« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Jazz en action » Entretiens, portraits. » Claude Tchamitchian : entretien

Claude Tchamitchian : entretien

Un contrebassiste essentiel de la scène européenne...

D 23 décembre 2011     H 17:53     A Armel Bloch    


À un an de la sortie de son album solo « Another Childhood », à quelques mois de l’édition du disque du trio improvisé « Amarco », après une carte blanche l’été dernier à l’Atelier du Plateau où il présentait respectivement son duo avec Raymond Boni, son quartet « Ways Out » et son trio « Lumières d’Etchmiadzine », l’actualité riche de Claude Tchamitchian méritait une interview pour le site CultureJazz. Voyons de plus près l’originalité du parcours de ce contrebassiste essentiel de la scène européenne, tant en leader qu’en sideman.

Claude Tchamitchian  -  voir en grand cette image
Claude Tchamitchian
Photo © Christian Ducasse
  • Armel Bloch : Votre parcours est sillonné de rencontres marquantes avec des musiciens phares de la scène européenne du jazz improvisé (André Jaume, Raymond Boni, Daunik Lazro, Andy Emler...). Que retenez vous de ces collaborations ?
  • Claude Tchamitchian : Depuis mes débuts, j’ai un rapport étroit avec André Jaume (saxophones, clarinettes). J’ai été son élève lorsqu’il dirigeait la classe de jazz du conservatoire d’Avignon. A l’époque, nous jouions en trio avec Rémi Charmasson (guitares), autre musicien qui compte dans mon parcours. André est la première personne qui m’a permis d’intégrer le circuit de musiciens professionnels en participant à des festivals et des tournées à l’étranger. J’ai commencé à connaître une intensité de vie musicale que l’on apprécie par la suite, quand ça se passe bien.

J’ai connu Raymond Boni (guitares) peu de temps après. À l’époque, je vivais à Marseille. Il possède extraordinairement bien le sujet et le langage qu’il exploite et dispose d’une façon très personnelle d’appréhender la musique. Je suis totalement immergé dans son univers incroyable et j’enrichis ma propre vision de son imaginaire. Lorsque je croise des personnalités de cet acabit là, c’est toujours un vecteur de progrès important pour moi même.

Je pourrai en dire autant d’Andy Emler, Daunik Lazro ou Rémi Charmasson. J’ai la chance de passer beaucoup de temps avec ces personnes et il n’y a pas une fois où je me suis dit : « tiens j’ai déjà entendu cela ». On peut entendre des formes similaires, après tout on ne se renouvelle jamais totalement, mais dans le contenu ou le moment où ça se passe, c’est d’une intensité constante.

Dans mon apprentissage de la musique, il y a eu plusieurs périodes. Une première où j’ai écouté beaucoup de musiciens historiques qui apportaient des choses par rapport à leurs savoirs ; j’essayais d’en capter certains. Il y a eu ensuite des musiciens qui m’ont aidé à trouver une sensibilité musicale dans laquelle j’allais m’engager. À ce sujet, les compagnonnages m’ont beaucoup apporté, par exemple avec les membres des différents orchestres Louzadzak : Daunik Lazro, Ramon Lopez, Philippe Deschepper, sans oublier Jean-Luc Cappozzo qui a un don du lyrisme et du chant fantastique. C’est à mon sens l’un des trompettistes qui a le plus beau son qui existe sur son instrument. Il y a également Éric Échampard, François Corneloup, Jean-Pierre Julian, Sophia Domancich, Simon Goubert... et j’en oublie certainement d’autres.

Aujourd’hui, ce sont les personnes avec lesquelles je joue qui me font le plus progresser : Stephan Oliva, Andy Emler, Eric Watson, les musiciens de mon quartet (Régis Huby, Rémi Charmasson, Christophe Marguet), du trio Amarco (Vincent Courtois, Guillaume Roy).

Les trios avec Andy Emler et Stephan Oliva ont la même formule instrumentale mais la musique est radicalement différente. Ma rencontre avec Stephan est plus lointaine que celle avec Andy, de par sa participation au Louzadzak et notre premier enregistrement « Novembre » en trio au début des années 90. Nous jouions ensemble dans le sextet et l’octet de Jean-Pierre Jullian...

