« Le jazz tisse sa toile... »
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D’Jazz de Nevers 2011 : # 2

25ème édition des Rencontres Internationales... (2ème partie)

D 22 novembre 2011     H 11:53     A Denise Giard, Thierry Giard    


La 25ème édition des Rencontres Internationales D’Jazz de Nevers avait débuté le 5 novembre. C’est Armel Bloch qui a pris la plume pour rendre compte des premières journées (à lire ici). Arrivés le 9 novembre, nous avons pris la relève pour évoquer les quatre dernières journées d’un festival qui sait affirmer sa singularité comme nous l’écrivions le 12 novembre.

Dans cette page, il sera question de :

Daniel Erdmann / Samuel Rohrer quartet -//- Sati(e)rik Excentrik -//- Django Bates’s Belovèd Bird -//- Les italiens du festival (Paolo Angeli, Francesco Bearzatti, Giovanni Guidi) -//- Station Mir -//- Radiation 10 -//- Sex Mob -//- Barry Guy -//- Chant Bien Fatal (ARFI) -//- Michel Portal « Baïlador » -//- Eddie Palmieri...

> Daniel Erdmann / Samuel Rohrer quartet - Auditorium Jean-Jaurès, mercredi 9 novembre, 18H30.

Daniel Erdmann : saxophone ténor, composition / Samuel Rohrer : batterie / Vincent Courtois : violoncelle / Frank Möbus : guitare

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D.Erdmann, V. Courtois, S. Rohrer, F. Möbus - Nevers 9 nov. 2011
© CultureJazz.fr

« Tout ce qui arrive est pour le mieux »
Sur la scène de l’auditorium Jean-Jaurès, mercredi 9 novembre 2011, Daniel Erdmann introduit le concert par une information qui le touche tout particulièrement : c’est le 22ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. Sa musique est empreinte de cette histoire là et je m’apprête à passer un moment intense comme chaque fois quand ce saxophoniste allemand est dans une formation.
Premier morceau : j’aime la force, la puissance du son, la conviction du souffle de Daniel Erdmann ( sa cravate, aussi ! ), le son rond souvent intériorisé de la guitare de Frank Möbus qui sait la laisser respirer, le jeu vigoureux, savamment et électroniquement coloré du violoncelle de Vincent Courtois qui ravit à l’archet et pourtant, je « décroche ».
Ce morceau, me dis-je, est bien long ! Ces boucles qui ne se bouclent pas et l’absence de ponctuation ou du moins ce que je ressens comme telle, me lassent.
Je comprends mieux quand le saxophoniste précise au point final qu’ils ont joué quatre morceaux à la suite.
Pourquoi diable avoir fait ce choix ?
Les discours les plus convaincants ne sont pas les plus longs. Voyons la suite...

Le second morceau met en valeur le batteur Samuel Rohrer qui fait un solo coloré, aérien, enthousiasmant mais, seconde frustration : comme si cette fois, on n’avait plus le temps de souffler, il n’y a pas la place pour les applaudissements. Est-ce le public qui se retient d’exprimer son plaisir ou bien le manque de pause dans la musique qui freine sa spontanéité ?

Déception à l’écoute à ce concert ?
Daniel Erdmann présente le morceau de rappel, M39 : une panne de voiture dans la steppe du Kazakhstan, en concluant par une phrase optimiste kazakhe.
« Tout ce qui arrive est pour le mieux »
Sage parole qui me permet de relativiser mon impatience et finalement de conclure en écoutant ce dernier morceau concis, fougueux, vivant, que ce quartet joue une musique magnifique.

. ::Denise Giard ::.

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> Sati(e)rik Excentrik - Maison de la Culture, mercredi 9 novembre, 20h30

Gilles Arbona : comédien / Pascal Berne : contrebasse, composition / David Chevallier : guitare / Michel Mandel : clarinettes, composition / Jérémie Dufort : tuba / Christophe Monniot : saxophones sopranino, alto, baryton / François Raulin : piano, composition / Alfred Spirli : batterie, objets sonores.

