« Le jazz tisse sa toile... »
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« CD’esthetic » : la musique et l’objet. #2

D 13 décembre 2014     H 17:28     A Thierry Giard    


« CD’esthetic » : la musique et l’objet, second volet.
Où en est-on cinq ans plus tard ?

« Nous sommes en 2014 après J.-C... Toute la planète semble obéir aux lois de la sélection naturelle et de la frénésie technologique...
Toute ? Non : des bipèdes matérialistes résistent encore et toujours à l’évolution numérique... pour eux, la musique se tient aussi entre les doigts et le pouce préhenseur.
 »
Pour continuer à plagier Jul, dessinateur-réalisateur à l’humour irrésistible, on pourrait aussi intituler cette page : “Silex and the CiDi”. De la musique en dur au virtuel volatile...

En janvier 2010 (lire ici - CultureJazz.fr), il m’avait semblé important de mettre en lumière le courage et la détermination de ces labels qui continuent à parfaire la relation entre le contenu musical et le contenant, l’objet-disque.

Dreisam : « Source » -  voir en grand cette image
Dreisam : « Source »

Cinq ans plus tard, le support disque est toujours là. Certes, la crise que nous évoquions alors est toujours présente et poursuit ses ravages dans l’éco-système fragile des labels indépendants mais le numérique est encore loin d’avoir gagné la partie. Avez-vous remarqué que le retour des disques vinyles oblige les disquaires survivants à (ré)installer des bacs « à l’ancienne » ?

Dans la tribu des irréductibles défenseurs de la musique « matérialisée », nous avons repéré quelques individus et groupes qui proposent des objets à l’esthétique originale, à la réalisation souvent astucieuse pour s’adapter aux contraintes économiques associée à un contenu musical de (grande) qualité.

Petit tour d’horizon très subjectif et forcément incomplet de quelques productions de l’année 2014 que nous vous avons déjà présentées succinctement dans nos piles de disques mensuelles.


La palme de l’objet le plus insolite revient sans aucun doute au pianiste Nicolas Dri.
Un vrai travail d’artisan assez impertinent et audacieux dans sa démarche même si sa musique reste très attachée aux conventions du jazz.

NICODRI Trio : « Precious Liquids » -  voir en grand cette image
NICODRI Trio : « Precious Liquids »

NICODRI Trio : « Precious Liquids » – invite Glenn Ferris, Boris Blanchet, Well String Quartet

Pour rendre hommage à l’artiste plasticienne Louise Bourgeois, Nicolas Dri a inventé et fabriqué de ses mains (une vidéo le prouve) un disque-objet surprenant. Au digipack est associée une boîte contenant un dispositif digital : liquide coloré dans un tube transparent sur support USB. Une « lampe » avec, en mémoire flash, la musique, des vidéos, des images... Un objet bien réel qui se joue de la dématérialisation de la musique. Il fallait y penser, oser et pouvoir le réaliser ! En plus, la musique est solide. Ce trio partage la musique avec des invités qui se régalent (Glenn Ferris, Boris Blanchet !)
Avis aux collectionneurs et aux curieux : voilà disque-objet qui épatera vos amis (!) et charmera vos oreilles !

[ Décembre 2014 : il semble que les nouvelles versions de « la lampe » contiennent, en plus, la vidéo d’un concert parisien, cet automne ! Une création évolutive !
Dernière minute, le 23 décembre 2014 : suite aux demandes nombreuses, La Lampe « Objet sonore non identifié » sera disponible et distribuée sur la plateforme CD1D dés le début Janvier 2015 : www.cd1d.com. On peut se la procurer également depuis novembre 2014 aux concerts du Trio (info de Nicolas Dri).
]


Parmi les objets assez insolites à visée multimédia, on remarquera le disque du trio du jeune prodige (?) chinois A Bu dont l’album en trio a été publié sur le nouveau label de la société Sennheiser, fabricant de matériel audio haut-de-gamme.

A BU Trio : « 88 tones of black and white » -  voir en grand cette image
A BU Trio : « 88 tones of black and white »

A BU Trio : « 88 tones of black and white »

On appréciera la qualité du produit : digipack avec CD et DVD (graphisme sobre et efficace) accompagné d’une clé USB dans son écrin en métal brossé. Sennheiser, spécialiste des technologies du son, défend son image de marque et inaugure son label avec le prodige chinois A Bu, instrumentiste adolescent plus que doué. Au delà du phénomène dont la maîtrise du jazz et de ses modes de jeu a quelque chose de presque surnaturel, on se demande où est l’âme de cette musique jouée à la perfection.

