« Le jazz tisse sa toile... »
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Vitrine de février 2015 : cinq disques

D 26 février 2015     H 23:10     A Thierry Giard, Yves Dorison    


En vitrine pour ce mois de février 2015, cinq disques qui reflètent la diversité du jazz à travers des directions esthétiques différentes et une indispensable référence à un passé pas si lointain.
Une collection de « Oui, on aime ! » aussi. La preuve que ces disques nous ont touchés. On notera que parmi ces nouveautés, trois proviennent du catalogue ECM, un label qui reste incontournable.

Raphael WALSERS GangArt : « Wolfgang » Vijay IYER Trio : « Break Stuff » Chris POTTER Underground Orchestra : « Imaginary Cities » Savina YANNATOU – Primavera en Salonico : « Songs of Thessaloniki » Mike OSBORNE : « Dawn »

Au sommaire :


Vijay IYER Trio : « Break Stuff »

Vijay IYER Trio : « Break Stuff » -  voir en grand cette image
Vijay IYER Trio : « Break Stuff »
ECM
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On aime !

Il y a un an à peine, le label ECM accueillait Vijay Iyer. Le pianiste américain restait fidèle à l’Allemagne (après ACT music) pour diffuser dans les excellentes conditions qui font la réputation de la maison munichoise sa musique « sérieuse ». Avec « Mutations », ensemble de compositions pour cordes, piano et électronique, on pouvait se sentir un peu loin du jazz pour peu qu’on n’ait guère l’esprit aventureux. Cette fois, c’est bien le (déjà) légendaire trio du pianiste qu’on retrouve dans « Break Stuff ».

Au programme de ce disque, des relectures de Thelonious Monk, Billy Strayhorn et John Coltrane qui sont autant de petites merveilles d’équilibre entre respect de la lettre et développement inventif. Les compositions du leader forment une sorte de catalogue des genres qu’il aime, pratique et invente avec une imagination sans frein.
Nous avions butté sur « Hood » lors du concert de Coutances en 2013 (lire ici) en raison du jeu de batterie envahissant de Marcus Gilmore. Sur disque, c’est un véritable morceau de bravoure qui montre que le batteur a hérité de son grand-père (Roy Haynes) une précision rythmique imparable. Plus loin, au fil des pièces, on appréciera le degré de finesse de ce batteur exceptionnel, dans Work (de Monk) où dans Diptych, où Vijay Iyer se lance dans un solo aérien à la construction exemplaire.
La composition intitulée Break Stuff assemble des éléments mélodiques et rythmiques dans un apparent déséquilibre que vient stabiliser la contrebasse de Stephan Crump pour une escapade toute en finesse avant que ne reprenne la cadence obstinante de l’ensemble. Dans Geese, c’est à l’archet que le même Stephan Crump dessine une mystérieuse introduction d’où émerge une ligne rythmique qui dérive vers une sorte de reggae flottant sur lequel le pianiste pose avec délectation des lignes de piano aussi virtuoses que bancales.
Il y a tant de trios « piano-contrebasse-batterie » aujourd’hui qu’on se livre constamment au petit jeu des comparaison et des références. Celui-ci ne s’apparente à aucun autre en particulier mais repousse toujours plus loin des limites du genre : l’art absolu du trio ?

. ::Thierry Giard ::.


Mike OSBORNE : « Dawn »

Mike OSBORNE : « Dawn » -  voir en grand cette image
Mike OSBORNE : « Dawn »
Cuneiform
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On aime !