A partir du moment où l’on joue avec des musiciens aux identités fortes, ces personnes nous amènent dans des univers très différents. Si je devais avoir une sorte d’homoformisme dans ce que je joue, alors cela voudrait dire qu’il n’y aurait pas de différence fondamentale entre telle ou telle formule, tel ou tel musicien, ce qui sous-entendrait de se poser certaines questions.
Dans le MegaOctet, je retrouve un rôle fondamental de bassiste, un rapport au rythme et à la manière de le faire très enrichissant, grâce à la rythmique de choc constituée par Eric Echampard, François Verly et Andy Emler. Je travaille le rapport au groove, assimilable à une certaine forme de danse, que j’ai toujours adoré mais jusqu’alors peu exploré, parce que mon parcours musical m’a plus emmené vers d’autres choses induites par les musiques improvisées, ou à des clivages orchestraux spécifiques différents de ce rapport étroit au rythme.

J’apprécie aussi les sollicitations qui viennent de musiciens d’une génération antérieure à la mienne. Ils ont parfaitement intégré ce qui s’était passé avant eux. J’ai été partiellement acteur des musiques qu’ils pratiquent. Jouer avec de jeunes musiciens créé une dynamique différente et très intéressante. Je pense notamment au saxophoniste Emile Parisien, avec lequel je devrais prochainement entamer une collaboration.

JPEG - 23.8 ko
Claude Tchamitchian
Photo © Christian Ducasse
  • AB : Il y a un an, le disque solo « Another Childhood » a été publié chez le label Emouvance. Quelle évolution depuis votre premier disque solo paru en 1993 ?
  • CL : Je ne sais pas si nous pouvons comparer ces deux albums. Je pense que le deuxième disque est la résultante d’un sillon qui s’est creusé au fil des années. « Jeux d’enfants » a été conçu comme des saynettes, miniatures musicales ou petits tableaux, qui à chaque fois correspondaient à un élément ou à une technique de jeu particulière que je voulais approfondir sur mon instrument. Les pièces sont très écrites et peuvent évoquer des « chansons ». Il y avait dans ce disque des envies de ritournelles parce que les thèmes sont des références à des enfants qui existaient, raison pour laquelle l’album porte ce titre, initié à l’époque par Christian Tarting. Dans ce répertoire, je ne voulais pas qu’il y ait une impression de manque. Je ne souhaitais pas non plus que la contrebasse donne l’image de soliste virtuose, chose qui me semble assez veine au sens exercice gymnique. Pour moi, le virtuose est celui qui réussi à remplir totalement la musique avec un minimum de moyens, qui permet l’imaginaire, autant à celui qui joue qu’à celui qui reçoit.

Il y a à mon sens plus de maturité dans le deuxième album. « Another Childhood » est d’avantage fondé sur la recherche d’impressions, de matériaux musicaux, de choses que je décide d’explorer dans des thèmes un peu plus longs et moins cernés que dans le premier disque solo. Je me suis imprégné de voyages que je n’avais pas faits à l’époque de « Jeux d’enfants ». J’ai eu la chance de jouer très régulièrement seul et de pouvoir faire évoluer mon langage, qui s’enrichit avec les musiciens que j’écoute et avec lesquels je joue. Je suis toujours resté très fidèle à des formes qui ont un rapport étroit avec la mélodie, que ce soit dans le choix des matériaux ou des sons utilisés, ou lorsque je joue de simples lignes mélodiques. La mélodie est une forme harmonieuse d’agencements de sons. C’est une sorte de définition de la musique. Ce rapport au chant et au lyrisme ne m’a jamais quitté. « Another Childhood » est un album à la fois plus profond et plus sombre, dans lequel les aspects mélodiques sont présents mais peut-être de façon moins évidente que dans mon premier solo. Je cherche juste à aller plus loin dans l’exploration des choses. Dans certains passages, j’utilise deux archets, technique non pratiquée en 1993. Je complète ainsi les matériaux sonores possibles de la contrebasse. Je possède maintenant plus d’éléments de vocabulaire sur le jeu des harmoniques et des tessitures, clairement identifiables dans l’album.