F. Raulin ; C. Monniot (Sati(e)rik Excentrik) - Nevers, 9 nov. 2011 -  voir en grand cette image
F. Raulin ; C. Monniot (Sati(e)rik Excentrik) - Nevers, 9 nov. 2011
© CultureJazz.fr

Erik Satie maniait subtilement l’humour dans la musique mais aussi dans les mots. Pour évoquer cet artiste décalé, pas vraiment en phase avec son époque, le collectif La Forge a construit un spectacle qui mêle mots et musique, théâtre et concert avec beaucoup de fantaisie. Un spectacle qui se présente comme une suite de tableaux dans lesquels se croisent et se télescopent Gnossiennes et Gymnopédies dans des espaces où le jazz (dans ses formes les plus ouvertes et variées) est toujours présent. Le piano de François Raulin pose ainsi des passerelles entre des ilots de l’histoire du jazz, du stride au bop, place des bulles de swing dans les mélodies du génial Satie.
Sati(e)rik c’est parfois Satierock quand la guitare de David Chevallier s’envole dans des zébrures électriques soutenue par la batterie aussi solide que débridée du facétieux Alfred Spirli.
Ce projet qui ne manque pas d’attraits car il repose sur un collectif de haut vol (Christophe Monniot y tient une place de choix et assume son rôle avec beaucoup de sérieux !). Un spectacle à regarder, à écouter et à savourer qui devrait régaler un large public.

. ::Thierry Giard ::.

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> Django Bates’ Belovèd Bird : « hommage à Charlie Parker » - Maison de la Culture, mercredi 9 novembre, 22h30.

Django Bates : piano / Petter Eldh : contrebasse / Peter Bruun : batterie

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D. Bates, P. Eldh, P. Bruun - Nevers, 9 nov. 2011
© CultureJazz.fr

Cela fait quelques lustres que nous suivons le parcours endiablé de Django Bates de son Angleterre natale au Danemark où il s’active plus particulièrement aujourd’hui. Animateur-leader de grandes formations londoniennes (Loose Tubes dans les années 80, puis Delightful Precipice...) co-fondateur du trio (évolutif) Human Chain, il a fait sensation avec StoRMChaser un grand orchestre survolté concocté à Copenhague (disque en 2008). Autant dire que nous attendions impatiemment de découvrir sur scène son trio « traditionnel » (piano-contrebasse-batterie) avec lequel il rend un hommage à Charlie Parker. Nous avions aimé le disque. Le concert nous a éblouis.
Mais nous vous en avons déjà parlé le 10 novembre ! (lire ici)

. ::Thierry Giard ::.

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> Les italiens du festival : Paolo Angeli (10 novembre - 12h00 - Pac des Ouches) ; Francesco Bearzatti Tinissima Quartet (11 novembre - 20h30 - Maison de la Culture) ; Giovanni Guidi Unknown Rebel Band (12 novembre - 20h30 - Maison de la Culture)

P. Angeli - Nevers, 10 nov 2011 -  voir en grand cette image
P. Angeli - Nevers, 10 nov 2011
© CultureJazz.fr

A l’heure où Sylvio Berlusconi jette enfin l’éponge après avoir mis à mal la culture en Italie, le festival D’ Jazz de Nevers affiche dans sa programmation trois concerts de musiciens transalpins.

Outre le guitariste Paolo Angeli qui a subjugué le public au PAC des Ouches le 10 novembre (lire la carte postale du 11 novembre ). Au menu aussi, deux formations italiennes dont la musique, reflet de leurs convictions, touche le cœur et l’esprit.

À la Maison de la Culture le 11 novembre, Francesco Bearzatti présentait le dernier projet de son Tinissima Quartet : X, Suite for Malcom. Personnage que Francesco Bearzatti souhaite faire connaître pour son rôle dans la cause des afro-américains.

F. Bearzatti, G. Falzone - Nevers, 11 nov. 2011 -  voir en grand cette image
F. Bearzatti, G. Falzone - Nevers, 11 nov. 2011
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On a affaire à une musique engagée où les musiciens eux-mêmes s’engagent physiquement. Francesco Bearzatti (sax et clarinette) et Giovanni Falzone (trompette et effets vocaux) jouent avec le corps, avec le cœur, avec les tripes et leurs deux comparses, Danilo Gallo ( guitare basse) et Zeno de Rossi ( batterie, percussions) assurent une rythmique sans faille.
Quelle vitalité, quelle énergie, quelle générosité !
Et tout cela sans partitions ! Tout doit pourtant bien être raccord avec les images mais on a une impression de légèreté, de liberté.
Bearzatti et Falzone s’amusent comme des gosses espiègles en se donnant la réplique.
Sujet sérieux, voire tragique qui traité avec cette conviction joyeuse rend la musique plus intense encore.
Tout est joué d’un jet mais des ponctuations permettent au public d’applaudir et ça, c’est heureux !