Avec « Dawn », le label Cuneiform records (à Washington, USA) nous offre une belle occasion d’écouter le saxophoniste britannique Michael Evans Osborne (alias Mike Osborne) dans deux enregistrements inédits. Le premier chronologiquement (les quatre dernières plages de ce disque) dans un quartet qu’il co-dirigea avec un autre saxophoniste âgé alors de 21 ans : John Surman. La section rythmique était constituée de Harry Miller à la contrebasse et Allan Jackson à la batterie. Cet enregistrement de 1966 est sans doute le plus ancien dont on dispose pour Mike Osborne et le second de John Surman. On y entend déjà toute la fougue des deux saxophonistes sur des thèmes « de leur temps » : un de Paroah Sanders (Seven by Seven), un autre de Carla Bley (And Now The Queen), Aggression du trompettiste Booker Little et une composition d’Osborne. Une musique d’une grande force, bien servie par une très bonne qualité d’enregistrement. Sans se perdre dans les outrances du free, le quartet très soudé se montre très inspiré. Osborne est déjà flamboyant et on réalise que toute la singularité du jeu et du son de John Surman était déjà là, tant au saxophone soprano qu’au baryton.
Les six premières plages de ce disque présentent Mike Osborne en trio en 1970. À cette époque, il collabore aux orchestres du pianiste-compositeur Mike Westbrook (et ce depuis 1962) mais également au Brotherhood Of Breath du pianiste sud-africain Chris McGregor. Ce sont d’ailleurs ses « confrères (du souffle) » qui constituent avec lui ce trio. Louis Moholo tient la batterie et l’on retrouve Harry Miller (sud-africain lui aussi) à la contrebasse. Ces six compositions permettent d’écouter la puissance et la créativité d’un trio dont c’est pourtant le tout premier enregistrement. La composition Dawn est un bel exemple de « chant » à trois voix, introduit avec la contrebasse à l’archet, les touches de percussions d’un Moholo qui construit ensuite tranquillement une base rythmique d’une finesse et d’une précision impressionnantes pour porter le son franc et touchant de l’alto. Quand ils s’emparent du Jack Rabbit composé en 1963 par Herbie Hancock c’est pour le démonter, le reconstruire, faire naître des rythmes et des mélodies sans dénaturer le thème. La grande force de ce trio réside d’ailleurs dans sa capacité à s’exprimer dans un constant esprit de liberté sans jamais perdre le contrôle : l’esprit du free jazz sans les outrances. Une musique qu’il ne faut pas manquer d’écouter pour remettre à leur juste place bien des musiques d’aujourd’hui qu’on voudrait nous faire passer pour « innovantes ».
La carrière de Mike Osborne se poursuivit ensuite avec le trio S.O.S (Surman, Osborne, Alan Skidmore) qu’il constitua en 1973. Atteint de schizophrénie à tendance paranoïaque, il dut se retirer de la scène au début des années 80 et fut emporté par la maladie en 2007. La publication de « Dawn » doit nous rappeler quel grand musicien il fut dès le début de sa carrière. Quant à John Surman, tout va bien pour lui puisqu’un nouveau très beau disque en big-band va paraître à la fin de ce mois de mars... La vie continue !

. ::Thierry Giard ::.


Chris POTTER Underground Orchestra : « Imaginary Cities »

Chris POTTER Underground Orchestra : « Imaginary Cities » -  voir en grand cette image
Chris POTTER Underground Orchestra : « Imaginary Cities »
ECM
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On aime !

Parmi les disques préférés de Chris Potter figure le très célèbre « Charlie Parker with Strings ». On ne sera donc pas surpris de constater que son orchestra est un ensemble avec cordes et percussions (et non un big-band conventionnel) sur lequel souffle le vent souvent tumultueux qui fait vibrer ses anches. Cependant, le prestigieux et prodigieux saxophoniste ne voulait surtout pas « tomber dans les poncifs du genre “le jazz rencontre le classique” » . Il a donc apporté un soin particulier à l’écriture pour cordes et aux arrangements tout en veillant à ne pas étrangler la spontanéité et l’inventivité de chacun des membres de ce « super groupe » en laissant des espaces d’improvisation pour tous. L’Underground Quartet de Chris Potter (Craig Taborn, Adam Rogers et Nate Smith), 9 ans d’âge et sans bassiste ordinairement est la base de cette formation. Pas de basse disions-nous ? Potter double la dose avec rien moins que Scott Colley à la contrebasse (magnifique solo sur Lament) et l’excellent Fima Ephron à la basse électrique. Côté cordes toujours, un quatuor dans lequel on repère Mark Feldman, improvisateur émérite pour donner l’impulsion créative. Steve Nelson est là, aux vibraphone et marimba, pour les couleurs lumineuses et chaudes.
Après qu’il se soit inspiré de l’Odyssée d’Homère dans son précédent disque, « The Sirens » (ECM 2013 - chronique ici ), Chris Potter bascule de la mythologie à l’utopie avec ces villes imaginaires évoquées à travers quatre états différents : les quatre mouvements de la suite au centre de ce disque. La musique « urbaine » de l’Underground quartet s’est assagie, tempérée, puisque Craig Taborn est ici au piano acoustique (on s’en félicite, même s’il maîtrise remarquablement les possibilités du piano Fender !) mais elle n’a pas perdu sa force et ses qualités expressives. Seul vent parmi les cordes et percussions, Chris Potter se taille effectivement la part du lion mais veille à l’équilibre de l’ensemble. On écoutera par exemple le second mouvement de la suite basé sur une assise rythmique très vive et exploite avec une grande intelligence les possibilités des cordes... C’est là que Steve Nelson prend son envol au marimba !
Outre la suite Imaginary Cities, les quatre compositions qui complètent le menu de ce très beau disque permettent au leader-compositeur-arrangeur d’explorer des voies qui sont autant de traces des influences qui forment le musicien. « Shadow Self » et son introduction déléguée au quatuor à cordes est écrit dans l’esprit de Béla Bartók, prétexte à faire chanter la clarinette basse. « Sky » donne l’occasion à Craig Taborn de s’envoler à son tour au piano pour un beau solo d’architecte des sons et des notes.
On ne saurait que trop vous conseiller l’écoute de ce disque derrière lequel on croit percevoir l’influence indirecte sans doute de Dave Holland, grand contrebassiste et « employeur » de Potter, Smith, Taborn, Nelson dans ses formations depuis belle lurette. Il a su fédérer des énergies et créer des liens étroits qui ont mené à la composition de cet Underground Orchestra. Chapeau !