  • AB : Vous êtes à l’initiative de la création du label Émouvance, qui a maintenant 15 ans. Pourquoi avoir initié ce label et quelles sont ses orientations artistiques ?
  • CL : J’ai créé Émouvance en 1995 pour deux raisons conjointes : je voulais m’investir d’avantage dans la musique que j’aime, avec un côté militant et je cherchais des outils de production qui puissent me permettre de diffuser et proposer des projets personnels originaux, notamment dans l’écriture. Je ne voulais pas faire un label que pour moi. Il est destiné à promouvoir des répertoires écrits par les musiciens dont l’univers correspond à l’idée personnelle que je me suis faite de la musique. Il ne s’agit pas uniquement de créations « disquables ». La plupart du temps, nous essayons de faire en sorte que les formations jouent le plus possible avant et après l’enregistrement. Les lignes directrices artistiques sont restées assez fidèles au fil des années.
    L’état d’esprit que nous cherchons à défendre avec Émouvance n’oppose pas l’écriture et l’improvisation. J’adore quand ces deux éléments sont réunis, ce qui n’empêche pas de trouver dans le catalogue des disques entièrement improvisés et d’autres presque totalement écrits. Après le disque du trio Amarco, le prochain album sera un solo du guitariste Raymond Boni. C’est une merveilleuse période pour sortir un disque solo de Boni, compte tenu de la maturité incroyable qu’il dispose aujourd’hui.
E. Échampard, C. Tchamitchian, A. Emler - Caen, le 15 juin 2010 -  voir en grand cette image
E. Échampard, C. Tchamitchian, A. Emler - Caen, le 15 juin 2010
Photo © CultureJazz

Plus le temps passe, plus j’ai du mal à dire que c’est un label de musiques improvisées. Aujourd’hui, on imagine que l’improvisation est un univers très abstrait et bruitiste, dans lequel il n’y a aucune écriture et où des formes rythmiques n’existent plus. Ce n’est pas faux, mais définir l’improvisation uniquement comme tel reste très caricatural. Lorsque je joue en duo avec Raymond Boni, en trio avec Andy Emler et Éric Échampard ou avec Vincent Courtois et Guillaume Roy, je me permets de faire des choses soit complètement improvisées, soit issues d’éléments écrits, mais toutes ont un rapport avec le chant, la mélodie, le rythme, l’harmonie... Il ne s’agit pas uniquement d’atmosphères totalement abstraites. Je ne refuse pas l’abstraction mais lorsque je joue, je n’ai pas envie d’associer uniquement cette « image raccourcie » aux musiques improvisées. L’improvisation n’est ni plus ni moins qu’une façon de composer la musique en temps réel avec tous les éléments qui la constituent.

  • AB : Vous avez créé plusieurs orchestres sous le nom Louzadzak. Quelle idée précise de votre musique cherchiez-vous à mettre en avant avec ces orchestres ?
  • CL : Louzadzak est un orchestre que j’ai dirigé sous différentes versions, pour lequel j’ai composé et fait évoluer la musique. Il comptait 7 musiciens dans le premier projet à 14 dans Bassma Suit. Trois disques ont vu le jour. L’Acoustique Louzadzak a très peu joué. Je ne le trouvais pas assez abouti musicalement. Je souhaite le recréer entièrement et réécrire le répertoire. Malgré l’impression que peut évoquer le nom donné à l’octet Human Songs, il ne s’agit pas de chansons mais de deux suites orchestrales qui sont des réflexions personnelles par rapport à ce que l’on voit aujourd’hui dans notre société, tout près de nous ou un peu plus loin. C’était la première fois que je pouvais utiliser la voix comme instrument avec Médéric Collignon, rencontré essentiellement au sein du MegaOctet. La voix m’a toujours intéressé, surtout dans cet orchestre où il y a un rapport étroit à un certain lyrisme.