Grâce à la projection simultanée des images du vidéaste Francesco Chiacchio, on assiste à un spectacle total. Les dessins au lavis en noir et blanc qui illustrent ou suggèrent la vie de Malcom X apportent une intensité dramatique sans jamais perturber l’écoute et contribuent à rendre l’épilogue très émouvant. Les quatre musiciens debout, recueillis, face à ce X imposant tandis que la voix off du rappeur Napoléon Maddox scande «  That’s enough »...On a une boule dans la gorge, c’est une véritable communion de pensées.

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G. Guidi (à gauche), Unknown rebel band, Nevers 12 nov. 2011
© CultureJazz.fr

Le 12 novembre, c’est une fanfare combattante pour la liberté à la manière du Liberation Music Orchestra, menée par le jeune pianiste Giovanni Guidi, qui a stimulé la fibre musico politique du public neversois.
Dix musiciens engagés dans une musique porteuse de sens sous l’appellation « The Unknown Rebel Band » expriment avec cœur et concentration dans un vocabulaire jazzistique passionné, les luttes de tous ceux qui ont œuvré contre le totalitarisme au cours du XXè siècle ( résistants italiens, martyrs du franquisme, disparus d’Argentine...).
Les saxes et cuivres sonnent avec talent et fougue, la rythmique est subtile et convaincante et les solos de piano de Giovanni Guidi sont tout simplement magnifiques.
Le tentet gagnerait en force de persuasion en laissant sa musique « s’extravertir » un peu plus. Giovanni Guidi, un tantinet anxieux, communique à ses musiciens une réserve qu’ils abandonnent au rappel quand le sort en est jeté, avec le chant révolutionnaire italien Bella Ciao [1].

Leur musique de lutte, joyeuse, pleine d’énergie et chantante, pour peu qu’elle soit jouée plus souvent (et il n’en tient qu’aux programmateurs), est capable de soulever des masses silencieuses.

À Nevers donc, quand on a la chance d’écouter les musiques de Paolo Angeli, de Francesco Bearzatti et de Giovanni Guidi, qui savent créer un climat, donner de l’émotion, stimuler les consciences, faire vibrer la tête autant que le corps, on se demande bien pourquoi on se prive de programmer ces musiciens plus souvent dans nos contrées.
Le jazz italien est bon pour la santé mentale et le moral. Alors ?

. ::Denise Giard ::.

Paolo Angeli : guitare (10 novembre)

Francesco Bearzatti : saxophone ténor, clarinette / Giovanni Falzone : trompette, effets vocaux / Danilo Gallo : guitare basse / Zeno de Rossi : batterie, percussions / Francesco Chiacchio : images, vidéo (11 novembre)

Fulvio Sigurta, Irco Rubegni : trompette / Daniele Tittarelli : saxophone alto / Dan Kinzelman : saxophone ténor / David Brutti : saxophone baryton / Mauro Ottolini : trombone / Giovanni Guidi : piano / Giovanni Maier : contrebasse / Joao Lobo : batterie / Michele Rabbia : batterie, percussions (12 novembre)

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> STATION MIR - Jeudi 10 novembre - auditorium Jean Jaurès, 18h30

Christophe Monniot : saxophones alto et sopranino / Guillaume Roy : alto / Didier Ithursarry : accordéon

G. Roy (Station MIR) - Nevers, 10 nov. 2011 -  voir en grand cette image
G. Roy (Station MIR) - Nevers, 10 nov. 2011
© CultureJazz.fr

