« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2012 » Fil rouge : Jean-Charles Richard

Fil rouge : Jean-Charles Richard

Le saxophoniste dans trois disques tout beaux tout neufs.

D 16 juin 2012     H 12:56     A Thierry Giard    


Sommaire :

« Jean-Charles Richard a un immense talent et des possibilités infinies. Il fait partie de cette catégorie d’artistes jouant au saxophone soprano ce que je peux à peine imaginer… » : beau compliment de la part de Dave Liebman qui fut avec Steve Lacy et sans doute Wayne Shorter un des maîtres à penser (et à jouer) la musique du musicien français.
Oui, Jean-Charles Richard est un musicien doué, et travailleur aussi, deux qualités indissociables pour parvenir à ce niveau d’excellence. On le dit aventurier car il aime à suivre des pistes parfois divergentes, pour mieux les brouiller sans doute. Formé brillamment au jazz autant qu’au saxophone classique, soliste, duettiste ou musicien d’ensemble, il passe avec une aisance confondante du saxophone soprano au baryton mais aime aussi le son plus primitif d’une simple flûte traversière en bambou (bansuri).
Cependant, ses copains et tous ceux qui sollicitent ses services savent toujours où le trouver... Les trois disques que nous allons évoquer ici en témoignent entre l’Ill (Struber à Strasbourg) et le Danube (son trio viennois), son trajet musical passe toujours par Paris où il enseigne et où il joue aussi (avec Christophe Marguet entre autres) quand il n’est pas en région Rhône-Alpes dans le cadre de sa résidence de deux ans avec l’association Jazz(s)RA.
Puisque nous avons trouvé la trace (les Traces) de cet oiseau migrateur, nous allons le suivre à travers trois des productions discographiques les plus récentes dans lesquelles il figure. Nous écouterons donc Jean-Charles Richard en sideman avec Bernard Stuber et son Z’Tett nouvelle formule puis dans le nouveau quintet de Christophe Marguet et enfin le leader en trio avec Wolfgang Reisinger et Peter Herbert.

Trois disques remarquables et trois « OUI ! ». C’est rare !


Le Struber Z’tett : « Soul, songs et Louise »

Le Struber Z'tett : « Soul, songs et Louise » -  voir en grand cette image
Le Struber Z’tett : « Soul, songs et Louise »
Struber Z’ tett / www.cdbaby.com
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

Le guitariste compositeur strasbourgeois Bernard Struber est une sorte d’électron libre dans le jazz d’aujourdhui. Il fait partie de ces artistes inclassables, qui se moquent des étiquettes et en cela, on peut lui trouver pas mal de points communs avec Andy Emler. Amateur de grand air et d’escapades vosgiennes à vélo, Bernard Struber aime aussi jouer avec le souffle des grandes orgues quand il ne tire pas des sons déchirés et acides d’une guitare électrique qui le relie à son maître Zappa.
« Les noces de Dada », son précédent disque remonte déjà à 2007. Avec son nonet, le Z’tett, il réalisait un de ses rêves : jouer la musique de Frank Zappa, justement. Une réussite que nous avons saluée tant sur disque que sur scène.

Pour « Soul, songs et Louise », il a fait appel à Jean-Charles Richard pour succéder au clarinettiste Jean-Marc Foltz dans une formation dont l’effectif reste assez stable (on notera également l’arrivée de Bruno Chevillon à la basse électrique et à la contrebasse). Une fidélité qui en dit long sur l’intérêt que les musiciens portent aux projets de leur leader qui reste un chef très « libéral » (dans le bon sens du terme !).
Les « chansons de l’âme » sont au cœur d’un projet qui crée un contraste entre huit pièces instrumentales qui doivent beaucoup à la soul-music de Ray Charles ou James Brown et quatre extraits de sonnets de la poétesse du XVIè siècle, Louise Labé mis en musique pour trois voix de femmes, parlées, chantées soutenues parfois par quelques accords de guitare.
Un parti-pris qui pourra paraître saugrenu mais la musique de Bernard Struber est toujours passionnante parce qu’elle évite toute lourdeur d’écriture pour permettre une expression aussi libre que possible de chacun des instrumentistes-solistes. Dans un esprit soul au cadre souple, cette musique souvent dansante, vivante, toujours captivante est servie par une rythmique éblouissante qui réunit Bruno Chevillon et Éric Échampard, excusez du peu !