Louzadzak peut donner l’impression d’un collectif, ce qui me fait plaisir. Il y a effectivement une manière d’intégrer tout le monde et chacun peut se sentir un minimum compositeur de la musique qu’il est en train de jouer. J’essaie de traiter la masse orchestrale d’une façon particulière et de travailler sur la façon de générer le chant lyrique à plusieurs, que ce soit dans des moments improvisés, écrits, arrangés, orchestraux ou non. Il y a aussi l’exigence de développer une coloration particulière imprégnée de mes origines, qui explique le nom commun Louzadzak donné aux différents orchestres. C’est le projet dans lequel j’ai le plus interrogé mes racines culturelles arméniennes. Certains de ces aspects développés dans Louzadzak se retrouvent dans d’autres projets.

L’orchestre est actuellement en sommeil : je n’ai pas terminé la dernière partition, qui nécessite un important travail d’écriture. Si tout se passe bien, une prochaine mouture devrait sortir la saison prochaine. Je préfèrerai en parler lorsque la nouvelle formation sera réunie. Ce sera un orchestre d’une dizaine de personnes.

  • AB : Avec votre quartet « Ways Out », quelles différences cherchez-vous à mettre en avant par rapport à vos précédents projets ?
  • CL : Après plusieurs années à la direction du Louzadzak, j’ai ressenti le besoin de retrouver une petite forme orchestrale pour explorer un mode de jeu qu’il ne m’était pas possible de travailler avec les orchestres de taille plus importante. En tant que contrebassiste, je voulais être accompagnateur de l’orchestre et aussi dans le côté lyrique du chant. J’ai écrit des thèmes simples pour les apprendre très vite et pour nous permettre d’être in et out, c’est à dire d’entrer et sortir facilement des trames existantes. Nous avons un réservoir thématique de 8 à 10 mélodies directrices que nous jouons sans aucun ordre prédéterminé avant les concerts. Chaque mélodie suggère certains clivages rythmiques et harmoniques inféodés, que l’on joue ou pas mais on sait que l’on a ce réservoir en tête et qu’on peut s’en servir. On se lance sur scène et on compose au hasard de ce que l’on entend, de nos suggestions et réactions en intégrant ces éléments pré-écrits.

À la grande différence du Louzadzak, Ways Out a un côté pop rock. C’est la première fois que j’ose jouer des souvenirs que j’écoutais dans ma jeunesse, que j’ai toujours adoré. Je suis entouré de musiciens qui ont eu cette même culture musicale et qui savent en faire quelque chose qui reste dans les idées et couleurs du quartet. A quatre, nous sommes d’accord pour interpeler nos origines de cette façon et les donner à entendre sans faire de copie conforme de je ne sais quel groupe.
Tous m’ont intéressé par leur dimension lyrique et compositionnelle. Il n’y a pas un seul de ces musiciens qui va vouloir jouer sur ce qui se passe ou faire son propre solo. On joue dans ce qui se passe et tout se déroule ensemble, comme on peut le voir en musique de chambre ou dans le rock. Cela ne nous interdit pas d’explorer par moment des passages en forme plus réduite que le quartet. La manière d’exposer la musique n’est pas de la forme classique thème-solo-thème. On ne sait même pas si un thème va arriver ou non. Ce qui compte, c’est le voyage orchestral collectif. Une autre volonté très claire avec Ways Out : développer une musique amplifiée aux couleurs électriques en opposition à d’autres projets actuels.

