind : guitare basse acoustique / Matt Wilson : batterie, compositions et voix /+/ selon les plages, Jack Black, Christian McBride, John Scofield, Carla Bley, Bill Frisell, Joe Lovano, Rufus Reid : voix parlée, lecture / Audrey Wilson, Jenny Rose Lederer : chœurs sur 9 et 18.

01-11, Chapter One, 01. Soup / 02. Anywhere and Everywhere People / 03. As Wave Follows Wave / 04. Night Stuff / 05. We Must Be Polite / 06. Fog / 07. Choose / 08-11, Chapter Two, 08. Prairie Barn / 09. Offering and Rebuff / 10. Stars, Songs, Faces / 11. Bringers / 21-16, Chapter Three, 12. Snatch of Sliphorn Jazz / 13. Paper 2 / 14. Trafficker / 15. Paper 1 / 16. I Sang * 17-18, Epilogue, 17. To Know Silence Perfectly / 18. Daybreak // Poèmes de Carl Sandburg (The Complete Poems Of Carl Sandburg) // Enregistré aux USA les 17 et 18 octobre 2016.