Voilà plus de dix ans que la Station MIR (du russe : Мир signifiant « paix » et « monde » [2]) a été volontairement détruite dans l’espace. Ce n’est donc pas en hommage à la conquête spatiale soviétique, pas plus qu’à un antique détergent pas très écolo que ce trio a choisi cet intitulé.
M.I.R. n’est autre que la réunion de trois paisibles conquérants d’espaces musicaux à défricher : Christophe Monniot (M), Didier Itursarry (I) et Guillaume Roy (R). Ils sont lancés en orbite autour de la planète des musiques inventives et improvisées dans la Galaxie Jazz. Aux commandes de cet engin assez saugrenu (saxophones, accordéon, alto), le (Saint-) Christophe Monniot garantit un voyage sans encombres. On y croise une valse musette, un hymne nuptial déjanté, du free-bop revitalisé, Ornette (Coleman, pas le truc à la mode !) et quelques sornettes bien venues avec une belle dose d’humour.
Monniot est un rusé : il étonne avec une formule atypique et rassure avec un répertoire à l’éclectisme consensuel qui caresse le public dans le bon sens sans jamais irriter les plus sceptiques. Joliment joué et voyage sans heurts.
Embarquez sans hésiter à bord de cette station MIR !

. ::Thierry Giard ::.

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> RADIATION 10 invite Han Bennink - jeudi 10 novembre, Maison de la Culture, 20h30

Aymeric Avice : trompette / Hugues Mayot : saxophones / Fidel Fourneyron : trombone / Clément Janinet : violon / Julien Desprez : guitare / Bruno Ruder : Fender Rhodes / Benjamin Flament : vibraphone / Joachim Florent : contrebasse / Emmanuel Scarpa : batterie / Han Bennink : batterie, percussion

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Radiation 10 + Han Bennink (bandeau rouge) - Nevers, 10 nov. 2011
© CultureJazz.fr

À Nevers, Radiation 10 a son public, non seulement parce que cette formation « assez grande » a su accéder à une reconnaissance sur le scène française mais aussi parce que certains de ses membres ont des attaches en Bourgogne, leur base de lancement !
Inviter Han Bennink, c’est une initiative audacieuse et méritoire (de Roger Fontanel ?) car le phénoménal batteur hollandais est un vieux lion indomptable et facétieux. Il n’est arrivé qu’à mi parcours du concert, laissant au nonet un peu de temps pour développer quelques thèmes de son répertoire, Bossa Supernova (déjà entendu au Mans en mai) avec toujours le même enthousiasme et la même envie de tout donner.
Et Bennink donc ? Il nous a servi son sempiternel solo de caisse claire en poussant accessoirement la chansonnette (Trenet... Boum !). Rien de nouveau sur le port d’Amsterdam... Ensuite, les membres de Radiation 10 sont revenus en jouant d’abord le jeu de la grande messe free puis en amenant progressivement leur aîné à venir sur le terrain de leur collectif. Bennink, bon diable, a suivi sans « dynamiter » l’orchestre et les dix dernières minutes furent assez sincèrement fusionnelles...
Bien joué les jeunes ! La partie n’était pas gagnée d’avance.

. ::Thierry Giard ::.

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> Sex Mob « Plays Ellington, Nino Rota and Bond » - jeudi 10 novembre, Maison de la Culture, 22h30

Steven Bernstein : trompette à coulisse / Briggan Krauss : saxophone alto / Tony Scherr : contrebasse et basse électrique / Kenny Wollesen : batterie, percussion

S. Bernstein (Sex Mob) - Nevers, 10 nov. 2011 -  voir en grand cette image
S. Bernstein (Sex Mob) - Nevers, 10 nov. 2011
© CultureJazz.fr

Les américains ont débarqué ! Oui, à Nevers on puise abondamment dans le creuset jazzistique européen mais on n’oublie pas que le jazz trouve son origine Outre-Atlantique. Le quartet Sex Mob qui figurait à l’affiche du final de cette 25ème édition.
Dirigée par le trompettiste (à coulisse !) Steven Bernstein, cette formation s’est constituée dans le cadre de la Knitting Factory, célèbre club new-yorkais. Sex Mob développe un répertoire enjoué et très vivant qui repose sur les fondamentaux du jazz. Bernstein a tout de l’entertainer, soliste volubile et tonique, il est aussi l’animateur de cette formation où l’on perçoit un plaisir du jeu qui est rapidement communicatif.
Cette musique ne « prend pas la tête » mais ne manque pas de consistance pour autant. Rien de génial ou d’époustouflant dans un tel concert où l’on retrouve, comme promis, un collage bien fichu de thèmes célèbres (Ellington, Nino Rota et autres musiques de films), mais le plaisir d’écouter une musique vivante assez inspirée et sans complexes. C’est déjà ça et il ne faut pas bouder les moments agréables et simples comme l’interprétation du magnifique « Come Sunday » (de Duke Ellington) en rappel.