. ::Thierry Giard ::.


Raphael WALSERS GangArt : « Wolfgang »

Raphael WALSERS GangArt : « Wolfgang » -  voir en grand cette image
Raphael WALSERS GangArt : « Wolfgang »
Double Moon
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On aime !

« Jeunes musiciens, il n’est pas facile pour vous de capter l’attention du public... », déclarent conjointement, en Allemagne, le label Double Moon et le magazine Jazzthing. C’est pourquoi ils ont créé la collection « Next generation » dont nous vous présentons régulièrement les nouveautés, comme ce 55ème volume de la série. Parmi ces jeunes formations souvent très respectueuses des normes, le contrebassiste suisse Raphael Walser a retenu notre attention avec son quintet à deux saxophones (alto et ténor) intitulé Gangart. Son objectif : naviguer dans les eaux du jazz pour explorer de nouveaux rivages ; Rien de bien neuf, penserez-vous.
Un esprit d’aventurie raisonnable mais déterminé fait la richesse de cette musique accessible au premier abord mais d’une densité telle qu’on découvre de nouvelles finesses au fil des écoutes. Le « Gangart » définit l’ensemble des allures équestres c’est ce qui a inspiré la cadence particulière de Laufschritt (le trot).
« Dance of The dead Monkeys » est un bel exemple de réappropriation du style « jungle » auquel ils apportent une touche singulière par le foisonnement rythmique du batteur coloriste Jonas Ruther (un élève de Gerry Hemingway, ceci explique cela), le jeu de contrebasse parfois « ethnique » de Walser, les entrelacs des voix des saxophones et l’inventivité du pianiste Marc Méan (passé par le conservatoire de Copenhague où exerce le bouillonnant Django Bates).
Beaucoup plus sage, « Méander » débute par un magnifique solo de contrebasse sur dentelles de piano avant l’entrée des deux saxophones. Nous connaissions l’altiste Tobias Meier (par exemple dans le groupe Hunter-Gatherer), l’aîné du groupe (né en 1984), musicien à l’esprit libre qui prouve ici qu’il peut construire un discours de novateur dans un contexte plus structuré. Sa sonorité s’associe parfaitement au ténor de Niculin Janett pour proposer de belle textures veloutées ou acérées selon l’esprit de la composition.
Un très beau disque dans lequel on oublierait presque de distinguer les discours individuels : leur cohésion permet cette alchimie qui, de cinq voix distinctes, fait naître une musique d’ensemble toujours en mouvement dans jeu de couleurs et de matière sonores captivant.

. ::Thierry Giard ::.


Savina YANNATOU – Primavera en Salonico : « Songs of Thessaloniki »

Savina YANNATOU – Primavera en Salonico : « Songs of Thessaloniki » -  voir en grand cette image
Savina YANNATOU – Primavera en Salonico : « Songs of Thessaloniki »
ECM / Universal
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On aime !

Pour tout vous dire, nous avions dans l’idée de chroniquer le disque d’Eberhard Weber nommé Encore. Mais passés les premiers morceaux, on a dit assez. A moins d’être un corpuscule marin errant dans les tréfonds des abysses sous-marins dont on sait que les paysages sont aussi excitants que ceux de la face cachée de la lune, nous ne voyons pas comment supporter autant de lenteur monotone. On fout en rogne un bouddhiste zen pour moins que ça.

Alors parlons plutôt de l’enregistrement de Savina Yannatou évoquant sa ville natale avec son groupe Primavera en Salonico. Un bouillon de cultures méditerranéennes aux couleurs subtilement miroitantes, voilà ce qu’est ce disque. On évolue avec Savina Yannatou dans les langueurs contrastées qu’elle emprunte, au fil de la voix. De ces chansons métissées servies par une instrumentation traditionnelle, tristes ou non, sourd une mystérieuse impression de douce mélancolie. Est-ce dû à la fatalité provoquée par les remous historiques en ces contrées où se sont affrontées bien des civilisations contraires ? Il n’en demeure pas moins que ces mélodies/mélopées portent également en elles, intrinsèquement, une foi en la vie imperturbable, à l’image de ceux qui, bousculés de toute part par des soubresauts événementiels qui les dépassent, s’en remettent à l’humain pour avancer, encore et toujours, avec le sourire simple des sages qui entraperçoivent la lumière. On les imagine ces gens-là, assis sur l’herbe des talus jaunis au soleil, regardant passer d’un œil ému les fantassins d’un combat déjà perdu. A moins qu’un sourire malicieux les anime à la vue d’un gosse innocent jouant avec une pierre et un bâton. Quoi qu’il en soit, ils sont habités par ces chants narratifs intemporels qui planent au-dessus des vicissitudes d’un quotidien en quête de tranquille indolence. Et nous, tout à notre étonnement d’être ainsi séduits, l’on s’enquiert du pourquoi du comment qui nous surprend, là on l’on ne l’attendait pas. Peu importe la réponse, la musique de Savina Yannatou coule telle une source limpide, ici ou là, toujours présente.