  • AB : Vous avez récemment créé le trio Lumières d’Etchmiadzine. Quelles ont été vos sources d’inspiration ?
  • CL : En 1994, lors de mon premier voyage en Arménie, suite à l’invitation du ministère arménien de la culture, j’ai eu la chance d’être présent à la fête des huiles. C’est la plus grande fête religieuse du pays, qui rassemble quelque vingt mille personnes durant quatre jours et a lieu tous les 5 ans dans la ville d’Etchmiadzine, connue pour abriter le siège de l’Eglise apostolique arménienne. Ce voyage fut un choc. J’ai ressenti une tension incroyable, purement instinctive avec une force tellurique, mystique et une ivresse collective sans équivoque. La musique de ce trio illustre des impressions personnelles ressenties lors de cet événement et s’inspire plus généralement de la dramaturgie et de la dimension chorale si particulière à la musique arménienne, mais ce n’est en aucun cas une reprise de thèmes traditionnels. Nous commençons par un chant très recueilli qui évoque le côté nostalgique de la musique arménienne. Lyrique, basée sur une thématique volontairement dépouillée qui incorpore dans une large mesure l’improvisation, nous jouons sur la transversalité des cultures et des univers propres à chacun de nous trois. Le répertoire « Lumières d’Etchmiadzine » a été créé à l’occasion d’un spectacle de mise en lumières, inspiré par l’œuvre du cinéaste Sergueï Paradjanov.
Guillaume ROY, Vincent COURTOIS, Claude TCHAMITCHIAN : « Amarco » -  voir en grand cette image
Guillaume ROY, Vincent COURTOIS, Claude TCHAMITCHIAN : « Amarco »
Émouvance / Absilone- Socadisc
  • AB : Lors de vos concerts avec le trio Amarco, je n’ai jamais entendu deux fois la même chose. A quand remonte sa création et quelles sont les lignes directrices de ce trio ?
  • CL : La création du trio date de ma résidence à la Dynamo de Banlieues Bleues. J’ai sollicité Vincent Courtois (violoncelle) et Guillaume Roy (alto) pour former un trio à cordes. Au début, je voulais qu’il y ait une trame écrite minimale. Lorsque nous nous sommes rencontrés à l’occasion du premier concert, Vincent a suggéré d’essayer un concert totalement improvisé. Ça s’est bien passé : nous nous connaissions bien et nous avons en commun une culture de l’improvisation assez poussée. Nous avons donc fait le choix du total acoustique et total improvisé. Grâce aux concerts réguliers, nous creusons cette veine quelle que soit l’importance de la salle. Le disque a été enregistré avec les mêmes exigences. La musique entendue n’est jamais la même. C’est certes un pari qui peut paraître risqué mais je pense que le choix de donner à la musique une impression nouvelle à chaque représentation doit être fait dans tous les contextes, qu’il s’agisse d’improvisation totale ou non.
    Lorsque j’étais au conservatoire d’Avignon, je me souviens avoir assisté en auditeur libre à une master-class d’un quatuor à cordes qui interprétait le répertoire de Beethoven. Après quatre jours de travail, je n’ai pas entendu deux fois de suite la même version. L’un d’entre eux m’avait fait part du propos suivant : « Heureusement que tu nous dis cela parce que si on devait donner l’impression de jouer tout le temps la même chose, alors ce serait raté. ». Entre un musicien qui interprète de la musique écrite et un autre de la musique improvisée, même si le postulat de départ est différent, l’attitude et la manière d’être dans la musique doivent être la même. Il faut que celui qui joue un concerto très connu donne l’impression que c’est la première fois qu’on l’entend.
    La pratique de l’improvisation totale donne plus de facilité par rapport à cela, puisque dans tous les cas on ne joue pas de répertoire préétabli. Essayons de ne pas confondre style et musique.

Avec Amarco, nous faisons des clivages harmoniques très simples, qui donnent l’impression de chansons écrites. En improvisation collective, ça ne sert à rien de proposer des choses trop compliquées, que les autres pourraient avoir du mal à capter. Après nos concerts, de nombreuses personnes nous demandent quels sont les thèmes joués alors que tout est improvisé. Il est étonnant de constater que lorsque les auditeurs ont une impression d’organisation dans la musique qu’ils écoutent, ils croient qu’elle est préalablement écrite.

  • AB : Vous semblez dans votre parcours avoir beaucoup jouer en duo. Que trouvez-vous d’intéressant dans ce type de formule ?
  • CL : Il est vrai que j’ai beaucoup exploré la formule du duo avec Raymond Boni, Rémi Charmasson, Jean-Luc Cappozzo, Gaguik Mouradian, Charlène Martin, Yves Robert... Il y a avec le duo ou le trio la possibilité d’une liberté incroyable que je peux partager avec des personnalités musicales très distinctes. Ce sont par ce fait des formations magiques.
Claude Tchamitchian : « Another Childhood » -  voir en grand cette image
Claude Tchamitchian : « Another Childhood »
Émouvance / Absilon Socadisc

Gaguik Mouradian est un immense artiste de musique arménienne. Depuis longtemps, il voulait faire des choses totalement improvisées. Je voulais de mon côté entreprendre un travail de recherche plus approfondie en petite formation autour de mes origines arméniennes. Nous nous sommes donc rencontrés et une discussion musicale est née naturellement. C’est aussi grâce à Gaguik que je parle un peu l’arménien. Il dispose d’un phrasé très atypique, qui effectivement évoque des couleurs de musiques du monde, mais le contenu même de son propos est assez différent. Nous nous serions rencontrés dans un quintet ou sextet, l’aboutissement n’aurait certainement pas été le même.