. ::Thierry Giard ::.

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> Barry Guy solo - vendredi 11 novembre, PAC des Ouches, 12h00

Barry Guy : contrebasse et accessoires.

« J’aime les musiques qui font attention aux autres. » C’est une phrase prononcée par le photographe Guy Le Querrec au cours de la rencontre D’Jazz de Comptoir du 12 novembre suite à la projection commentée des photographies tirées de son ouvrage «  Light and day ».

Barry Guy - Nevers, 11 nov. 2011 -  voir en grand cette image
Barry Guy - Nevers, 11 nov. 2011
© CultureJazz.fr

Phrase que je lui emprunte tellement elle convient à ce que j’ai pensé en écoutant le concert solo de Barry Guy ce midi 11 novembre entre les murs en pierre de la petite cave voûtée du PAC des Ouches.

Le solo de Barry Guy se fait à deux : lui et sa contrebasse. Il la fait vivre de telle manière et lui donne une telle présence qu’on la regarde et l’écoute non comme un instrument mais comme une musicienne avec laquelle il dialogue, se livre à une bataille endiablée, à une cour amoureuse... Il la gratte, la fouette, la chatouille, la masse, l’enveloppe, la secoue et elle halète, ronfle, vibre, gronde.
Tous les deux nous poussent dans les limites de notre écoute et retiennent notre attention de bout en bout. Ils ne nous offrent pas une musique facile mais tout est dans l’art de la communiquer.
Très pédagogue, Barry Guy a le souci du public, il présente les morceaux, alterne les mélodies et les recherches sonores (baguettes en bois ou en métal placées entre les cordes) qui laissent bouche bée.
Son humour, le respect qu’il porte à ceux qui l’écoutent font qu’il a le pouvoir de faire comprendre son art et apprécier sa musique à toutes les oreilles. Sa musique fait attention aux autres et pas seulement aux initiés. Barry Guy crée chez les spectateurs une empathie esthétique et offre un moment hors du temps.

. ::Denise Giard ::.

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> Chant Bien Fatal (Collectif ARFI) - vendredi 11 novembre, Auditorium Jean Jaurès, 18h30

Guy Villerd : ordinateur, voix, electronique, saxophone ténor, traitement du son / Xavier Garcia : ordinateur, échantillonneur, électronique, traitement du son / Franck Boyron : trombone / Clément Gibert : clarinettes et saxophone alto / Ludovic Murat : saxophones / Guillaume Grenard : trompette

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G. Villerd, F. Boyron, C. Gibert, G. Grenard, L. Murat (et X. Garcia, hors-champ) : Chant bien Fatal.
Nevers, 11 nov. 2011. © CultureJazz.fr

Mêler informatique et musique : Guy Villerd s’y est penché il y a belle lurette avec des machines peu réactives mais il avait encore beaucoup à dire en tant que saxophoniste dans le cadre de l’ARFI lyonnaise et a laissé sa recherche de côté... « J’avais pris dix ans de retard et je m’y suis remis dare-dare. » Aujourd’hui, ce passionné d’Albert Ayler a envie de tourner une page. Avec la complicité de Xavier Garcia, un des maîtres des machines informatisées, ils font vivre leur duo électro Old, Blind & Deaf qu’ils ont augmenté de quatre jeunes et vaillants souffleurs pour rendre hommage à Maurice Merle, leur irremplaçable copain décédé en 2003.
Le disque paru cet été 2011 (lire la chronique) concrétise de manière exemplaire le mariage de l’électronique et des instruments acoustiques. Oui, on l’aime !
Mais le concert allait-il être à la hauteur de notre attente ? Oui, et encore oui car on perçoit en direct que cette musique n’est pas un habile assemblage d’ingénieurs du son. C’est une musique qui vit et donne de l’énergie à partir des remarquables compositions subtiles, inventives, mélodiques et « piégeuses » parfois de Maurice Merle qui ne renierait pas ce joyeux hommage, c’est certain. Les jeunes instrumentistes solistes sont tous remarquables avec une mention spéciale à Clément Gibert qui nous a bouleversés dans son introduction de « Chant bien fatal » au saxophone alto...