Parfaitement intégré à l’ensemble, Jean-Charles Richard s’envole magnifiquement au soprano dans « Quel chant est plus à l’homme... », un thème au développement mélodique et harmonique très progressif, tout en finesse pour aboutir à une conclusion délicieusement jubilatoire. Simple et beau ! Ailleurs, au baryton, il apporte cette touche grave et profonde qui fait sonner cette équipe d’expert des anches et embouchures comme une wind section digne des légendaires labels Stax ou Motown.

« Soul, songs et Louise » est un superbe disque engagé, porteur de choix esthétiques parfaitement assumés : une musique de l’âme jouée sans états d’âme et sans complexes : c’est pour ça qu’on l’aime !


Christophe MARGUET Quintet Résistance Poétique : « Pulsion »

Christophe MARGUET Quintet Résistance Poétique : « Pulsion » -  voir en grand cette image
Christophe MARGUET Quintet Résistance Poétique : « Pulsion »
Abalone / Muséa
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

Résistance poétique... Sous cet élégant intitulé qui pourrait ressembler à un oxymore, le batteur-compositeur Christophe Marguet affirme vouloir « clamer haut et fort et avec dignité un chant résistant et poétique ». Pour le troisième album de cette formation après Itrane (2008) et Buscando La Luz (2010 - OUI !), le quartet est devenu quintet avec l’arrivée de Jean-Charles Richard qui vient adjoindre les couleurs de ses saxophones soprano et baryton à l’alto et aux clarinettes de Sébastien Texier.
« Pulsion » est paru sur le remarquable label Abalone que dirige le violoniste Régis Huby (ami et complice du batteur dans le nouveau sextet Constellation). Ce disque prouve qu’on peut faire évoluer une équipe qui a déjà gagné une reconnaissance largement méritée avec les deux disques précédents et des concerts (jamais assez nombreux pour faire vivre cette musique). Jean-Charles Richard y est parfaitement intégré et s’y exprime avec l’aisance qu’on lui connaît, en parfaite connivence avec un Sébastien Texier toujours remarquable. Ce duo d’anches inventif et joueur porte très haut la musique aérienne et mélodique de Christophe Marguet, batteur d’exception qui respire au rythme de ses compositions dans une sorte de chant intérieur. Très complices également, Bruno Angelini et Mauro Gargano apportent à l’ensemble leur âme latine. Ce quartet est un vrai collectif qui préserve et valorise les qualités de chacun.
Nous ne détaillerons pas les qualités de chaque titre d’un disque dont l’écoute emmène l’auditeur sans le brusquer sur des chemins nouveaux qui semblent cependant familiers.
On laissera la conclusion à Christophe Marguet qui écrit : « Cet orchestre est le reflet d’une entente et d’une complicité intense. Une volonté d’échanger et de faire partager une musique d’aujourd’hui dans laquelle le jazz résonne à pleins poumons ». Nous ne pouvons qu’approuver ce positionnement engagé et très poétique

Un beau projet et une réalisation remarquable à écouter et regarder puisque ce double-album rassemble le disque enregistré en studio et le DVD d’un concert filmé à Strasbourg en 2011.


Jean-Charles RICHARD Trio : « Traces »

Jean-Charles RICHARD Trio : « Traces » -  voir en grand cette image
Jean-Charles RICHARD Trio : « Traces »
Abalone / Musea
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

C’est sous les voûtes d’une petite salle moyenâgeuse du château de Tallard (Hautes-Alpes) que nous avions découvert ce trio le 28 juillet 2010.
Jean-Charles Richard était l’un des invités du Festival de Chaillol. Pendant trois jours, il avait pu s’exprimer tant en solo qu’en trio dans un souci constant de complicité et d’échange avec un public souvent neuf et non-initié.
On retrouve dans « Traces » quelques-unes des pièces qui avaient marqué cette soirée comme Le reliquaire du bonheur (beau titre !), Tumulte ou encore Nader.
Le disque, remarquablement enregistré par Sylvain Thévenard, met en évidence la richesse et la profondeur de la musique de ce trio franco-autrichien.
Comme chez Bernard Struber et Christophe Marguet, évoqués plus haut, la poésie est très présente dans le travail de Jean-Charles Richard. Elle donne à cette musique sa force et sa beauté à travers l’évocation d’ailleurs plus ou moins lointains (Bengalis joué à la flûte bansuri, Nader), des espaces diffus et abstraits (Firmament à l’atmosphère singulière), des structures rythmiques jamais rigides qui structurent le chant (Tumulte, Misfit-Bandit...).
À trois, ils trouvent toujours un mode de jeu adapté pour créer des ambiances changeantes : contrebasse à l’archet ou pizzicato d’un Peter Herbert tout aussi magistral que Wolfgang Reisinger, fin rythmicien et coloriste toujours inspiré.
Délicatement dessinées, ces Traces nous invitent à un voyage d’une grande richesse qui laisse inévitablement des souvenirs marquants et une forte envie de revenir sur les pas de ce trio pour une autre écoute et encore et encore... Le jazz comme on l’aime !