Je suis très content de renouer une collaboration en duo avec le saxophoniste François Corneloup. J’ai vécu des choses très intenses à l’époque de son premier trio. Le répertoire s’appuie sur des matériaux écrits, majoritairement apportés par François, qui tend à aller vers quelque chose avec de plus en plus de liberté.

J’ai repris mon travail en duo avec Raymond Boni. Après tous les moments passés en acoustique, cette fois-ci nous cherchons un autre rapport au son avec des éléments amplifiés. L’imaginaire de Boni ne s’épuise jamais, on peut toujours aller plus loin.

  • AB : Quelles sont vos autres activités et collaborations ?
  • CL : L’essentiel a été dit. Pour ce qui concerne mes activités actuelles, il y a bien sûr la continuation de tous ces projets en trio (Amarco, Lumières d’Etchmiadzine), quartet (Ways Out), de nouvelles collaborations en duo (Raymond Boni, François Corneloup), trio (avec Stephan Oliva et Jean-Pierre Jullian), mes participations aux trio et MegaOctet d’Andy Emler, le quartet d’Eric Watson. Je participe à des projets avec la compagnie Vertigo (spectacles Même la nuit, Neige rien). J’accompagne la chanteuse Angélique Ionatos.

Pour le futur, comme je le précisais tout à l’heure, je travaille sur le prochain répertoire du Louzadzak. Une prochaine collaboration avec un orchestre de Jean-Pierre Jullian devrait se faire. J’ai été sollicité pour un nouveau quartet avec Emile Parisien, Sylvain Darrifourcq et Frédéric Dousteyssier. J’ai la chance d’être très occupé. J’évite de me disperser pour mener à bien toutes ces sollicitations.

Propos recueillis par Armel Bloch dans le cadre des 24èmes Rencontres Internationales de Jazz de Nevers

Discographie sélective :

  • « Amarco », V. Courtois, G. Roy, Emouvance, 2011, « OUI, on aime ! » CultureJazz
  • « Pause », MegaOctet d’Andy Emler, Naïve, 2011
  • « All around », Maria Laura Baccarini, Abalone, 2010
  • « Another childhood », contrebasse solo, Emouvance, 2010 - Chronique CultureJazz.
  • « Midnight torsion », Eric Watson, Emouvance, 2009 - Chronique CultureJazz
  • « Don’t forget you are an animal », Sébastien Texier trio, Cristal records, 2009
  • « Stéréoscope », Stephan Oliva trio, La Buissonne, 2009 - Chronique CultureJazz
  • « Crouch, Touch, Engage », MegaOctet d’Andy Emler, Naïve, 2009 -
  • « Ascension, tombeau de John Coltrane », D. Lavant, S. Kassap, R. Lopez, F. Médioni, Rogue art, 2009
  • « Angels, Devils & Haints », J. McPhee, M. Bisio, P. Rogers, D. Duval, Cjr 7, 2008
  • « Aquarian forest », 4tet Äänet, Emouvance, 2008
  • « Manœuvres », Rémi Charmasson 5tet , Ajmiséries, 2007
  • « Eros y Muerte », Angélique Ionatos, Naïve, 2007
  • « Triana moods », Sophia Domancich Pentacle, Cristal Records, 2007
  • « West in peace », MegaOctet d’Andy Emler, Nocturne, 2007
  • « Human songs », New Lousadzak, Emouvance, 2006 -
  • « Next to you », 4tet McPhee / Lazro / Boni / Tchamitchian, Emouvance, 2006

etc.

> Liens :