. ::Thierry Giard ::.

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> Michel Portal « Baïlador » quintet - vendredi 11 novembre, Maison de la Culture, 22h30

Michel Portal : saxophones alto et soprano, clarinette basse / Ambrose Akinmusire : trompette / Bojan Z : piano, Fender Rhodes / Scott Colley : contrebasse / Nasheet Waits : batterie

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Bojan Z, M. Portal, S. Colley, A. Akinmusire, N. Waits - Nevers, 11 nov. 2011
© CultureJazz.fr

Nous voilà rassurés, mais pas comblés. Michel Portal va bien ! Nous l’avions laissé bien en dehors du coup (certes, sortant d’hospitalisation) lors du dernier festival Jazz Sous Les Pommiers à Coutances. « Baïlador » sonnait comme un programme de producteur, assemblage de musiciens haut-de-gamme mais peu en phase avec l’esthétique historique et naturelle du légendaire bayonnais.
À Nevers, tout allait mieux. Le quartet est soudé, complice et farceur pour se moquer un peu des humeurs portaliennes et le pousser dans ses retranchements. Portal est inspiré, motivé... et ravi de la présence réconfortante au premier rang de son ami Guy Le Querrec !
Nous préférons indiscutablement Portal dans des formules plus aventureuses, moins conventionnelles mais ce fut un bon concert, servi avec grandeur par de brillants solistes. On ne manquera pas d’évoquer Ambrose Akinmusire, trompettiste possédant une vraie personnalité et un sens de l’espace et du temps tout à fait exceptionnels.
Mais les plus belles formations du Monde autour de Michel Portal ne vaudront jamais ce beau moment en rappel où la clarinette basse chante la solitude du musicien perpétuellement tourmenté... Dejarme Solo ! Seul, Michel terrasse ses démons !

. ::Thierry Giard ::.

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> Eddie Palmieri Afro-Caribbean Jazz All-Stars - samedi 12 novembre, Maison de la Culture, 22h30

Eddie Palmieri : piano / Brian Lynch : trompette / Yosvany Terry : saxophone alto / Jose Claussell : timbales / Vincente Rivero : congas / Luques Curtis : contrebasse

Le papier ne refuse pas l’encre, c’est bien connu et les musiciens ne refusent pas les étoiles si on les en affuble à défaut qu’ils les aient décrochées par eux-mêmes (« All-Stars » !).
C’est ainsi que le pianiste Eddie Palmieri se retrouve à la tête d’un « toutes étoiles » (comme on dit au Québec)... inconnues au bataillon des célébrités. On remarquera toutefois que le trompettiste Brian Lynch fit autrefois un joli parcours dans la lumière du big-band de Toshiko Akiyoshi mais aussi dans une des ultimes moutures des Jazz Messengers d’Art Blakey.

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Eddie Palmieri Afro-Caribbean Jazz All-Stars - Nevers, le 12 nov. 2011
Eddie Palmieri Afro-Caribbean Jazz All-Stars

Si, comme nous, vous avez connu les grandes formations flamboyantes d’Eddie Palmieri, ce sextet vous aurait/aura sans doute semblé bien terne. Les introductions fort longues du maître ouvraient des compositions assez linéaires et stéréotypées sur lesquelles se succédaient des solistes très honnêtes qui n’ont pas ménagé leurs efforts. Auréolé de son titre de professeur à l’Université de Miami, Bryan Lynch a assuré élégamment des parties de trompette de bonne facture sans parvenir à donner à l’ensemble toute la flamme qu’on pouvait en attendre...
_ Avec le temps, va...

. ::Thierry Giard ::.

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> PS :

Nevers est une ville fort agréable et sa cathédrale qui ne fut pas épargnée par les bombes de la dernière guerre mondiale possède aujourd’hui une superbe collection de vitraux contemporains qui mérite qu’on s’y attarde surtout quand ils sont traversés par la lumière douce d’une belle matinée d’automne...
C’est pour cela que nous sommes arrivés trop tard pour assister au spectacle « Miroir, Miroir » du pianiste Stefan Oliva avec la trapéziste Mélissa Von Vépy... Quand c’est complet, c’est complet...

Honteux et confus, nous espérons ne plus nous y laisser prendre...


[1...pour fêter la démission de Berlusconi !

[2merci Wikipédia !

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