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[Jazz en Bourgogne # 10] : Étienne Renard

Un jeune contrebassiste de Saône-et-Loire...

D 4 mai 2013     H 09:02     A Armel Bloch    


Le jazz en Bourgogne # 10 : entretien avec Étienne Renard, contrebassiste, Saône-et-Loire.

Il y a deux ans, Culturejazz.fr avait mis en évidence avec une série de neuf entretiens quelques musiciens de jazz de la scène bourguignonne, trop peu vus et entendus à l’échelle nationale... Depuis, quelques nouveaux talents ont germé : rencontre avec Étienne Renard, contrebassiste, installé en Saône-et-Loire.

> Armel Bloch : Pourriez-vous me résumer vos premiers pas vers la musique et d’une manière plus générale votre parcours ? Quelles sont les raisons du choix de la basse électrique et du passage à la contrebasse ?


> Étienne Renard : J’ai toujours plus ou moins baigné dans la musique car mon père chante et joue de la guitare. J’ai écouté de nombreux disques de blues et de rock des années 70 à la maison. Malgré les efforts de mes parents, je n’ai pas aimé cette musique avant mes 10 ou 11 ans, moment où je commençais à prendre mes premiers cours de basse électrique. Avec l’apprentissage de l’instrument, je suis devenu fou de musique et je n’ai jamais abandonné cette passion. Mon père m’a fait jouer avec lui assez tôt et m’a fait rencontrer de nombreux musiciens. J’ai ainsi pu me former et apprendre la musique lors des concerts.
En revanche, je ne connais pas précisément la raison pour laquelle j’ai choisi la basse électrique, sans doute par curiosité. J’avais déjà essayé la batterie et la guitare sans grand intérêt. Pour ce qui est de la contrebasse, c’est un choix que j’ai fait lorsque je suis entré au conservatoire de Dijon il y a environ cinq ans. Je me disais qu’il était préférable d’apprendre la contrebasse au moment où je découvrais le jazz. J’ai eu la chance de côtoyer des personnes qui m’ont poussé à jouer de cet instrument dans des contextes jazz. Je pense en particulier à Nicolas Fourgeux, saxophoniste dijonnais qui m’a appris et qui continue à le faire, ce qu’est le jazz swing.

> AB : Quelles sont vos influences musicales ? Quelle est l’importance des jazzmen parmi celles-ci ?

> ER : J’ai été élevé dans une culture blues et rock dès le début de mon apprentissage de la basse. J’ai énormément écouté Stevie Ray Vaughan & Double Trouble, Jimi Hendrix, des groupes anglais des années 70 comme Led Zeppelin et Deep Purple. Ensuite, j’ai découvert le funk avec dans un premier temps George Clinton, Parliament / Funkadelic puis avec des groupes plus modernes. Les grands bassistes électriques comme Jaco Pastorius, Marcus Miller… font aussi partie de ma culture. Je suis donc arrivé au jazz par la musique fusion des années 70/80. Je n’ai réellement découvert les différents styles qui composent cette musique qu’à mon arrivée au conservatoire de Dijon. Mes goûts ont alors évolué et se sont concentrés sur un jazz plus acoustique. Aujourd’hui, les grands musiciens comme Ray Brown, Oscar Peterson, Charlie Parker, Lester Young, Paul Chambers... sont importants pour moi. Je travaille sur leur musique pour comprendre ce qu’est réellement le jazz et réussir à jouer cette musique le mieux possible. J’écoute aussi des jazzmen plus modernes : Roy Hargrove, Avishaï Cohen (le contrebassiste et le trompettiste), Wynton et Brandford Marsalis, Joe Sanders, Gerald Clayton, Bill Charlap… Je suis dans une période d’apprentissage : j’écoute énormément de musique et je découvre chaque jour de nouveaux artistes.

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Étienne RENARD, trio Têtes à Têtes.
© Jacques Revon

> AB : Pourquoi le jazz ? Que représente cette musique pour un musicien de votre génération ?

> ER : Lorsque j’ai commencé à étudier le jazz, je le considérais comme un moyen de mieux comprendre la musique d’une manière générale. C’est un peu plus tard que je suis vraiment devenu fan. Le jazz tient une place ingrate si on a pas de famille qui en écoute ou d’amis qui nous le fait découvrir. On vit dans un pays où il est très peu médiatisé et subit une image assez élitiste. Il est donc compliqué de l’écouter puisqu’on ne nous y habitue pas. Au cours de ma scolarité, je n’ai jamais eu de professeur de musique qui m’ait fait écouter Charlie Parker ou du jazz New-Orleans. C’était presque toujours de la chanson française. D’une certaine façon, ce constat ne m’étonne pas : la chanson française fait partie de notre patrimoine musical, c’est une culture intéressante et c’est surtout la musique la plus médiatisée. Tout cela donne une image abstraite et assez lointaine de ce qu’est vraiment le jazz. Quand on prend goût à cette musique, je pense qu’elle (et les musiques qui en découlent, dans lesquelles l’improvisation occupe une part assez importante) est forte et prenante. Je ressens une passion dévorante pour cette musique qui dispose selon moi d’une grande richesse.

> AB : Votre passage au Conservatoire à Rayonnement Régional de Chalon-sur-Saône est-il un choix ? En quoi cette expérience est enrichissante pour vous ?