> Sennheiser SEM001 - Références et détails en cliquant ici.


En pointant les beaux objets-disques en 2010, nous avions pointé évidemment le remarquable travail du label nato dans ce domaine et ce depuis belle lurette !
Les Chroniques de résistance du pianiste Tony Hymas, musicien de référence de ce label, constituent un événement discographique d’importance de cette année 2014.

Tony HYMAS : « Chroniques de résistance » -  voir en grand cette image
Tony HYMAS : « Chroniques de résistance »

En cette année commémorative du 70ème anniversaire de la Libération, cet assemblage de musiques et de textes rend hommage “aux résistants du passé du présent et du futur” sous la forme d’un livre-disque de 148 pages avec de très nombreux textes abondamment illustré de documents historiques et d’une iconographie originale. Ce magnifique objet est « produit artisanalement par Jean Rochard » (assisté de Christelle Raffaëlli). À ce stade d’expertise, c’est vraiment du haut-de-gamme !

Tony HYMAS : « Chroniques de résistance »

Tony Hymas a depuis longtemps mis en musique son intérêt pour l’Histoire Populaire. Après l’oppression des peuples amérindiens (Oyaté...), après la Guerre d’Espagne (Buenaventura Durutti), entre autres, il nous propose une magnifique fresque historique et musicale à feuilleter (le livre) et à écouter puisque le casting de vocalistes et d’instrumentistes est irréprochable.

Tony HYMAS : « Chroniques de résistance » (livre) -  voir en grand cette image
Tony HYMAS : « Chroniques de résistance » (livre)

Un grand disque (avec François Corneloup et le trio Journal Intime, entre autres...), totalement hors de normes mais très accessible de par son enracinement dans les musiques populaires et l’importance donnée aux textes dits, chantés, joués... Une œuvre qui inspire un profond respect, à tous points de vue.

> nato 4469 / L’Autre Distribution - Références et détails en cliquant ici.


J’ai souvent l’occasion de vous parler des productions du Petit Label. Des disques réalisés à la main, pochettes sérigraphiées, tirés en 100 exemplaires. Une palette musicale large mais qui mise avant tout sur la créativité et l’originalité du propos organisée en un jeu de couleurs pour aller des créations proches de la musique concrète à du jazz plus « conventionnel ».

La dernière réalisation en date de ce beau label est consacrée à Claire Bartoli, auteure, conteuse qui dit ses propres textes sur la toile musicale proposée par une belle brochette d’improvisateurs-jazzmen.
La pochette de ce double-album nous regarde. Un œil dont la pupille est représentée par le centre du disque. Tout est découpé à la main, là encore ! Il faut être passionné pour réaliser cela...

Claire BARTOLI : « À l'envers des yeux : paysages » -  voir en grand cette image
Claire BARTOLI : « À l’envers des yeux : paysages »
Petit Label

Claire BARTOLI : « À l’envers des yeux : paysages »

Claire Bartoli invente, écrit, raconte aussi ses propres histoires étranges et pleines de poésie avec sa voix douce, expressive. Elle fait défiler ici ses paysages intérieurs puisque ses propres yeux ne lui permettent pas de regarder vers l’extérieur.
Elle est associée à deux formations aux formats différents en deux séances distinctes. L’improvisation accompagne le fil de la voix. Un beau travail de funambules totalement hors-normes : une habitude avec l’indispensable « Petit Label ».

> Petit Label PL Blanc 008 (2 CD) / Les Allumés du Jazz & www.petitlabel.com - Références et détails en cliquant ici.


La démarche du label suisse Veto records se rapproche de celle du Petit Label. La réalisation est, là encore, artisanale. Les pochettes sérigraphiées se présentent sous la forme d’un fourreau de carton refermé par découpage-pliage.
Ceux qui se souviennent des pochettes des 30 cm du label Hat-Hut (suisse également !) dans les années 80 pourront trouver des ressemblances dans cette présentation.