> Les références :

> Le Struber Z’tett : « Soul, songs et Louise » - Struber Z’ tett 20110008-1 / distribution www.cdbaby.com

Mike Alizon : saxophone ténor / Bruno Chevillon : guitare basse, contrebasse / Eric Echampard : batterie / Serge Haessler : trompette, cor / Ray Halbeisen : saxophone alto / Benjamin Moussay : piano Fender Rhodes, claviers électroniques / Fred Norel : violon / Jean -Charles Richard : saxophones soprano et baryton / Bernard Struber : guitare électrique, compositions, arrangements / Invités : Diane Bucciali : mezzo soprano / Zeynep Kaya : soprano

12 pièces composées sur des textes de Louise Labbé - 01. Je Suis Le Corps, Toi La Meilleure Part :Où Es-Tu Donc, Mon Âme Bien-Aimée ? / 02. Ne Vivant Pas, Mais Mourant D’un Amour Lequel M’occit / 03. Que De Sanglots Ai Souvent Cuidé Fendre / 04. Quel Chant Est Plus À L’homme Convenable ? Qui Plus Pénètre En Chantant Sa Douleur ? / 05. O Sorte Dura ! / 06. Quelle Grandeur Rend L’homme Vénérable ?quelle Grosseur ? Quel Poil ? Quelle Couleur ? / 07. La Vie M’est Et Trop Molle Et Trop Dure J’ai Grands Ennuis Entremêlés De Joie / 08. Je Vis, Je Meurs, Je Me Brûle Et Me Noie / 09. Si J’ai Failli, Les Peines Sont Présentes N’aigrissez Point Leurs Pointes Violentes / 10. Baise M’encor, Rebaise-Moi Et Baise / 11. Reviens Donc Tôt, Si Tu As Quelque Envie De Me Revoir Encore Un Coup En Vie / 12. Par Toi, Ami, Tant Véquis Enflammée Qu’en Languissant Par Feu Je Suis Consumée // enregistré aux Studios Down Town, Starsbourg de juin à octobre 2011. Mixé par Gérard de Haro et Nicolas Baillard aux Studios la Buissonne.

> Lien :

  • * * * * * * * * *

> Christophe MARGUET Quintet Résistance Poétique : « Pulsion » - Abalone AB010 / distribution Muséa "

Jean-Charles Richard :saxophone baryton et soprano / Sébasien Texier:saxophone alto, clarinette, clarinette alto / Bruno Angelini :piano / Mauro Gargano : contrebasse / Christophe Marguet :batterie

01. Espéranto / 02. Wasini Sunset / 03. Tiny Feet Dance / 04. Noces / 05. Le repère / 06. San Francisco / 07. Coral Spirit / 08. Amboseli

> Liens :

  • * * * * * * * * * *

> Jean-Charles RICHARD Trio : « Traces » - Abalone AB011 / distribution Musea

Jean-Charles Richard : saxophones soprano & baryton, bansuri / Peter Herbert : contrebasse / Wolfgang Reisinger : batterie

01. Tumulte / 02. Wiener / 03. Misfit – Bandit / 04. le reliquaire du bonheur / 05. Neige grave / 06. Bengalis / 07. Myosostis / 08. Nader / 09. Firmament / 10. Trait – Attrait

> Liens :


> À lire aussi sur CultureJazz.fr :

Portfolio

Dans la même rubrique

26 décembre 2012 – Petit voyage en Suisse

18 décembre 2012 – La vitrine de décembre 2012 : 9 disques.

13 décembre 2012 – [retour sur...] Jérôme SABBAGH : « Plugged in »

6 décembre 2012 – [Disques] Les ÉTOILES de l’année 2012.

6 décembre 2012 – [retour sur...] Anne PACEO : Yôkaï