. ::Yves Dorison ::.


Les références et liens :

> Vijay IYER Trio : « Break Stuff »
_ECM 470 8937 / Universal Music France

Vijay Iyer : piano, compositions sauf 5, 7, 11 / Stephan Crump : contrebasse / Marcus Gilmore : batterie

01. Starlings / 02. Chorale / 03. Diptych / 04. Hood / 05. Work (Monk) / 06. Taking Flight / 07. Blood Count (Strayhorn) / 08. Break Stuff / 09. Mystery Woman (d’après Rajna Swaminathan) / 10. Geese / 11. Countdown (Coltrane) / 12. Wrens // Enregistré aux Studios Avatar de New York (USA) du 25 au 27 juin 2014.

> Mike OSBORNE : « Dawn »
Cuneiform Records Rune 392 / Orkhêstra

Mike Osborne : saxophone alto / Harry Miller : contrebasse / Louis Moholo : batterie [1-6] / Alan Jackson : batterie [7-10] / John Surman : saxophones baryton et soprano sax [7-10]

01. Scotch Pearl (Mike Osborne) / 02. Dawn (Mike Osborne) / 03. Jack Rabbit (Herbie Hancock) / 04. TBC (Mike Osborne) / 05. 1st (Mike Osborne) / 06. TBD (Mike Osborne) / 07. Seven By Seven (Pharaoh Sanders) / 08. And Now The Queen (Carla Bley) / 09. An Idea (Mike Osborne) / 10. Aggression (Booker Little) // Enregistré à Londres en août 1970 (1-3), décembre 1970 (4-6) et le 9 juin 1966 (7-10).

> Chris POTTER Underground Orchestra : « Imaginary Cities »
ECM 470 4075 / Universal Music France

Chris Potter : saxophones ténor et soprano, clarinette basse, compositions / Adam Rogers : guitares / Craig Taborn : piano / Steve Nelson : vibraphone et marimba / Fima Ephron : guitare basse / Scott Colley : contrebasse / Nate Smith : batterie / Mark Feldman : violon / Joyce Hammann : violon / Lois Martin : alto / David Eggar : violoncelle

01. Lament / 02. Imaginary Cities 1 : Compassion / 03. Imaginary Cities 2 : Dualities / 04. Imaginary Cities 3 : Disintegration / 05. Imaginary Cities 4 : Rebuilding / 06. Firefly / 07. Shadow Self / 08. Sky // Enregistré du 9 au 11 décembre 2013 - Avatar Studio, NY

> Raphael WALSERS GangArt : « Wolfgang »
> Double Moon Records – Next Generation n°55- DMCHR 71144 / Socadisc

Tobias Meier : saxophone alto / Niculin Janett : saxophone ténor / Marc Méan : piano / Raphael Walser : contrebasse / Jonas Ruther : batterie

01. Lumnezia / 02. Laufschritt / 03. Passacaglia / 04. Dance Of The Dead Monkeys / 05. Méander / 06. Explosion Of The Green / 07. The Wolves (Act I and II) // Enregistré en Suisse les 20 et 21 juin 2013.

> Savina YANNATOU – Primavera en Salonico : « Songs of Thessaloniki »
ECM 470 9151 / Universal Music France (NB : parution le 16 mars 2015)

Savina Yannatou : voix / Kostas Vomvolos : qanun, accordéon / Yannis Alexandris : oud, guitare / Kyriakos Gouventas : violon / Harris Lambrakis : nay / Michalis Siganidis : contrebasse / Kostas Theodorou : percussion

01. Apolitikion Aglou Dimitriou / 02. A la scola del Allianza / 03. Tin Patrida Mou Ehasa / 04. Dimo is Solun hodesche / 05. La cantiga del fuego / 06. Una muchacha en Selanica / 07. Iptidadan yol sararsan / 08. Qele-qele / 09. Calin Davullari / 10. To yelekaki / 11. Salonika / 12. Inchu Bingyole mdar / 13. Jelena Solun Devodjko / 14. Yedi-koule / 15. Poulakin eiha se klouvi / 16. Pismo dodje od Soluna grada / 17. Apolitikion Aglou Dimitriou // Enregistré à Athènes le 21 février 2014.