The Urge Trio : « Live in Toledo » -  voir en grand cette image
The Urge Trio : « Live in Toledo »

À la tête de ce label, le saxophoniste Christoph Erb, trouve là un moyen de publier ses enregistrements de séances et de concerts qui reposent sur l’improvisation et les rencontres avec des musiciens-amis aux USA

J’ai eu l’occasion de vous présenter les disques publiés par ce label au cours de l’année 2014. Le dernier en date :

The URGE TRIO (Erb – Reid – Jackson) : « Live in Toledo »

The Urge Trio : « Live in Toledo » -  voir en grand cette image
The Urge Trio : « Live in Toledo »

Dans le disque « Duope » que nous vous présentions en janvier dernier, le violoncelliste Fred Lonberg-Holm complétait ce trio. Ils mettaient alors en symétrie deux clarinettes basses et deux violoncelles. À trois, la géométrie est bien différente et la musique plus pointilliste prend le temps de se développer au cours de ces deux longues plages enregistrées aux USA. Il va sans dire que ces disques sont des « collectors » !

> Veto-records / www.veto-records.ch - Références et détails en cliquant ici.


DREISAM : « Source »

L’objet surprend par sa sobriété graphique, de prime abord. Beaucoup de blanc et une vague rouge qui traverse le titre « Source ». En ouvrant, on découvre le subtil pliage qui fait se soulever le disque qui s’offre alors à votre écoute. On le pose donc irrésistiblement sur sa platine.

Dreisam : « Source » -  voir en grand cette image
Dreisam : « Source »

Dreisam est un trio sans basse. Autant dire que le piano volubile, virtuose et « orchestral » de Camille Thouvenot occupe l’espace pendant que la batterie de Zaza Desiderio tisse une toile rythmique raffinée. La musique de Dreisam repose sur un jeu de rôles très sophistiqué dans lequel le saxophone de Nora Kamm, allemande désormais lyonnaise, se faufile, ondule, virevolte avec agilité. Une musique dense et toujours très mélodique, superbement enregistrée à La Buissonne par les experts de ce studio magique.

> Diapason DIA002 / Absilone Socadisc - Références et détails en cliquant ici.


Revenons aux pliages avec l’étonnante pochette du disque « Mauvais Œil » du trio Bey Ler Bey. Un poster en noir et blanc, jeu de typographie et de graphismes en noir sur blanc, se replie pour former la pochette du disque.
Une réalisation due au collectif Çok Malko.
Ce disque est également diffusé sous forme de digipack... beaucoup plus banal !

BEY.LER.BEY : « Mauvais œil » -  voir en grand cette image
BEY.LER.BEY : « Mauvais œil »

BEY.LER.BEY : « Mauvais œil »

Bey.Ler.Bey signifie Chef des Chefs en turc. Un intitulé qui positionne la musique de ce trio « made in France » dans l’univers des musiques des Balkans. Un choix de couleurs instrumentales et de modes de jeu qui donne la priorité à l’improvisation. Ce n’est donc pas un produit fabriqué pour reproduire une musique codifiée mais Mauvais œil relève d’une vraie démarche de création ouverte à tous les possibles dans un cadre déterminé. Une formule très intéressante.

> Collectif Cok Malko – La Soja / www.cokmalko.com - Références et détails en cliquant ici.


Puisque nous parlions de livres-disques un peu plus haut, évoquons un livre-musical que l’on doit à Nicolas Beniès, économiste, érudit du jazz et de son histoire.
Paru en mai, ce livre édité par les éditions C & F (Caen) est arrivé au moment où la Basse-Normandie, en premier chef, célébrait le 70ème anniversaire du débarquement allié. Nous l’avions malencontreusement laissé de côté... Un oubli à réparer !

« Le souffle de la liberté - 1944 : le jazz débarque », par Nicolas Beniès -  voir en grand cette image
« Le souffle de la liberté - 1944 : le jazz débarque », par Nicolas Beniès

« Le souffle de la liberté » a pour sous-titre : 1944 : le jazz débarque.
Nicolas Beniès y raconte le jazz des années 40 en mettant en avant la spécificité du jazz français qui s’est développé dans la clandestinité durant l’Occupation.
Un ouvrage écrit avec le sérieux qui caractérise le travail de l’auteur, notamment lors des nombreuses conférences qu’il donne un peu partout.
Pour compléter son propos, Nicolas Beniès a toujours besoin de musique !
C’est pour cela que ce livre est accompagné d’un CD qui permet d’écouter quelques documents sonores : le jazz de l’époque.

> 1 livre 160 pages + 1 CD audio - C&F Editions - cfeditions.com/souffle1944 - Un site-compagnon est associé à ce livre : http://souffle1944.cfeditions.com

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Rendons à César... ce qui est à Jul :


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