> ER : Mon passage au CRR de Chalon-sur-Saône est effectivement un choix. Il y a deux ans, j’ai accompagné un pianiste dijonnais pour son audition d’entrée au département jazz du CRR de Chalon-sur-Saône. J’ai alors rencontré Michel Martin (directeur du département jazz du conservatoire) qui m’a proposé de passer l’audition d’entrée. J’ai dit oui et j’ai été retenu. Je souhaitais progresser sur mes connaissances rythmiques, harmoniques… et améliorer la pratique de l’instrument. J’avais le sentiment que l’avenir du jazz en Bourgogne se trouvait en grande partie là-bas. Les professeurs m’apportent des connaissances inestimables et me permettent de progresser très rapidement. Michel Martin a une culture incroyable et nous fait écouter énormément de jazz moderne ou roots dans tous les styles. On dispose d’un cadre très agréable pour travailler : des salles bien équipées, assez disponibles, une bonne ambiance. Je me plais vraiment là-bas.
Les élèves ont un très bon niveau et sont très dynamiques. Lorsque je suis arrivé, j’ai pu rapidement intégrer des sessions de travail avec des musiciens comme Timothé Quost, Gabriel Boyault, Adrien Leconte, Jonathan Carette ou encore Elie Martin Charrière. Cette dynamique n’a pas faibli, bien au contraire. C’est une expérience enrichissante à tous les niveaux.

> AB : Que vous apporte votre implication dans la vie musicale chalonnaise, notamment en tant qu’animateur de bœufs réguliers ?

> ER : En m’installant à Chalon-sur-Saône, j’ai rencontré d’autres bassistes, comme Clément Juvigny que j’estime beaucoup et avec qui je travaille régulièrement. Le conservatoire dispose d’une dynamique qui permet de progresser rapidement et collectivement. En groupe, on se motive les uns les autres. On aime travailler ensemble et on en retient que du bon. Les bœufs sont un des moyens d’appliquer en condition live ce que nous étudions pendant les journées de travail. Les jams sessions constituent donc un atout majeur pour notre progression. L’ambiance y est bonne, les musiciens fidèles, le public à l’écoute et de plus en plus nombreux, ce qui est vraiment très motivant. Le fait d’être dans la vie musicale chalonnaise m’apporte bien plus que ce que j’imaginais.

> AB : Quels sont vos projets et ceux auxquels vous collaborez ? Envisagez vous à l’avenir des projets en tant que leader ? Qu’avez vous envie de développer sur le plan esthétique de votre jeu, de la composition et de l’improvisation ?

> ER : Pour ce qui est du jazz, je joue actuellement dans trois formations. Je collabore avec le trio de Nicolas Fourgeux (saxophone ténor) avec Sébastien Dorotte (guitare). On joue un répertoire swing des années 20/30 qui me plaît. Il n’est pas beaucoup joué mais j’apprends vraiment l’essence du jazz. Ce même groupe va être la base d’un sextet qui apparaîtra pour la première fois sur scène le 26 janvier 2014 au Hot Club du Gâtinais. Il sera composé de deux autres saxophonistes : (Didier Desbois au saxophone alto, Nicolas Montier au saxophone ténor), et de Sylvain Glévarec à la batterie. Sébastien jouera de la guitare manouche et swing.
Je joue également dans le trio de Caroline Schmidt (piano) pour une musique plus moderne. Lucas Dorier qui est à la batterie. On joue des compositions de Caroline. J’aime l’esthétique de ce trio et j’apprécie vraiment la relation humaine et musicale qu’il renferme.
Je participe aussi au JSF trio avec Adrien Leconte à la batterie et Jonathan Carette au piano. Nous sommes tous les trois élèves à Chalon-sur-Saône et nous travaillons assez régulièrement ensemble. Cette formation est un outil de travail qui me permet d’évoluer au quotidien. On commence à bien se connaître et le son devient vraiment bon. Le trio sert de rythmique pour les bœufs chalonnais.
Je réfléchis à un projet en leader mais je ne suis pas encore fixé sur la direction que je veux prendre. Je ne me considère pas comme un compositeur : je ne sais pas vraiment comment procéder, j’y travaille mais ce n’est pas évident. Je pense que j’essaierai de monter un groupe pour 2014 mais il faut que je trouve le temps, les musiciens avec qui travailler (étape la plus facile) et que mes idées musicales gagnent en maturité.
Pour ce qui est de l’esthétique, je sais ce qui me plaît, mais je sais surtout ce qui ne me plaît pas ou pas encore. J’ai besoin d’avoir un rapport assez fort avec le rythme dans les musiques que j’écoute, que ce soit le groove ou le swing. Je ne suis pas attiré par les musiques dans lesquelles le rythme est moins important que le reste. Je travaille pour développer ce caractère dans mon jeu et approfondir mes connaissances dans ce domaine, sans pour autant délaisser l’harmonie. Je pense donc que si je dois diriger un projet, la musique que je choisirai devra swinguer ou groover.

Propos recueillis par Armel Bloch.

Prochainement : Jazz en Bourgogne #11 : entretien avec Timothé Quost.


À lire également dans la série : « Le jazz en Bourgogne » sur CultureJazz.fr :


Pour plus d’informations sur le vie du jazz en Bourgogne, consulter le site du Centre Régional du Jazz en Bourgogne :

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